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Maya Chollet, athlète d'altitude et journaliste de terrain

15 août 2019

 

Maya Chollet, 32 ans, est une pile électrique, qui arrive...pile à l'heure au rendez-vous avec son vélo de course. Elle est nature, voue un culte à la nature, se passionne pour la montagne; cime où elle vit et respire le mieux, lieu d'altitude calme avec lequel elle partage un peu tout, son temps, ses humeurs, une fraîcheur, des orages, le manque d'air, des joies, des larmes et aussi des souffrances sportives. "Mes parents se sont rencontrés à la montagne", dit-elle. Un ode à la joie, un ode à la vie.

Avant de connaître l'escalade, les sommets, le dénivelé, Maya Chollet a nagé. "J'étais nul en course à pied." Pour ses 18 ans, elle s'est offert une traversée. "St-Gingolph-Vevey, 8,5km. J'ai mis 2h20. C'était mon cadeau." L'endurance est sa force. "Je ne suis pas explosive." Mais dans sa personnalité, il y a de l'explosivité. Une vitalité et un naturel qu'elle entretient, avec ou sans entraînement. Maya Chollet parle plusieurs langues -dont le russe -, mais elle ne connaît pas la langue de bois. "Je n'aime pas le monde fabriqué. Je n'arrive pas à faire semblant. J'adore apprendre de tout et surtout de tout le monde. Je suis curieuse et passionnée."

Variété aux entraînements

De combien d'heures d'entraînement par semaine avez-vous besoin pour maintenir le niveau qui est le vôtre?
Je m'entraîne tous les jours, je varie beaucoup. Je ne suis pas une adepte des plans d'entraînement ultra rigides, ça m'emm...très rapidement. J'aime la polyvalence (vélo, natation et course à pied, entre autres). Si je fais aussi de la piste? Très peu, j'ai l'impression de tourner en rond. Je suis une fonceuse et une perfectionniste, parfois trop, pas assez posée, parfois, ni structurée. Mais ma tante que j'aime me dit souvent que je suis un rayon de soleil. 

La montagne, c'est votre passion...
...Oui, d'ailleurs, à l'heure qu'il est, j'essaie de me former à l'alpinisme, parce que ça m'intéresse, ça touche plusieurs domaines. J'ai recommencé à grimper. Je le faisais avec ma maman, elle est décédée en grimpant, j'avais 8 ans. Je ne me verrai pas que courir, je ne me verrai pas que nager. C'est pourquoi je ne serai jamais une bonne spécialiste. A l'école, c'était pareil. J'y ai réalisé de bons résultats, 5,5 sur 6, partout. Je n'avais pas de branches préférées. Je n'avais pas envie d'en avoir.

Le sport est pour elle

Le sport est-il une addiction, chez vous?
Je suis une addicte à bouger et à découvrir avant tout, mais le sport est une addiction, de manière générale. Le sport, c'est du temps pour moi, je n'ai jamais vu cela comme un travail ou une obligation. On me dit souvent: "Tu es quelqu'un d'extrême, tu souffres dans le sport." Ce n'est pas vrai. D'abord, je m'amuse. Et oui, on peut avoir du plaisir sur une course de 75km. 

Alors, quel est votre moteur?
Le plaisir-passion. Quand je cours, je ne porte jamais de montre. Le chrono est un élément accessoire. J'aime bien tout donner et tout essayer. Dès fois ça marche, souvent ça rate. L'important, c'est d'essayer.

Dessiner est aussi important pour vous...
...Je fais du noir-blanc. Je reviens de la Coupe du monde dans les Dolomites. Avant la course, j'ai dessiné. Je peux y passer des heures. C'est la seule chose qui peut me tenir assise aussi longtemps. En général, je prends une photo comme source d'inspiration. Ce sont les miennes ou celles d'autres personnes. Non, mes dessins je ne les expose pas car je les ai tous offerts. A l'école, je m'ennuyais énormément, alors je dessinais. Plus tard à l'UNI, je me suis aussi ennuyée -elle a étudié les lettres-. C'était trop abstrait. J'aurais dû faire médecine, j'ai beaucoup hésité. Le dessin, ça m'absorbe, je m'y évade.

Vous avez terminé votre Bachelor à Bâle et vous êtes en possession d'un Master...
...Oui, en relations  internationales. Je voulais devenir diplomate. J'avais effectué un stage  à l'Ambassade de Suisse en Jordanie. Pendant cette période, j'ai tenu pour un journal un carnet de voyages. J'étais pigiste. Le journalisme a fini par prendre le dessus.

Avec un vélo pourri

A quel âge avez-vous disputé votre premier triathlon?
A 18 ans. C'était à Vevey. J'avais terminé 2e, avec un vélo pourri. Depuis, j'ai fait du triathlon, puis des courses de montagnes, maintenant je grimpe et je fais de l'alpinisme. C'est la dérive verticale.

Vous êtes une femme de (tout) terrain et une journaliste de terrain...
...Je travaille à la RTS, j'ai été engagée à la télévision, avant tout. Puis, on m'a demandée à la radio pour faire des émissions sur la montagne, principalement. A la TV, on me catalogue peu à peu "montagne" aussi. Ça me fait plaisir. C'est un créneau qui demande un travail logistique important...Faire du journalisme en haute montagne, c'est compliqué. Et il y a les aléas météos, la sécurité de l'équipe de tournage. En plus, c'est un domaine très physique, ça requiert des compétences techniques, je ne suis en train d'acquérir. Pas tous les journalistes n'ont envie de se spécialiser là-dedans. Les émissions? Sur la montagne, il y a "Altitude", "Passe-moi les jumelles" et cet été, une série pour "CQFD" sur la science dans les cabanes de montagne. Sinon, j'aime les enquêtes pour la TV, les biens compliquées, pour "A bon entendeur", "36,9." 

Déménagement imminent?

La montagne, c'est votre lieu de vie, pourtant vous habitez Genève...
...C'est un cauchemar. Je n'aime pas cette ville. J'envisage de déménager. J'aimerais trouver un compromis, un juste milieu entre Genève où je travaille et la montagne.

Ce qui impliquerait d'avoir une voiture, pour vous faciliter la vie, non?
Tant que je suis à Genève, surtout pas. J'ai mon vélo et une moto. C'est efficace. Mais j'ai tous les permis, voiture aussi. J'ai le choix. Il me manque l'hélicoptère, peut-être (rire).

Vous voyagez très souvent. Bénéficiez-vous de soutiens financiers?
La Fédération paie quand il s'agit d'un grand rendez-vous officiel: championnat du monde et championnat d'Europe. Ils ont lieu une fois par année. Sinon, des sponsors m'aident en me fournissant des habits, de la nourriture, etc. Des personnes privées m'aident aussi, ponctuellement, sinon, je me débrouille. Sachant plusieurs langues, je fais des traductions pour Swiss Triathlon, la RTS, pour des entreprises. Ça me sauve la vie, ça me sauve le sport.

Objectif : la Patagonie

Bénéficiez-vous aussi d'un suivi médical?
J'ai un médecin du sport, Boris Gojanovic, qui est à l'Hôpital de La Tour à Genève. Je l'aime beaucoup mais moins je le vois, mieux c'est. La preuve, je suis un cas. Quand je vais le voir avec "un peu mal au bras", en qu'en fait il est cassé...Ma tolérance à la douleur? Je suis assez résistante mais comme tout le monde, je suis blessée parfois. En sport de haut niveau, comme en montagne, tu t'habituer à être dans des conditions pas confortables. Dans ma famille, on n'est pas doués pour se plaindre.

D'ailleurs, vous connaissez un problème de santé, dont vous ne vous plaignez pas...
...J'ai une maladie de la thyroïde. Il y a 3 ans, c'était assez grave. Le métabolisme grillait tout. Je ne dormais plus, j'avais si chaud, le cœur qui battait à 160 pulsations par minute au réveil, je mangeais sans cesse et je perdais du poids. Depuis, je suis un traitement médical et cela s'est bien régularisé. J'ai de la chance, je pourrais souffrir du diabète. Je connais quelques athlètes qui en ont un et qui font du sport. Ils méritent tout notre respect. 

Aujourd'hui, quel est votre objectif?
Mon rêve est de participer aux prochains Championnats du monde de la montagne longue distance qui se disputeront en Patagonie, en novembre prochain (42km, 2500m de dénivelé). Si cela marche, je resterai en Patagonie, j'en profiterai pour aller voir comment sont les montagnes.

Palmarès

  • Maya Chollet est née le 6 mars 1987 à Châtel-St-Denis.
  • Spécialiste des courses de montagne. Elle fait partie de l'équipe nationale de course de montagne, cette discipline étant affiliée à Swiss Athletics.
  • Elle est journaliste RP à la RTS (télévision et radio).
  • Elle est membre du Stade-Genève et du Triathlon-Club Valais.
  • Durant une dizaine d'années, elle a pratiqué la natation au Vevey-Natation.
  • Elle a remporté à 9 reprises le triathlon de la Gemmi. Le 10e succès aura-t-il lieu le 7 septembre prochain?
  • En 2019, a terminé 1ère des Championnats de Suisse de Trail (75km) à Verbier (10h29').
  • Elle a participé au championnat du monde de montagne longue distance (36km, 2200m de dénivellation), terminant 14e en 3h23'. C'était à Karpacz en Pologne.
  • Est montée à plusieurs reprises sur le podium de la course Montreux-Rocher-de-Naye, course qu'elle a remporté une fois.
  • A terminé à 8 reprises première de la course Fully-Sorniaut (360 degrés, 7,950km, 1600m de dénivellation +).
  • Elle a gagné des dizaines de triathlon régionaux.
  • Elle a remporté plusieurs fois le Championnat de suisse de la montagne, avec le Stade-Genève. Elle a terminé à 2 reprises troisième des Championnats de Suisse individuel. 
  • Elle a terminé 2 ou 3 fois 3e des 20km de Lausanne. A été une fois 2e du semi-matathon de Lausanne, terminant derrière Magali Di Marco Messmer.
  • En inferno -quadriathlon avec 5500m de dénivellation), elle comptabilise plusieurs podiums en Suisse (Oberland bernois). Son meilleur chrono: 10h30'.
  • Sur l'inferno, un quadriathlon extrême dans l'Oberland bernois, avec 3,1km natation, 97km de vélo (2000m de montée), 30 km de VTT (1800m de dénivellation, montée et descente) et 25km course à pied avec 2400m de montée), elle a terminé plusieurs fois 2e et 3e. Son meilleur chrono: 10h30. 

 

Deux vidéos

Maya Chollet court vers les sommets, ici

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