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Marie-Thérèse Armentero, ancienne grande nageuse

21 mars 2019

Une grande dame aux services de France Parkinson

On a retrouvé Marie-Thérèse Armentero, à Paris, partagé un repas au "Loir dans la Théière", lieu magique et de bric et de broc sis à la Rue des Rosiers, référence au célèbre conte et dessins animés "d'Alice aux pays des merveilles". 

De papa espagnol et de maman allemande, la Genevoise a pris le nom de son mari - Fuzzati -, a vécu à Pavie, près de Milan, durant 15 ans. "Puis, en 2012, on a emménagé à Paris, du côté de Vincennes." Paris? "J'aime beaucoup cette ville, qui est une grande métropole à taille humaine. Mon mari et moi, on l'a parcours à vélo. Qu'il vente ou qu'il pleuve, je me rends à vélo à mon travail. Je m'habille en conséquence, je me change sur place." 

L'association France Parkinson

Marie Fuzzati Armentero "En Italie, dit-elle, j'ai laissé de côté le prénom Thérèse, qui devenait Teresa; ça ne "sonnait" ou ne "collait" pas très bien", est une scientifique. Elle est chimiste, bio-chimiste. "Mon papa était physicien." Dans la Botte, elle a travaillé dans un institut de neurologie. "Je n'avais pas une place fixe. Mon contrat était renouvelable pour 2 ou 3 ans. Durant 15 ans, précise-t-elle,  j'ai fait de la recherche sur la maladie de Parkinson. Quelques mois avant de partir pour Paris - son mari s'est vu proposer un poste qu'il ne pouvait pas refuser-, j'ai obtenu un gros financement suite à des appels à projets. Je suis partie en France, mais l'institut en Italie a souhaité que je poursuive mon travail. Durant trois ans, j'ai travaillé depuis chez moi pour cet institut, via des courriels et par Skype. Je me suis aussi rendue en Italie. Quand le financement s'est terminé, j'ai continué à travailler pour l'institut à distance mais après quelques temps, j'ai estimé que ce n'était pas une solution pour le long terme et je me suis approchée de l'Association France Parkinson."

Des travaux de recherches

Dans cette association Marie Fuzzati Armentero a commencé comme bénévole. Son statut a évolué. "Aujourd'hui, je suis chargée de missions scientifiques de l'Association sur tout le territoire français." Avec des fonctions diverses. "Je coordonne le suivi administratif et scientifique de projets de recherche financés par l'Association, j'effectue un travail de vulgarisation tenant compte de la mises à jour des avancées et aujourd'hui, je suis en contact avec les patients. J'essaie de leur expliquer ce qu'est la recherche, pourquoi il faut tant de temps pour trouver des traitements, pourquoi il n'existe encore aucun traitement qui permette de guérir ou de ralentir la maladie. Je travaille trois jours par semaine. Les bureaux sont à Paris." Les actions de l'Association France Parkinson? Informer sur la maladie, sensibiliser l'opinion, soutenir les malades, financer la recherche, mobiliser aussi les pouvoirs publics. "Cette maladie n'engendre pas que des tremblements, elle amène aussi des douleurs, des insomnies, de la dépression et de l'anxiété, beaucoup de symptômes dit non-moteur et qui ont été longtemps ignorés." En France, la physiothérapie, pour les malades, est remboursée par la sécurité sociale. "C'est une grande aide qui permet d'améliorer considérablement la qualité de vie des patients. Il faut éviter les comparaisons, de se comparer, car tous les patients sont différents (réponse aux médicaments, évolution, etc). Si une personne a des doutes, est victime de symptômes, il faut qu'elle contacte le plus tôt possible une Association et voir ce qui se passe. Cette approche lui permettra de se rassurer, de mieux comprendre et d'appréhender l'éventualité de cette maladie; très souvent, le neurologue n'a pas le temps de faire tout ça. La pratique du sport est un remède, sain, redonne du plaisir et pas que dans le quotidien."

Une reine au CN de Paris

La natation, il faut en parler. "Mon rapport avec l'eau, il est fusionnel", dit le poisson Armentero ou Fuzzati -les deux font la paire-. "Avant, dit-elle en souriant, la passion omniprésente, on nageait avec le moins de tissu possible, aujourd'hui, on porte des combinaisons mi-cuisses qui les comprime, comme des chaussettes de marathonien. Cette technologie, on ne l'avait pas avant qui permet de nager plus rapidement." Une preuve? Sur 50m libre, en petit bassin, et une bonne trentaine d'années plus tard, la Genevoise, très en avance sur son époque et le talent flamboyant tutoie élégamment ses meilleurs chronos (26"27 contre 25"40 auparavant). 

Au Club des Nageurs de Paris (CNP), Marie Fuzzati Armentero - soit dit en passant, ses records du monde et d'Europe Masters sont inscrits sous Fuzzati-, est membre du Conseil d'administration, en tant que responsable de la commission sportive. "Je suis aussi licenciée en Suisse, d'abord au Club des nageurs de Nyon en 2015. Et depuis 2018, au Club "Global Masters AquaNuts" avec lequel j'ai disputé les championnats de Suisse au mois de novembre dernier à Berne." Avec le CNP, elle dispute les championnats de France interclubs. "On fait partie des 3 meilleurs clubs du pays." En 2004, alors en Italie, elle avait participé aux Masters. Puis, plus rien du tout jusqu'en 2012, jusqu'à ce que son mari insiste pour qu'elle retrouve les bassins, la compétition dans le plaisir, l'adrénaline passionnée sans laquelle rien est possible.

Naturalisation à 14 ans

-À 14 ans, vous avez obtenu la nationalité suisse. Si vous aviez nagé pour l'Espagne, votre trajectoire aurait-elle été la même?
-Aurait-elle été mieux ou pire? Je ne sais pas. Ce que je peux dire, en revanche c'est que nager pour une nation en ne vivant pas dans le pays - elle vivait à Genève-, c'est compliqué. Ça implique des voyages, d'autres déplacements, etc. Maintenant, si on m'avait dit que mon destin serait celui-là, je ne l'aurais pas cru.

-Où avez-vous commencé à nager?
-J'ai commencé à nager dans un tout petit club familial, les Dauphins de Genève, dans la section de Champel. On nageait dans un bassin surchauffé au sous-sol d'un immeuble et on avait toujours un bonbon à la fin de l'entraînement. A l'époque, je faisais aussi du basket, et de la course à pied. L'entraînement durait une heure, 3 fois par semaine et je me rappelle que je trouvais toujours une excuse pour finir plus tôt le seul jour où il durait 1h30." Elle était déjà une sprinteuse dans l'âme. "Je pense que commencer dans un petit club sans surentraînement m'a permis d'éviter un "burn out" plus tard, durant la phase de l'adolescence. Pour moi, nager et m'entraîner n'a été que du plaisir.

-À considérer votre parcours exceptionnel, la fédération de Suisse de natation vous avait-elle approché...
-...Pour y occuper un poste? Non, je me trouvais au Canada, après les JO de Séoul, en 1988. Je ne pense pas que la Fédé m'aurait approchée et je suis même  certaine de ça. Avec les meilleurs nageurs du pays -une équipe exceptionnelle-, nous avions créé "La Suisse gagnante" pour faire face au manque d'efficacité de la Fédération à trouver des sponsors. Elle n'a pas aimé. Pour aller aux championnats d'Europe et du monde, on devait mettre 400-500 francs de notre poche. D'où notre réaction, notre décision.

Une ambiance extra

-Comment s'est passé votre arrivée au CN de Paris?
-Une des premières choses que j'ai dites c'est: non, surtout ne me demandez pas de faire de la compétition. Je viens ici, c'est pour m'entraîner, me faire du bien. Ça c'était au départ, après...

-...Vu l'ambiance extra régnant dans ce club, le plaisir retrouvé et ses sensations...
-...J'ai participé aux Interclubs. Je me suis dit: fais le pour le club et pas pour toi. Ma première course a été un 100m dos, alors que je n'avais plus nagé de dos depuis bien longtemps. J'avais tellement peur de craquer que je suis partie super lentement. J'ai nagé le 2e 50m plus rapidement que le premier. J'avais retrouvé le plaisir, les sensations de l'époque. Dans une ambiance extra. Plus tard j'ai participé aux Mondiaux Masters à Montréal et les Européens Masters à Londres (bassin olympique). Et dans quelques jours, je serai aux championnats de France qui se disputeront à Dunkerque. 

-Le 50m libre est une discipline faite pour vous, que vous attendiez, non?
-Oui, il est apparu pour la 1ère fois aux Mondiaux de Madrid en 1986. Le 50m, c'est une course que nous nagions déjà en Suisse depuis longtemps. On l'attendait -ou plutôt Marie-Thérèse Armentero l'attendait - au niveau international. A Madrid, j'ai terminé 3e. Moi qui rêvais d'une finale, j'étais au paradis! Quand je revois cette course, j'ai les larmes aux yeux et encore aujourd'hui. Mes parents étaient là, mon papa est madrilène. 

Avec un sac à dos

-Jeune, vous souvenez-vous être rentrée à la maison en pleurs, après une séance d'entraînement dure, par exemple?
-Non, mais après avoir raté une course, oui. Non, parce que nous étions un groupe de nageurs qui avait des convictions absolues. J'ai toujours amélioré mes chronos. Je n'ai pas connu de saisons creuses. Au Genève-Natation, il y avait une formidable émulation. 

-Avez-vous néanmoins un regret?
-Que la Fédération de Suisse n'ait pas sélectionné, envoyé aux JO de Séoul en 1988 le relais 4x100m 4 nages des dames. Certes on avait raté les minimas pour 1 dixième mais cette absence de relais a été une erreur monumentale. Ce relais méritait sa place à Séoul. On était 3 sur place soit Patricia Brülhardt (brasse), Eva Gysling (dos) et moi (libre). Il ne manquait que Carole Brook (papillon). Elle avait déjà participé à 2 JO et aurait dû faire partie de la délégation. Ce relais était de grande qualité. Toute l'équipe de Suisse aurait bénéficié de ce relais. Pour un pays et quelque soit le sport, un relais est son baromètre.

-Qu'avez-vous fait au terme de votre carrière?
-J'ai terminé ma carrière sportive en même temps que l'UNI. A 23 ans, je suis partie seule avec mon sac à dos faire un tour du monde. Il a duré 6 mois dont 4 passés en Australie. Ça a été une découverte de moi-même. J'ai appris à m'ouvrir aux autres. J'étais dans la retenue, je suis devenue une extravertie. J'ai beaucoup "fait" la fête. Une fois par semaine, je téléphonais à la maison, en PCV. Il n'y avait pas d'Internet, rien. La déconnexion totale. 

Palmarès

  • Marie-Thérèse Armentero est née le 13 novembre 1965.
  • Habitant Paris, elle est licenciée au Club des Nageurs de Paris.
  • A remporté plus de 50 titres de championne de Suisse.
  • A établi plus de 60 records de Suisse.

Records personnels : 

  • 50m libre en 25"93 (chrono réalisé en 1986, en finale, aux Mondiaux de Madrid). 
  • 100m libre en 57"04.
  • En 1986, aux MONDIAUX de Madrid, ELLE EST 3e DU 50M LIBRE, derrière Costache, la Roumaine et Kristin Otto (GDR).
  • En 1984, elle est la meilleure nageuse européenne sur 50m libre. 
  • Est finaliste aux Européens de Split en 1981, aux Mondiaux de Guyaquil en 1982, aux Européens de Rome en 1983.
  • A participé à deux JO. En 1984 à Los Angeles, est 6e avec le relais 4x100m 4 nages. Et en 1988 à Séoul, elle termine 10e du 50m nage libre.
  • En 1985, aux Européens de Sofia, est 7e du 100m nage libre.
  • En 1987, aux Universiades de Zagreb, termine 2e du 50m nage libre.

Masters (catégorie d'âge 45-49 ans et 50-54 ans). 

  • Elle détient le record du monde du 50m libre en 27"04 (grand bassin) et celui du 50m libre toujours mais en petit bassin (26"27). 
  • Elle détient aussi le record du monde du 100m libre en 1'00"41 (grand bassin) et celui du 100m libre toujours mais en petit bassin (58"63).
  • Elle possède aussi le record du monde du 50m dos en 32"02 (grand bassin).
  • Plus quelques records d'Europe en petit bassin.
  • Dès l'âge de 25 ans, on peut participer aux compétitions Masters.

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