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Josué M'Bon, de gardien de foot à l'athlétisme

04 juillet 2019

 

Il est solaire, Josué M'Bon, rencontré à Genève quatre jours avant ses 50 ans; un demi-siècle riche en expériences diverses, en moments forts, intenses, mais pas toujours roses dans lesquels il a toujours puisé le positif. Sa force. Une valeur très intime où il aime trouver des solutions simples et collégiales dans le but de faciliter les choses de la vie. Il étaye ce propos qui est le sien en rappelant les paroles d'un ancien lauréat de la médaille Fields (récompense pour la reconnaissance de travaux en maths, le prix Nobel de maths n'existant pas): "Le plus beau, dans une formule, c'est quand on arrive à la rendre simple." 

Josué M'bon aime les mathématiques. "Une fois que tu as compris le truc, il y a le plaisir à résoudre les problèmes." Après avoir fréquenté le Gymnase du soir en cours d'emploi dans une banque, il s'était plongé durant 3 ans dans la physique à l'EPFL. Plutôt que de refaire une année à l'EPFL, il retourne dans le domaine bancaire en 1995 et retrouve la BCV. Il obtient en 1999 le brevet fédéral d'agent fiduciaire. Dans la foulée, en 2002, il ajoute un diplôme à sa panoplie, celui d'expert-comptable. Il travaille chez BDO (société suisse spécialisée dans l'audit, les services fiduciaires, etc), puis chez PWC, à Lausanne (PricewaterhouseCoopers), qui est un leader de l'audit. Enfin et depuis 2011, Josué M'Bon distille tout son savoir chez EFG Bank SA, à Genève, qui est une banque privée, un partenaire financier. Il y occupe la fonction de chief risk officer (chef de la gestion des risques).

Dans le sport et dans son parcours professionnel, Josué M'Bon a su donner des sens à sa vie, traçant les chemins d'un destin mérité et écrivant des épisodes devenus des chapitres importants de son existence. 

La pratique d'un sport s'est-elle rapidement imposée à vous?
Par convictions religieuses, mes parents ne souhaitaient pas que je fasse de sport de compétition. Mon père est né à Beampo, petit village d'Afrique à 300km de Brazzaville et ma mère est Emmenthaloise, de Trueb, la patrie des biscuits Kambly. Ils se sont rencontrés en Suisse-allemande, grâce à la peinture.

Mais vous êtes né à Montréal...
...Oui, mon père qui avait commencé une école de peinture à Brazzaville rêvait de l'Amérique et du Canada. Maman avait un oncle à Montréal. Alors, ils sont partis à Montréal où j'y suis né. Mon frère en 1966 et moi en 1969. Ma grand-maman n'étant pas bien, ils sont rentrés en Suisse, j'avais 10 mois. J'ai vécu à Romont, puis à Carrouge (Vaud), après le divorce de mes parents, lorsque j'avais 7 ans. J'ai vécu dans une ferme dans des conditions plutôt simples. Je suis allé à l'école secondaire à Moudon avant d'effectuer un apprentissage à la BCV de Moudon. Ma mère et mon beau-père n'ont pas souhaité que j'entreprenne le Gymnase après mon certificat scientifique. Mais je ne leur en veux pas. J'adore ma maman et j'ai toujours eu une complicité et des contacts proches avec elle. Elle a un cœur énorme.

Etes-vous allé à Beampo?
Oui, j'y suis allé avec toute ma famille il y a 3 ans, pour la première fois. Mon frère qui habite en Afrique a organisé le voyage. Pour accéder au village, on doit emprunter une piste sur les 30 derniers kilomètres. L'accueil a été extraordinaire aux sons des tam-tam, des danses et de la distinction du village donné par son chef. Mon père, artiste-peintre, est retourné en Afrique, il y a une année. 

À part l'athlétisme, quel autre sport avez vous pratiqué?
Divers sports différents (tennis de table, tennis, ski), en tant que membre de club entre mes 15 et 18 ans. J'adore le ski et mon rêve à l'époque était de devenir descendeur. Je suis toutefois beaucoup trop maladroit...J'ai commencé le football en club à 17 ans. D'abord à Moudon, puis au LUC (Lausanne Université Club), de 19 à 22 ans. Le club cherchait un gardien. L'entraîneur était feu Norbert Eschmann (ancien grand joueur et journaliste). J'avais une bonne détente, paraît-il...

Vous avez commencé l'athlétisme tardivement...
...Quand j'étais à l'EPFL, j'ai participé à un concours universitaire (saut en longueur). J'ai fini 2e et cela m'a motivé à me lancer dans cette discipline qui me plaisait depuis tout petit. J'ai véritablement commencé l'athlétisme tardivement à 24 ans, sans ambition (100m et saut en longueur). J'avais redoublé ma 1ère année à l'EPFL en physique "Je voulais être physicien", et comme j'avais plus de temps, je me suis dit: "Vas y, commence l'athlé." Dans toutes les expériences, il y a quelque chose de positif. Même dans un échec aux études. Tenez: c'est au Stade-Lausanne, à Vidy, au bord du lac, que j'ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse, Maude Cardinaux, qui était aussi athlète - elle a été championne de Suisse cadette A et B du 100 et du 200m -. Je l'aime depuis 25 ans maintenant (Ils ont 2 filles "Elles sont mes trésors", Eva, née en 2000 et Inès, née en 2003).

Et au SL, comment cela s'est-il passé au début?
Un de mes premiers entraîneurs, André Sottas m'avait dit: "Si Dans un mois je vois que tu suis pas, tu sors de mon team." Ça m'a un peu piqué au vif. Dès ma première saison, j'ai participé aux championnats de Suisse (1994, saut en longueur). Et j'ai ensuite continué, persévéré. J'ai toujours eu une âme de compétiteur. Je l'ai encore. Avec des ambitions mesurées, si possible car je ne souhaite pas revenir d'une compétition avec de la déception. À mon sens, le sport devrait essentiellement rimer avec plaisir. J'aime également le côté objectif de l'athlé, basé sur une performance chronométrique ou métrique. 

Pourquoi le saut en longueur, le triple saut?
Parce qu'on vole un court instant, on est en apesanteur, un moment. Courir vite est un atout. J'aurais dû certainement progresser au niveau de la vitesse si j'avais souhaité atterrir plus loin. J'essaye toutefois de ne pas me mettre de performance métrique en tête avant un saut. Je tente de sauter à l'instinct, le mental et le corps relâché, fluide. Je suis réellement content pour les autres concurrents lorsqu'ils font de bonnes performances. Ça me motive également à améliorer les miennes.

Vous parlez souvent d'une crise de la quarantaine...
...Oui, ma crise a été particulière. Une motivation surtout de rester en forme qui a abouti à ma décision de participer aux Masters en athlétisme. J'y ai gagné quelques titres (voir le chapitre Palmarès). En septembre, j'envisage de participer aux Masters M50 à Venise.

En quelques mots, comment définiriez-vous votre personnalité?
Je suis souvent optimiste, plutôt souriant, à l'écoute, j'aime les gens bons et je tente d'éviter de les blesser. Je suis fidèle en amitié. Je suis généralement  à la recherche du positif. 

Quel métier n'auriez-vous pas pu (ou pas voulu) pratiquer?
Un métier avec peu de chaleur humaine, sans soleil, sans lumière (il réfléchit). Archiviste. Oui, archiviste dans un sous-sol. Bien que j'aie tout mon respect pour les archivistes. 

Et celui que vous auriez pu (ou voulu) exercer?
Humoriste (on le croit sur paroles). Le rire est une thérapie, l'humour est une forme de l'esprit joyeuse. 

Palmarès

  • Josué M'Bon est né le 17 juin 1969 à Montréal.
  • Est au bénéfice d'un passeport suisse et canadien.
  • Il est sociétaire du Stade-Lausanne athlétisme depuis 1993.
  • A pratiqué l'athlétisme au niveau de l'élite de 1994 à 2013 (interclubs essentiellement de 2005 à 2013).
  • En 1998, pour la République du Congo, il a participé aux Mondiaux en salle à Paris-Bercy (33e sur 38 au saut en longueur). "J'étais porte-drapeau de la délégation." 
  • En 1996, avant l'obtention du passeport suisse, il s'est mis en liste  pour aller aux JO d'Atlanta  pour la République du Congo. Cela ne s'est juste pas fait.
  • A été à de nombreuses reprises champion romand. Il détient le record romand du triple saut avec 15,38m (1997).

SUISSE 

  • A été à deux reprises champion de Suisse du triple saut. En 1997 à Bâle (à l'air libre) et en 1998 en salle. Médaille d'argent en 2004 à Bâle à nouveau, aux championnats de Suisse (à l'air libre).
  • Ses records personnels: 15,38m au triple saut et 7,38m au saut en longueur, deux performances établies en 1997. Sur 100m, 11"32 et sur 200m, 22"70.

MASTERS

  • A été deux fois champion du monde MASTERS. En 2012 en Finlande, au triple saut, en réussissant 13,75m (catégorie M40). Et en 2015 à Lyon, au saut en longueur (M45) en atterrissant à 6,36m.
  • En 2011, il a été champion d'Europe en salle au saut en longueur avec 6,59m (M40).
  • Diverses médailles en argent et de bronze (Nyiregyhaza, Hongrie, Zittau (Allemagne), San Sebastian, Budapest à des championnats du monde ou d'Europe entre 2011 et 2015.

 

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