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Etienne Dagon, ancien grand nageur

01 janvier 2019


"Professionnellement, je suis un autodidacte" 

Etienne Dagon, 58 ans, a été engagé comme délégué au sport de la ville de Bienne, le 1er août 2014. "Soit 30 ans, jour pour jour après ma médaille olympique acquise à Los Angeles en 1984." Destin. Comme son retour dans cette ville, qu'il aime et où le Biennois a connu ses premiers émois. 

Bienne? "Oui, j'aime cette ville, les gens, il y a un esprit ouvrier et solidaire. Ici, dit-il, je tutoie tout le monde." Dans son bureau pas très grand, sans chichi, situé au 15e étage de la Tour du Palais des Congrès, Etienne Dagon, humble et bon vivant, sait recevoir. " Les Biennois? J'ai l'impression qu'ils ne croient pas assez en eux", dit-il. "Pourtant, beaucoup de choses s'y passent. Les ressources sont incroyables, les idées foisonnent, elles sont sportives et culturelles. Il y a partout de la création." Il ajoute: "En 1964, la ville comptait 64'000 habitants. On est descendus à moins de 50'000. Aujourd'hui, on en dénombre 56'000 et en 2025, on en prévoit beaucoup plus, entre 60 à 62'000. C'est relever son attractivité, sa qualité de vie." 

Avant d'aller se sustenter, Etienne Dagon pose devant l'Eisplanade, la plus grande patinoire éphémère de Suisse. Elle se trouve en face du Palais des Congrès. Elle a 
de la "gueule", comme on dit. La ville de Bienne est sportive. Elle est un exemple. 


Un privilège reconnu

-Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous plaît dans l'existence qui est la vôtre?

-Le fait de travailler dans le monde du sport. Pour le sportif et le nageur que j'ai été, c'est un privilège dans la mesure où, en Suisse, il n'y a pas d'énormes débouchés. Il 
y a aussi les contacts humains, que j'aime. Le fait aussi d'essayer d'aider, de trouver des solutions pour que les gens aient du plaisir, en trouvent, tout ça me plaît.

-Vous êtes donc fier de vivre à Bienne...

-...Qui est ma ville. Bienne est une ville sportive, qui a su se doter d'infrastructures 
de grande qualité. Il y a le sport et le sport-études, fréquenté par 230 jeunes, avec 
30 disciplines. À Bienne on compte 7 établissements scolaires qui ont le label Swiss Olympic. Il y a des sportifs mais aussi quelques artistes.

-Quand on est délégué au sport d'une ville, faut-il faire de la politique?

-Oui et non. Il ne faut pas nécessairement en faire. Dans une collectivité publique, il faut plutôt faire la synthèse de ce qui peut être bien pour la ville (dimensionnement des infrastructures pour ne citer que cet aspect). Il faut faire passer des messages, convaincre. Un de mes objectifs consiste à rendre le sport accessible au plus grand nombre de personnes possible et permettre aux enfants de découvrir une palette de sports. Essayer de développer des aides ou des apports pour des personnes qui ont moins de moyens. Nous travaillons avec la carte culture Caritas. 


Une sensibilité politique


-Peut-on parler d'une ambition personnelle?

-Non, l'ambition personnelle, elle doit passer au second plan. Je ne suis pas ici pour promouvoir le sport d'élite, mais le sport.

-Mais vous avez "goûté" à la politique, on se trompe?

-En 1985 (l'année qui a suivi les JO de Los Angeles, la médaille de bronze d'Etienne Dagon obtenue sur 200m brasse), j'ai été Conseillé de ville, à Bienne, au législatif. 

-Où vous situiez-vous?

-J'étais plutôt à droite. Mais avec l'âge, on relative, on gagne en maturité, on n'est moins axé sur la performance à tout prix. Aujourd'hui je vois plus l'aspect social. Je suis en plein dans une vie sociale.

-En résumé, vous ne faites pas de politique active...

-...Mais il faut avoir une sensibilité politique. Comme dans une grande entreprise. Il y a des projets qu'il faut présenter à un certain moment ou à moment donné, mais de moment, il n'y en a qui sont plus propices que d'autre. C'est la loi du compromis qui est très helvétique. Disons que je suis un politicien diplomate.


Le seul pour l'éternité


-Quel regard portez-vous sur votre carrière de nageur?

-Parfois, j'y pense et je me dis qu'avec l'âge, c'est normal. Dans l'histoire, je suis le seul nageur suisse à avoir obtenu une médaille olympique-Etienne Dagon le restera pour l'éternité- et c'est quelques chose de fou. Avec les années on mesure toujours plus le niveau d'excellence qu'on avait -à son époque, le Biennois n'était pas le seul nageur suisse de très haut niveau-, le potentiel physique qu'on possédait. Bon, les bobos sont là, la faute aux charges de travail, qui étaient énormes.

-Etes-vous un peu nostalgique...

-...Oui, j'avoue, y'a de la nostalgie. C'était une période de vie extraordinaire. Ce qui m'est arrivé à Los Angeles, personne ne pourra me l'enlever. En même temps (il se regarde dans une glace imaginaire), je ne pourrai jamais revivre ça (Etienne Dagon part d'un éclat de rire communicatif).

-Le fait d'avoir réalisé une grande carrière dans le sport vous a-t-il aidé pour la suite? 

-Oui, et encore aujourd'hui. On me parle souvent de cette médaille. Ca permet des contacts. Ça (me) donne une crédibilité. Il y a 4 ans, quand j'ai été nommé délégué 
au sport de la ville de Bienne des journaux en ont parlé, ont illustré les articles avec des photos de moi avec la médaille. Dans cette région, on ne m'a pas oublié et pour les plus âgés je suis resté le médaillé olympique. Des personnes m'appellent encore "Magic Dagon"


De l'exigence, de l'excellence


-Vous avez été chef du service des sports de la Ville de Neuchâtel...

-...Oui, durant 12 ans. J'ai appris des tonnes de choses, j'ai rempli mes bagages de connaissances. À Bienne, on m'a choisi parce que je ne suis pas arrivé sans rien. A propos je dois être le seul à avoir travaillé dans les sphères sportives de deux villes différentes: Neuchâtel et Bienne.

-Chez vous, l'exigence a-t-elle toujours été une priorité?

-L'exigence, l'excellence me cause toujours des problèmes. Quand tu es un sportif, 
tu mets la barre très haut. Dans la natation, il n'y a pas de limite. On peut toujours faire mieux. Il faut faire des compromis avec soi-même et on en trouve. Dans mon travail c'est la même chose. Je ne suis jamais satisfait de mon ou de mes résultats. 
Je cherche à me raisonner mais je n'y arrive pas. 

-Mais vous appréciez les réussites...

-...Oui, bien sûr, mais c'est à chaque fois reparti pour faire encore mieux. On m'avait posé un jour la question: "Etienne, quand seras-tu satisfait? Ou qu'est-ce qui peux te pousser à l'être?" J'avais répondu: "Le jour où je serai champion olympique en battant le record du monde." Tu vois jusqu'où ça va.

-À un moment ou à un autre, vous êtes-vous égaré?

-Oui, parfois, il m'est arrivé une deux fois de faire des mauvais choix professionnels. 

-C'est-à dire.

-Avec le recul, j'avoue humblement avoir trop souvent choisi un salaire plutôt que de privilégier la réflexion. La priorité? J'aurais dû d'abord penser à mon épanouissement personnel. Si le métier ne te plaît pas ou ne te convient pas du tout, il ne peut pas y avoir d'épanouissement.


L'histoire du lauréat


-Avez-vous des regrets?

-Sportifs? Au niveau des résultats, je suis comblé. J'avais toujours dit: l'apothéose, c'est participer à une finale olympique. Avec le relais, j'ai participé à des finales lors d'événements majeurs. En 1987, j'ai détenu le record d'Europe du 200m brasse, en petit bassin. Après, j'ai trouvé ma voie, j'ai traversé quelques galères, je me retrouve 
à Bienne, c'est un cadeau. Dans mon bagage, j'ai un diplôme olympique. Sinon je n'ai pas de formation. Professionnellement, je suis un autodidacte.

-Quel métier n'auriez-vous pu jamais faire?

-Représentant. Il faut vendre. Toujours. Je les admire, sur la route, ils sont seuls dans leur voiture, j'ai un grand respect pour tous les représentants, pour cette profession, pas facile. 

-Y a-t-il un moment où vous vous êtes senti très seul?

-Oh! Oui. Ça faisait 3 mois que j'étais ici, à Bienne, en tant que délégué au sport. On avait la remise des prix pour les sportifs méritants. J'ai pris la parole, et à un certain moment, j'ai présenté un lauréat. Le problème, c'est qu'il ne s'agissait pas du lauréat qui se trouvait devant moi mais un des lauréats de l'année précédente. 

-Et alors?

-Il m'a chuchoté: "Ce n'est pas moi." J'avais dans les mains un CV de l'année d'avant modifié, adapté pour la circonstance. J'en avait fait une copie, une imprimante. Mais j'avais pris la fausse.

-Et que s'est-il passé?

-Je me suis adressé au public -250 personnes- et je lui ai dit: Madame, Monsieur, je vis un grand moment de solitude.

-À partir de quand votre vie a-t-elle pris des contours intéressants?

-À la naissance de mes 3 enfants. J'ai deux garçons et une fille. Un enfant, avoir une famille, ça jalonne une vie. Ça provoque une prise de conscience. Le grand, il nage, il a commencé la natation très tard, à 18 ans.

 

Palmarès

  • Etienne Dagon est né le 13 septembre 1960 à Bienne.
  • Ancien nageur. Spécialité: la brasse.
  • A été 3e du 200m brasse aux JO de Los Angeles de 1984. Son chrono: 2'17"41.
  • En 1987, a détenu le record d'Europe du 200m brasse en petit bassin (2'11"44), à l'époque 2e meilleur chrono de tous les temps.
  • A terminé 3e du 200m brasse aux Européens de Sofia en 1985 (2'19"69). 
  • A détenu depuis 1988 le record de Suisse du 200m brasse en 2'16"87, chrono qui a tenu une vingtaine d'années.
  • 45 titres de champion de Suisse.
  • En 1984, a été élu sportif suisse de l'année. 
  • En 1981, accède à une finale aux CE. Il est le premier nageur depuis 47 ans.
  • En 1982, il est le premier nageur suisse à accéder à une finale lors de CM.