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Damien Bisetti, «La Vélosophe qui se boit»

07 novembre 2019

Sur la photo en noir et blanc, au premier plan, le papa de Damien Bisetti

Damien Bisetti est un entrepreneur, un amoureux de la petite reine, un voyageur qui n’aime pas être pris pour un pigeon «Ma communication est sincère», et qui a pour devise: ne faites pas aux autres ce qu’on n’a pas envie que l’on vous fasse «Ça s’arrête là!» Il aime les gens, et ceux-ci le lui rendent bien. Il accorde sa confiance, il doit y avoir une loyauté. Aux personnes qui lui disent: «Damien, tu t’éparpilles!», il leur répond: «Je suis bistrotier, j’ai un magasin de vélos et je fais une bière pour les cyclistes. J’aime me renouveler, où est le problème?»

De tout temps, Damien Bisetti croit à un destin tracé par une force invisible «Je ne suis pas croyant mais je ne dis pas qu’il y a rien dans la mesure où je suis persuadé qu’il y a des choses écrites», a moult fois saisi la chance, avec souvent des rencontres décisives. «Je l’ai également provoquée et séduite, c’est une question de feeling. Je pousse des portes que je vois entr’ouvertes. J’en vois une, je mets un pied pour qu’elle ne se referme pas et je fonce.» 

Un 1er avril marquant

Au-delà de son travail, Damien Bisetti a utilisé le même protocole s’agissant de sa vie privée. Il raconte. L’histoire se passe au début des années 90. «Avec un copain, j’ai participé au championnat national de VTT en Nouvelle-Zélande. Le 1er avril, on prend un Ferry, on se retrouve à côté d’une bagnole dans laquelle se trouvaient deux Allemands. «On cherche un logis», ils disent. La fille me plaisait bien, on discute et on convient d’un rendez-vous le soir même. Mais ni elle, ni moi, ne s’y rend.»

Six semaines plus tard, la suite se passe en Australie. «Dans une boîte, je vois un gars qui ne m’était pas inconnu. En fait, on s’était déjà rencontrés en Nouvelle-Zélande. Je lui demande: à propos, elle est là ta copine avec laquelle tu étais? Il me répond que ce n’est pas sa copine, qu’elle se trouve vers la barrière de corail. Le lendemain je la revois, je drague, on s’embrasse et on passe quelques jours ensemble. De retour en Europe, nous nous sommes envoyés des lettres. La première fois que je l’ai vue en Nouvelle-Zélande, j’avais dit à mon copain avec qui je voyageais: tu vois, cette fille, je pourrais me marier avec.» La suite? Elle est belle. «Vingt-cinq ans après, on est toujours mariés et nous avons 2 enfants.»

Que de générations!

Depuis 1996, vous êtes le gérant du restaurant « Le Reposoir », à Chambésy...
...L’association bistrot-vélo, ça fait 4 générations que ça dure; 5 si on pousse le vice parce que mon arrière grand-mère, du côté de mon papa, tenait aussi un bistrot. Elle habitait Genève, mais elle avait accouché en Italie. A l’époque, c’était comme ça. En 1942, mon grand-père a été président de la Pédale des Eaux-Vives. J’en suis toujours un membre actif. «Le Reposoir» est un endroit magique, avec une terrasse-pieds-dans-l’eau, qui appartient à l’Etat de Genève. En 1937, la famille Pictet l’a légué; c’était leur port. 

Vous avez effectué deux apprentissages, boucher-charcutier, puis cuisinier, puis fréquenté l’Ecole hôtelière de Lausanne et en 1991, acceptant une proposition reposant sur vos qualités multiples, vous débarquez en Thaïlande....
...À Bangkok, à l’Oriental, un hôtel de luxe, un des meilleurs au monde. J’ai travaillé comme stagiaire dans les bureaux, puis j’ai ouvert la première boucherie-charcuterie (surtout la charcuterie) en Thaïlande, dans cet hôtel. J’avais 23 ans, et une Mercedes avec chauffeur. Je m’occupais aussi de « l’emballage » de l’hôtel: soit tout ce qui était à vendre, de l’enveloppe au peignoir, en passant par la confiture et les gâteaux. Je me suis éclaté dans le boulot. J’ai même participé à la préparation d’un banquet pour l’Empereur du Japon. 

Donner dans le plaisir

On vous a alors proposé le poste de «Food and beverage assistant».
Oui et j’ai refusé. Ça ne m’intéressait pas car il n’y avait que le boulot, jamais le temps pour sortir de cette mégapole, pour voir la nature et faire un tour en vélo. La pression, si cela en était une pour moi, ce que je ne pensais pas, je l’ai gardée pour après, en créant une bière artisanale, la « Vélosophe. » Elle est fabriquée dans une petite brasserie familiale en Allemagne, le brasseur est un ami de ma femme. Là-bas, on brasse la bière depuis 12 générations. Quand ça dure aussi longtemps, c’est que ça tient la route. C’est comme le vélo et les bistrots dans notre famille. C’est du concret. C’est important, la longévité. Je ne réfléchis jamais en argent. Ma façon de donner, c’est de faire plaisir aux gens.

Une cabane à Chambésy

En 2007, vous ouvrez un magasin de vélos à Chambésy.
Le vélo, je l’ai dans le peau, c’est mon ADN. Ce magasin, je l’ai crée dans ma cabane de jardin, chez moi. C’était très basique, il n’y avait pas de chauffage, pas d’eau. Il y faisait très froid, c’était le premier magasin spécialisé en Fixie (un vélo à pignon fixe, pas de vitesse) en Suisse. Les clients venaient même de Paris. Je l’ai tenu 5 ans. 

Et en 2012, vous ouvrez un (vrai) magasin.
Oui, suite à une discussion avec le Maire de Chambésy, un local a été trouvé. J’aime bien avoir tout, près de chez moi. Cela a été une des conditions pour que ça se fasse, pour me permettre de pouvoir enchaîner 3 boulots dans la journée.

D’où vous vient cette passion pour le vélo?
À 2 ans, ma maman m’avait offert un petit vélo. Je dormais avec. J’ai été imprégné par lui, le vélo; son monde ne m’a plus quitté. En 1983, j’ai acquis mon premier VTT, aujourd’hui, je fais beaucoup de vélo de route et du Gravel (ce genre de vélo permet de rouler un peu n’importe où). Rouler à vélo, c’est la liberté.

Auriez-vous pu pratiquer un autre sport que le vélo?
J’ai fait du ski, du snowboard et du tennis. J’ai un grand-père qui a été gérant de la buvette du stade de foot de Frontenex et, durant 25 ans, mon père, de celle des Charmilles (1970 à 1994). J’aurais pu jouer au football, il y avait de quoi, mais je n’ai jamais été intéressé par ce sport.

Savon, huile d'olive et...

Outre la bière, vendue aussi en Belgique, en Allemagne, en France et bien sûr en Suisse (www.velosophe.beer), on trouve aussi chez vous d’autres produits artisanaux: un savon Vélosophe à la bière, une huile d’olive Vélosophe...
...Cette huile est née grâce à une amie crétoise, qui sélectionne. Elle habite près de chez moi à Chambésy. Et le savon shampooing vient d’une savonnerie artisanale du canton de Fribourg.

Et ce n’est pas tout, non? 
Très bientôt, il y aura la «Vélosophine», une composition moitié-moitié de liqueur d’abricot et alcool d’abricot. L’ancien champion de Suisse de cyclo-cross, Julien Taramarcaz (32 ans, il a mis fin à sa carrière en 2017) a repris le domaine de ses parents. Sa production? Des jus de fruits et de la gnole. 
Oui, je crée, je n’arrête pas. Pour un bistrotier comme moi, les bons produits sont importants.

Vélosophe comme philosophe?
Oui, ça symbolise l’incarnation de cette vie du vélo et de ce qui va avec. La bière est un lien, elle installe une belle ambiance, de la convivialité et un côté détente après un effort. Il fallait une bière à consonance cycliste. 

Auriez-vous pu exercer un autre métier?
Oui, designer, dans le graphisme, la communication, la publicité. J’aime créer. 

Quelle qualité n’avez-vous pas?
La patience. Je n’aime pas perdre mon temps. En tout, j’ai 20 collaborateurs. Quand je dis une chose, il faut que ça se fasse. Ma journée? Je me lève à 7h, je me couche à minuit, tous les jours. Je suis organisé. Je «fais» de l’administration au resto le matin et à 14h je me rends à mon magasin. 

Quel serait votre plus grand malheur?
Je n’ai peur de rien, mais que quelqu’un dans ma famille tombe malade. La force qui m’anime le plus? C’est de constater que ma femme et mes enfants se portent bien.

Palmarès

  • Damien Bisetti est né en 1968.
  • Il a été champion de Suisse de BMX en 1986. La même année, il participe aux championnats du monde.
  • Il a participé aux Mondiaux de VTT en 1989.
  • En 1983, avec des potes, il fonde le BMX Club Genève.
  • En 1996, succédant à son papa, il reprend le Restaurant « Le Reposoir » à Chambésy.
  • En 2007, il ouvre un magasin de vélos « Vélosophe », qui est une cabane en bois sise dans son jardin, qui deviendra un magasin, toujours à Chambésy en 2012.
  • En 2012, il crée une bière « Vélosophe », marque de bière partenaire du TDR (Tour de Romandie) depuis 2019 et pour 3 ans. Cette marque a aussi servi la formation Astana au Tour de France et feu l’équipe IAM Cycling.
  • En 2017, il « monte » une équipe cycliste, la Vélosophe Cycling Brigade (VCB), composée de 6 coureurs, laquelle participe à des épreuves cyclo-sportives.

Une vidéo: De la bière au vélo...

 

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