X

Recherches fréquentes

Pascal Girard, champion de bras de fer et tatoueur renommé

10 octobre 2019

 

Il nous reçoit dans son salon tattoo à Aigle. «Avant, j’étais à Genève et à Monthey. Ici, je suis avec un associé», dit Pascal Girard, qui aura bientôt 52 ans. Il ne les fait pas. «Ça fait 31 ans que je tatoue. Au début, raconte ce Valaisan pure souche, je n’avais aucune base. A l’époque, il n’y avait qu’une sorte de machine et d’aiguille, maintenant, il y en a des millions. Dans les années 1980-1990, le tatouage était un peu perçu comme une appartenance à un certain milieu, à un certain mode de vie; mais depuis la fin des années 1990, le tatouage a commencé à évoluer, grâce notamment au niveau artistique, qui a considérablement augmenté. Issus (surtout) des pays de l’Est, les artistes sont sortis des écoles de l’art. Des sportifs et des musiciens, des people se sont fait tatouer, ont fait de la pub, il y a une une synergie tout autour du tatouage, le monde s’y est intéressé, c’est devenu commercial.»

Quelle autre profession auriez-vous pu ou aimer exercer?
J’ai été électricien et magasinier. J’aime bien les sciences et le monde de la physique. J’aurais pu être physicien ou astrophysicien. Mon oreille droite souffre d’une perte d’ouïe de 47%. Alors je compense. Je m’instruis, tout le temps. J’apprends. Je lis. J’ai besoin de lire. J’ai une forte mémoire visuelle. Je parle 4 langues. 

Mais Pascal Girard, personne attachante, homme hors norme, qui vit ses passions avec une grande intelligence, a une autre corde à son arc. Il est champion de bras de fer. «À l’école, souligne-t-il, j’étais relativement bon, dans ce sport. Un jour, j’ai vu un article dans un illustré, qui parlait de bras de fer, d’un championnat important à venir, qualificatif pour des mondiaux. 
J’y suis allé mais j’ai été sélectionné à l’issue de ma 2e compétition. J’avais des prédispositions. Auparavant, les Etats-Unis possédaient 20 ou 30 ans d’avance sur nous. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Aux Etats-Unis, il y a énormément de poids lourds. En Europe centrale, on cultive toujours le machisme: l’homme doit être fort. Et dans les pays de l’Est, ils sont tous diplômés: avocats, médecins, etc. Elle est finie la période des gros bras et rien dans la tête. À l’Est, le bras de fer y est un sport d’Etat. En Turquie, le sportif qui remporte une médaille lors d’un championnat majeur (Monde ou Europe) touche 40’000 dollars. Ici, notre Fédération n’est pas reconnue. On paie de notre poche, même le tee-shirt. On est des bénévoles. En France, la Fédération est affiliée aux sports de force. 

Dans le monde du bras de fer, le dopage existe-t-il aussi?
Aux Mondiaux et aux Européens, on est contrôlés. En 2013, ils en ont chopé 26 (tous en provenance des pays de l’Est), parmi eux un gars qui m’a battu 5 fois. J’aurais pu être 15 fois champion du monde mais je n’ai pas été plus loin, je n’ai pas entamé de procédure. Rien. La passion et le plaisir sont plus forts que tout. 

Prenez-vous des vitamines...
...Oui, des multi-vitamines, de la vitamine D, des produits à base de plantes, pour la récupération, mais pas de protéines. L’eau est ma boisson. J’ai peu de poids de corps mais beaucoup de force.

Des travaux d'Hercule

Vous entraînez-vous tous les jours?
Je m’entraîne deux fois le lundi, le mercredi et le vendredi. Je travaille la force, les angles, la technique. Les biceps et le développé couché, je ne fais pas. Cela fait aussi 31 ans que je pratique ce sport. Avec le temps, on connaît son corps et aussi les angles que l’on doit travailler. On a modifié des machines pour les rendre plus bras de fer, ce qui permet de simuler les angles de la table, pour un entraînement sur machine. 

Et les poids?
Je fais des séries «papillon», je commence molo avec 30 kg (150 fois) et je monte progressivement jusqu’à 200 kg (séries de 40 à 50 fois). L’influx y est répétitif et l’impulsion courte. Je m’astreins aussi à des séries pour les abdos (3300) et pour le travail des poignets. Je n’oublie pas non plus de travailler la flexion des jambes. 

Où se situe votre force?
Ma force, elle se trouve dans mon poignet que j’entraîne (Pascal Girard est droitier). Les gens disent de quelqu’un qu’il a de la poigne, mais ça veut dire quoi? Si on a la technique mais pas la force, on ne peut pas gagner. Le bras de fer est fait d’explosivité, mais aussi d’endurance. Je détiens le record du plus long match avec 9 minutes. L’intensité y est au maximum ajoutée à un grand contrôle de la main. 

 

Comme aux échecs

Quel est le but dans un bras de fer?
Le but, ce n’est pas de se mettre en position pour gagner, c’est d’empêcher l’adversaire de se mettre en position de gagner. Il faut comprendre ce qu’il a fait, ce qu’il va faire, ce qu’il peut faire. Un peu comme au jeu d’échecs. Il y a des mouvements à accomplir par rapport à la morphologie de l’adversaire.

La blessure est-elle redoutée?
Il faut faire attention aux tendons. Avec l’expérience et une écoute parfaite de son corps, elle devient rare. Quand on débute la blessure peut survenir à cause de positions dangereuses. Avec l’âge, qu’on pratique un sport ou pas, une blessure est plus longue à guérir. En ce qui me concerne, si je m’arrête 3 semaines, je sais que je mettrai 6 mois pour revenir à niveau. 

Accordez-vous une importance à la diététique?
Oui, je mange beaucoup de riz et de pommes de terre, moins de viande et tout ce qui est sucré. Je me nourris aussi de pain complet et de céréales. Je cuisine, je ne sais pas faire grand chose, mais c’est bon. Je ne mange pas de légumes, je ne les aime pas. Avant un entraînement, je mange une pomme et une, après. J’ai un métabolisme hyper rapide. Il y a des jours où je mange très peu.

Et quand se profile un grand championnat?
Cinq à six semaine avant un CM ou un CE, j’intensifie les entraînements et je prends des compléments alimentaires.

En moyenne, combien de temps dure un match?
Un match peut durer une à deux secondes. Mais aujourd’hui, un match dure plus longtemps parce que tout le monde est devenu plus fort. 

De l'utile à l'agréable

Vous voyagez beaucoup...
...Oui, beaucoup et parfois j’en profite pour tatouer. En Suède, par exemple. Je ne suis pas un fan des réseaux sociaux mais via Facebook, des gens me contactent. 

Revenons au tattoo. Qu’est-ce qui différencie un tatoueur d’un bon tatoueur?
Un bon tatoueur est celui qui a un niveau artistique exceptionnel. Après, il y a les viennent-ensuite. J’ai suivi 3 écoles de dessins. Un tatouage est composé d’une belle ligne, d’une partie technique, avec le matériel qu’on a aujourd’hui, qui est très performant, on a un bien meilleur rendu que ce qui se faisait il y a 20 ans, d’une partie artistique, avec de la vie et des expressions. Le graphisme, sa composition, est primordial, mettre des éléments ensemble qui ont de l’harmonie et rappelant l’idée principale, c’est très beau. Un tatouage doit être une œuvre d’art. Le tattoo en est un.

Qu’aimez-vous bien faire?
J’aime bien la création, beaucoup de réalisme, mais aussi du traditionnel et du new school; donner de la vie et qu’elle soit lumineuse. La personne qui vient chez moi doit avoir une idée de base de ce qu’elle veut. Ensemble, on établi un projet, ou on fait aussi du flash (dessin plus traditionnel). Je suis très attentif à l’exécution. La configuration de la peau n’est pas la même partout. Et à 40 ans, elle change.

Un tatouage peut-il s’enlever?
Oui, grâce à une nouvelle génération de laser. Mais c’est hyper cher. Enlever un tatouage coûte 10 fois le prix d’un tatouage. En Suisse, par rapport au coût de la vie, le prix d’un tatouage est le moins cher au monde.

Qu’est-ce qui poussent les gens à porter un tatouage?
Parce que c’est la mode, qu’ils veulent faire partie du groupe. Il y en a qui se font tatouer pour «se montrer.» Après, il y a la passion, la douleur -d’aucuns la recherchent-, l’envie, le bonheur de partager sa vie, d’être accompagné par un beau tatouage. Il y aussi des collectionneurs, des gens qui vivent par le tattoo et qui recherchent de belles pièces.

Palmarès

  • Pascal Girard est né le 10 octobre 1967 à Sierre.
  • Champion de bras de fer.
  • Les catégories d’âge: -de 16 ans, -de 18 ans, jeunes adultes (-de 21 ans), seniors, qui est la catégorie reine (jusqu’à 40 ans), Masters (40 à 50 ans), grand masters (50 à 60 ans), senior grand masters (+de 60 kg). 
  • Catégories de poids. Dames: 45 à 65 kg (de 5 en 5 kg), 70-80 kg et + de 80 kg. Hommes: 55 à 90 kg (de 5 en 5 kg), 100-110 kg et plus de 110 kg.
  • 50 fois champion de Suisse, dont 31 titres chez les seniors du bras droite, le reste bras gauche et catégorie open, la catégorie reine. « Le niveau, Monde et Europe, y est extrême. »
  • En 2017, il est champion d’Europe, moins de 80 kg, à Katowice (Pologne).
  • Il est vice-champion du monde à 5 reprises. 
  • Plusieurs fois 2e, 3e, 4e, aux championnats d’Europe et du Monde.
  • Vainqueur de très nombreuses compétitions internationales.
  • En 2008, il gagne la Coupe Professionnelle Nemirov (nom d’une vodka), une épreuve regroupant le plus haut niveau, faisant partie du Zloty Tur (Pologne).
  • En 2017, dans la catégorie supérieure, Pascal Girard termine au 3e rang.
  • En 2017, un club de bras de fer s’est créé à Muraz (Valais), dans un garage, « Les Raging Bulls », petit clin d’œil aux combats de reines.
  • Il a été président de la Fédération de Suisse de bras de fer. « Dans les années 90, c’était le grand boom avec environ 200 licenciés, aujourd’hui on n’est plus que 70-80 », déplore-t-il.
  • Il a pratiqué le karaté quand il avait 12-13 ans; le Yosekan Budo, le power lifting et le kick-boxing à 16 ans.

Vidéos 

 

 

 

Retour au blog