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Maxime Panaia : Du fouet de pâtissier à la canne de billard

05 décembre 2019

 

Il tourne autour de la table, multiplie les petits pas alertes, jauge la situation, canne qu’il tient dans la main gauche mais qui repose en alerte dans l’autre. Maxime Panaia, qui aura 19 ans en décembre, est un joueur doué de billard. Qui est un sport, un vrai où la position des billes n’est jamais la même, où la beauté de nombreux points vaut celle de n’importe quelle geste, ou attitude, dans un autre sport. Et ça se joue aussi et parfois, au millimètre. «On se doit de maîtriser le rendement de la table», dit le Français en éveil et qui apprend au contact des Maîtres qu’il rencontre et affronte dans des lieux calmes, très feutrés avec de la musique douce en toile de fond. «Il faut savoir accepter les erreurs, surtout apprendre de ses erreurs.» Etre le maître absolu des impacts et des effets. L’apanage des plus grands. Maxime Panaia possède la panoplie pour en devenir un (dans le monde une vingtaine de joueurs pros gagnent leur vie avec le billard).

Les spécialistes n’hésitent pas à affirmer que vous poursuivez un parcours hors du commun. Êtes-vous d’accord avec ça?
En quelque sorte, oui. Mais les personnes qui disent cela se basent sur les titres que j’ai acquis. Ma courbe de progression est naturelle, linéaire, après il faut que ça aille dans le bon sens. Je m’en donne les moyens. Je me donne à fond. Je suis pro, mais à mon niveau, lequel ne me permet pas (encore) de vivre de mon sport. Je m’entraîne tous les jours - fin de matinée jusqu’au début de l’après-midi-. Soit environ 3 heures mais ça reste variable. Mon objectif, il est clair, c’est gagner un titre mondial. J’ai 19 ans, je vais rester encore trois ans chez les juniors.

À fond les formes

Humble et très mature, Maxime Panaia a la tête sur les épaules, elle n’est pas prête à dévisser. «A quoi ça servirait », dit-il. «Je reste naturel.» En poche, il a un brevet de pâtissier (CAP) et a travaillé durant deux ans dans ce domaine. A Andolsheim (2000 habitants). Sa scolarité, il l’a effectuée à Colmar. «Dans les mois à venir, poursuit-il, j’envisage de travailler à nouveau mais pas à 100%, mon objectif étant de progresser au maximum dans mon sport, profiter à fond, pouvoir vivre du billard.»

Le billard s’est-il tout de suite imposé à vous?
J’ai d’abord pratiqué le football mais pas longtemps car je me suis blessé à un talon. Je jouais en défense, à droite. Un jour, mon papa, qui joue au billard, m’a invité à le suivre. Je l’ai vu à l’œuvre et ça m’a plu. 

Pour être au niveau qui est le vôtre, avez-vous sacrifié une partie de votre jeunesse? 
J’ai des amis, j’ai une vie sociale. Elle est peut-être moins intense qu’une vie sociale normale dans la mesure où je voyage souvent. Il faut savoir faire des sacrifices. On parcourt l’Europe en voiture (principalement), c’est mon papa 
qui conduit. 

Invité à Lausanne

Bénéficiez-vous d’aides financières?
J’ai des aides de La région Grand-Est (avant, on l’appelait Alsace), mon club m’aide un peu -Maxime Panaia est licencié au Colmar Billard Club 71-, la Fédé française me soutient aussi et des sponsors également. Et je touche quelques gains. J’ai participé au Billard Master Lausanne. C’était la première fois que je participais à un tournoi sur invitations.

Aujourd’hui encore, le billard est perçu par beaucoup comme un jeu d’arrière-salle de café. Êtes-vous d’accord avec ça?
C’est le cliché qu’il renvoie, qu’il véhicule. Le billard français (3 bandes) n’est pas aussi dur à pratiquer que le snooker, ou le billard américain. Mais je peux vous affirmer que c’est un sport; celui qui en joue en compétition pratique un sport. En France ou ailleurs, le billard français se développe, lentement, peut-être, mais sûrement. 

Avez-vous un préparateur mental?
Non, mais dans les années à venir, peut-être aurais-je besoin de ses conseils. Aujourd’hui il y a un certain nombre de domaines que je ne maîtrise pas encore bien: la pression, la gestion des émotions, tout ce qui a trait au mental. C’est un tout. Je suis jeune; avec l’expérience, tout cela devrait mieux aller. Le billard est un sport complet. J’apprends tous les jours, avec les grands champions.

Un corps à soigner

Le fait que le corps soit mobilisé sous une forme peu énergétique ne veut pas dire que vous ne devez pas soigner votre forme.
Pour être performant, il faut se sentir bien dans son corps et si vous l’êtes, la tête en profite et vous permet de gommer un peu d’émotion, de stress. Je fais du vélo, du footing, j’entretiens mon cœur, que je sens, que j’entends au début d’un match. Au billard, la pression existe, même si ça ne se voit pas forcément. La pression? On se la met, aussi. Il y a la peur de rater, le doute qui surgit, pas que devant une situation de jeu difficile. 

L'air est régénérant

En ce qui vous concerne et de manière générale, êtes-vous fatigué après un match?
Oui, la fatigue est mentale, l’énergie dépensée se situe dans la tête. Le corps et la tête forment un tout. Il faut s’entretenir pour être endurant. Ce que je fait après un match? Je l’analyse brièvement, je vais prendre l’air, j’aère aussi mon esprit; si je le peux, soit si le programme le permet, je m’accorde du repos afin d’être frais pour la partie suivante. 

Pour être un bon joueur de billard, faut-il réviser les maths et la physique?
Un peu, quand même. Il y a des systèmes à connaître, qui facilitent certains points, qui nous aident, psychologiquement. Le jeu de billard s’apparente au jeu d’échecs, stratégiquement: il faut sentir ce que va faire l’adversaire, et le devancer dans son cheminement. Ça demande énormément de précision et de concentration, une grande régularité.

Le billard sera-t-il un jour un sport olympique?
La France avait déposé un dossier dans ce sens. Il n’y a pas eu de suite. Sera-ce pour les JO de 2028? Ça serait bien et très motivant même si cela ne devait être qu’un sport de démonstration. 

Palmarès

  • Maxime Panaia est né le 21 décembre 2000 à Colmar (France, Alsace).
  • Joueur de billard. Gaucher.
  • 3 fois champion d’Europe U17 (cadets, 3 bandes).
  • Champion d’Europe en titre U21 (juniors, 3 bandes). Il défendra son titre à Bruxelles en avril 2020.
  • En U19, champion d’Europe par équipes (à la libre).
  • Deux fois champion de France U17 (cadets, 3 bandes).
  • Deux fois champion de France U21 (juniors, 3 bandes)
  • Champion de France (à la libre) en U17 et une fois par équipes (à la libre) en U19.
  • À déjà participé à 2 championnats du monde. En 2018, à Izmir (éliminé en 1/4 de finales) et en 2019, à Valence (Espagne, éliminé en 1/8e de finales).

 

 

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