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Christel Borghi, ancienne championne de patinage

03 octobre 2019

 

Elle habite dans un havre de paix, il y a un olivier dans le jardin, profite de ce lieu de vie, s’y sent bien. Seules des paroles viennent rompre le silence, apaisant. «Depuis 15 ans, dit Christel Borghi, je suis professeure de sport et d’histoire à Ollon.» Longtemps elle a griffé la glace. Une période magnifique. Elle était une patineuse de tempérament et dynamique, plus technique qu’artistique, mais toujours élégante. «Les sauts étaient ma marque de fabrique. Ma prof’ choisissait la musique, savait où elle voulait m’emmener.» A 11 ans, Christel Borghi s’installe dans des mémoires, marque (déjà) les esprits. «J’ai patiné sur la musique du film «West Side Story.» Certaines personnes s’en souviennent encore; des juges aussi, que je rencontre ici ou là dans des championnats.»

Depuis un certain nombre d’années ou de saisons, la Vaudoise est Technical Specialist ISU (International Skating Union). «Lors d’un championnat, il y a deux spécialistes et un controller, qui est là pour nous départager. Équipées d’oreillettes, on évalue le niveau de difficulté de chaque élément, les juges, quant à eux, rendent compte de la qualité des éléments et de la construction des programmes.» Avant qu’une saison ne commence, les juges vont à la rencontre des patineurs, pour leur dire ce qu’ils peuvent faire et surtout ne pas faire. «Il s’agit d’une critique des programmes, destinée aussi à les améliorer - indication donnée concernant le niveau des difficultés -, à ce qu’ils respectent les nombreuses exigences imposées.»

Combien de compétitions jugez-vous par année?
Depuis que j’ai 3 enfants - une fille, deux garçons -, je suis moins disponible qu’auparavant. Pour garder mon statut de technical specialist, je suis tenue de faire au cours d’une saison un championnat de Suisse et une compétition internationale, au minimum. 

La pratique du patinage artistique s’est-elle tout de suite imposée à vous?
Petite, j’ai pratiqué aussi le ski. J’ai participé à des championnats romands. Mais un jour, me trouvant à la patinoire aux Diablerets, j’ai vu une fille qui patinait, elle était seule et effectuait des pirouettes. J’ai dit à mes parents: «Voilà ce que je veux faire. » Bien des années plus tard, ma maman m’a avoué qu’elle même aurait toujours voulu prendre des cours de patinage mais qu’à l’époque, peu de famille pouvait se permettre de telles dépenses.

Comment s’est passé votre première année dans le patinage?
Par envie d’explorer différentes disciplines sportives, je ne suivais pas régulièrement les entraînements. J’avais déjà un fort caractère. Mais tout est redevenu normal par la suite. J’ai toujours aimé les robes, les paillettes, la musique. Le patinage est devenu une passion.

Etes-vous d’accord si on vous dit que l’année 1999 a été la plus prolifique pour vous?
Oui, c’est l’année où j’ai été championne de Suisse et obtenu ma maturité au Gymnase. Après les championnats d’Europe de 1999 à Prague, en janvier, j’ai réussi cette matu en juin. Ce parallélisme m’a bien réussi. Oui, peut-être suis-je plus performante sous stress et avec de l’adrénaline. A l’UNI, mon mémoire portait sur l’entraînement physique dans le patinage. Pratiquer un sport, tout en étudiant, ça rythme les journées. C’est une belle école de la vie.

Depuis quelques années, on a le sentiment que le patinage perd de plus en plus de son sens artistique. Êtes-vous d’accord avec cette vision?
Dans le programme libre, par exemple, il y a tellement de trucs à faire et de contraintes à respecter, qu’il reste, c’est vrai, peu de place pour l’artistique, pour la créativité. 

Le patinage helvétique a connu des moments extraordinaires, exceptionnels grâce à Sarah Meier et à Stéphane Lambiel. Un sillage resté sans lendemain...
...Sarah et Stéphane ont fait partie d’une génération d’exception. Ils ont été (aussi) deux arbres qui ont caché la forêt. Le patinage est un sport, avec des cours privés qui coûtent chers. Très chers. J’ai enseigné le patinage durant quelques saisons. J’ai parfois rencontré des jeunes pas suffisamment concernés. Quand la vie est facile, quand on vit dans un pays où l’on est gâté, où il existe trop de confort, on a moins faim. Les parents? Il y en a qui veulent devenir « quelqu’un » au travers de leur gamin. 

Le fait aussi que le réservoir en Suisse est (presque) inexistant contribue à cette situation désertique...
...Je prends toujours l’exemple de la Russie, pays qui possède un réservoir sans fond, extraordinaire. À l’entraînement, j’ai vu des jeunes de 13-14 ans présenter leur programme de 3’30’’, en entier, avec la musique, puis tout de suite après, remettre ça, mais sans musique. A 14-15 ans, ils réalisent des quadruples. Je les ai vus faire ça lors d’un dernier GP junior, que j’ai regardé sur Internet. La concurrence étant un moteur, les Russes sont très forts. Ce n’est pratiquement jamais le (ou la) même qui gagne.

L’idéal, s’agissant de la Suisse, ne passerait-il pas par la création d’un centre national?
Oui, avec des heures de glace intégrées à l’école. La mode aujourd’hui chez nos juniors? C’est de partir à l’étranger pour s’y entraîner et suivre l’école par correspondance. 
 
L’exigence a-t-elle toujours été une priorité chez vous?
Cette exigence est un héritage familial, Mes parents ont eu 3 enfants. On a été élevés dans ce devoir-là. Papa disait toujours: «Montre que tu es une Borghi!». J’ai été une compétitrice. J’ai appris à me battre, qu’il ne faut pas se satisfaire de ce qu’on pense pour acquis.

En quelques mots, comment définiriez-vous votre personnalité?
Je suis joviale, très ouverte, exigeante, impatiente, mais est-ce une qualité?, très active. Je n’arrive pas à rester sans rien faire. Tenez: devant la télé, je tricote (sourire). Il arrivera un temps pour se reposer, quand je ne serai plus là. 

Qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin? 
Le fait de pouvoir partager les beautés de la vie avec ceux que l’aime. C’est une chance incroyable, non?

Palmarès

  • Christel Borghi est née le 3 février 1980.
  • Patinage artistique.
  • Elle est juge ISU (technical specialist). A été juge, notamment, au championnat des 4 continents à Jeonju en Corée du Sud, en 2010. 
  • Championne de Suisse espoir en 1992.
  • Championne de Suisse (cadet) en 1993.
  • Championne de Suisse junior en 1994.
  • Championne de Suisse élite en 1999 (4e en 1995 et 3e en 1998).
  • Championnat du monde junior 1995-1996: 26e.
  • Championnat du monde junior 1997-1998: 22e.
  • Championnat d’Europe 1999: 25e.

 

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