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Clélia Rard-Reuse, athlétisme : les haies n'ont (presque) jamais été un obstacle

24 octobre 2019

 

Depuis 2007, déjà - le temps passe décidément très vite -, Clélia Rard-Reuse travaille à la Commune de Riddes, au secrétariat général et à l’administration communale. Dès le départ, sa présence au niveau du pourcentage n’a jamais posé de problème. «Dans un petit village, c’est toujours plus facile», dit-elle, reconnaissante. Aujourd’hui elle travaille en matinée à 60%; à 40% quand elle était athlète, voire plus à certaines périodes «Quand j’étais là.» Clélia Rard-Reuse a beaucoup voyagé; elle voyage toujours et elle aime ça. 

Son retrait de la compétition (en 2016), elle l’avait programmé 12 mois avant. Elle voulait fonder une famille, continuer à travailler, «Être dans la vraie vie», souligne-t-elle, souriante. «Après 11 ans de carrière, ajoute-t-elle, j’ai estimé qu’il était temps de laisser ma place. Je n’ai aucun regret, tout était clair dans ma tête, tout était planifié.» Depuis le 1er mai 2018, elle est maman. «C’était un désir. J’ai toujours bien aimé les enfants. Parfois, à l’entraînement, Laurent Meuwly (alors son entraîneur), venait avec les siens. Je jouais, je m’occupais d’eux.» 

La der à Athletissima

Après onze saisons vécues au plus haut niveau, Clélia Rard-Reuse a donc dit stop. Sa dernière course -un 100m haies-, elle l’a disputée à Athletissima, en 2016, au Stade olympique de la Pontaise, « Chez moi », le jardin où elle s’est entraînée (et à Aigle, l’hiver) «J’ai souhaité finir à Lausanne, plutôt qu’à Zürich, au Weltklasse. Mon chrono? 13’’00. Quinze jours après je me suis mariée.» Et au civil? «Un vendredi 13.»

Treize. Comme le nombre de secondes que Clélia Reuse a tutoyé tout au long de ses innombrables parcours sur 100m haies, fixant son record personnel un jour à Thoune à 12’’87, un chrono référence, en dessous des 13 secondes, qui lui a permis de flamber dans des championnats majeurs et aux JO de Rio. En 2016. Une année inoubliable; saison pas comme les autres. «J’étais au top du top. Je suis très contente d’avoir terminé comme ça, en haut, sur cette note.» Majeure.

Une vis dans un tibia

La trajectoire de l’athlète Clélia Reuse n’est pas commune. «Dès ma première compétition jeunesse, à 17 ans, j’ai accompli de bons résultats.» Précoce, elle a très rapidement attiré l’attention des suiveurs. Onze saisons plus tard malgré  des soucis de santé, elle finit en boulet de canon une carrière étonnante, voire détonnante. «En novembre 2011, se souvient-elle, on a décelé une fracture de fatigue. Durant toute la saison 2013, j’ai eu mal. J’étais dans le flou. Inquiète.» Après le Weltklasse, la Riddane consulte le Dr Biedert (chirurgie orthopédique et traumatologique), grand spécialiste de la médecine du sport. «Avec ce que j’avais, il m’a demandé comment j’avais pu courir.» En septembre de la même année, elle subit une opération au tibia gauche. «L’idée était de le remettre en place.» En 2014 à Frauenfeld, lors des championnats de Suisse, il casse. «Les radios montraient pourtant qu’il n’y avait pas d’aggravation. Je n’étais pas très sereine parce que je le sentais mais jamais je n’aurais pensé qu’il casserait. J’ai toujours une vis dans le tibia gauche.»

L'aide de Laurent Meuwly

Compétitrice et mentalement forte, aidée par Laurent Meuwly, un entraîneur, le sien dont elle dit que «Sans lui, je n’aurais jamais été aussi rapide, il a toujours su et sait toujours emmener ses athlètes très loin et au bon moment parce qu’il planifie et prend des décisions par rapport au moment présent», la Valaisanne se remet au travail. Elle partage sa joie revenue, légendaire avec le groupe, son entourage; un état d’esprit, ajouté à un talent intact, qui lui permet de retrouver le plus haut niveau.

Juste avant votre demi-finale du 100m haies aux JO de Rio en 2016, Laurent Meuwly, puisque vous en parlez, vous a dit un mot et là on vous cite: «Qui m’a presque fait pleurer.» Peut-on savoir ce qu’il vous avait dit?
(Elle rit de bon coeur)...Non. 

Enfant, pensiez-vous devenir une championne?
Au cycle (13-14 ans), juste après l’école primaire, je voulais être une sportive professionnelle. Je pratiquais déjà l’athlétisme. Mes deux sœurs en faisaient.

Sieste bienvenue

Aujourd’hui, à quoi ressemble une de vos journées?
Avec un enfant - un garçon prénommé Orlan, né le 1er mai 2018 -, il faut être organisée. Quand je ne travaille pas, je m’occupe de lui: promenades, diverses activités, au jardin quand on peux. Je fais la sieste, elle est encore importante chez moi. Elle l’a été forcément quand j’étais athlète. Récupérer est primordial.

Quel est le don que vous auriez aimer avoir?
(Longue réflexion) Je ne sais pas. (Puis) J’ai trouvé: pouvoir me télé-porter. Le pire, quand j’étais athlète, c’était le voyage retour après un camp. L’avion, puis le train, souvent trois heures de rail avant de retrouver mon lit. Oui, pouvoir me télé-porter m’aurait plu. 

Y’a-t-il un moment où vous vous êtes sentie très seule?
Je ne parlerai pas d’un moment de solitude, mais du sentiment d’être à part, quand j’ai été blessée, de voir courir mes camarades. Bon, je savais que je reviendrais, mais cette impuissance m’a chicanée.

Alors athlète, est-il arrivé que vous vous disiez: non, pas aujourd’hui...
...Oh! Oui, clairement. Il y a eu des jours où je n’en pouvais plus. Mais le fait de se revoir, de vivre des camps durant une bonne dizaine d’années avec un vrai esprit de groupe, des compétitions, a été un moteur. On était quasi une famille. Si ça me manque encore aujourd’hui? Oui. 

Elle entraîne des jeunes

Quel est le métier que vous ne pourriez ou n’aimeriez pas faire?
(Elle réfléchit)... Travailler dans une crèche, dans une petite école où ça crie tout le temps. Quand Orlan, mon fils, crie, ça va, c’est supportable, mais ce sont les autres...(elle rit Clélia Rard-Reuse et c’est communicatif).

On imagine que vous avez toujours des activités dans le monde de l’athlé?
Au sein du cadre valaisan, à raison d’une fois par semaine, j’entraîne, mais je ne suis pas seule, les U16, les U18 et des athlètes plus âgés; la technique sur les haies, en ce qui me concerne. Je veux redonner aux jeunes ce que j’ai reçu. 

Et chez Swiss Athletics?
J’entraîne le relais 4x100 U23, de mars jusqu’en été. Et au début du mois de novembre, je suivrai une formation Jeunesse&Sport.

Palmarès

  • Clélia Rard-Reuse est née le 1er août 1988.
  • Ancienne championne d’athlétisme. Discipline de prédilection: le 100m haies.
  • Elle est toujours membre du CABV Martigny
  • Records personnels. 
  • 100m haies: 12’’87 (Thoune, 22 juin 2016). Longueur: 6,60m. 100m: 11’’57.
  • A terminé 4e (12’’96) du 100m haies aux Championnats d’Europe de 2016 à Amsterdam (12’’90 en demi-finales, vent contraire 1,80m).
  • A été 1/2 finaliste du 100m haies aux JO de Rio en 2016 (12’’96).
  • A été à plusieurs reprises championne de Suisse du 100m haies et du saut en longueur (doublé en 2016 à Genève).
  • En 2005 (elle a 17 ans), elle termine 1ère du 100m haies (13’’74) au Festival olympique de la jeunesse européenne, et 2e de la longueur (6,36m).
  • En 2013, aux Jeux de la francophonie à Nice, elle est 3e du 100m et 2e avec le relais 4x100m.
     

Vidéo

Reportage au coeur de ses adieux à la compétition, ici

 

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