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Petra Klingler, escalade sportive

08 août 2019

 

"J'apprends à être gentille avec moi-même"

Dans le monde de l'escalade sportive, la Zurichoise Petra Klingler, 27 ans, qui est une belle personne, affiche un tempérament de championne. qui lui sert dans son quotidien, montre des qualités et une faculté d'adaptation naturelles. De la lumière est en elle. 
Elle vit avec un statut de pro. Eu égard à son palmarès, à ce qu'elle est, développe et propose, il n'y a rien de plus normal. " Je suis pro depuis janvier; c'est donc tout nouveau. Des sponsors, tels COOP Rechtschutz, KlimaKälteKopp, Adidas, Mood et Red Bull, m'aident. Néanmoins, je travaille un peu, à 20%, auprès de l'aide sportive suisse (ASS) à Ittigen. Si je gagne ma vie? Avec ce que je touche, je ne peux pas avoir de famille. Comme je suis seule, cela va me va bien."
L'escalade sportive (grimpe) est devenue un sport olympique à part entière. Son entrée en jeu aura lieu l'an prochain au Japon, à Tokyo, ville où se rendra en août Petra Klingler, pour les Mondiaux. "Cette compétition servira de première chance qualificative pour les JO de 2020." L'autre est agendée à Toulouse, à la fin du mois de novembre prochain. De peu médiatique, l'escalade sportive va se montrer à la face du monde. Et séduire.

L'escalade aux JO

Ne pensez-vous pas que votre sport, admis désormais aux JO , va perdre de son côté ludique, fun, des valeurs...?
...Je pense plutôt qu'il s'agit d'une chance, pour le sport et pour les athlètes, de se montrer. Je n'ai pas le sentiment que cela va changer le sport en soi. Ses contours. Oui, il existe des compétitions où les primes sont élevées. Ainsi, au China Open, en 2018. La prime s'élevait à 15'000 dollars ou euros et une grande partie émanait des sponsors. En 2016, mon titre mondial m'a rapporté la somme de 3000 euros. En revanche, être aux JO, se montrer, va intéresser des gens, augmenter l'intérêt de sponsors éventuels, qui pourraient mettre sur pied un système de primes. Ça se pourrait, mais rien est sûr.

Aux JO de Tokyo en 2020, il n'y aura que le combiné (difficulté, bloc, vitesse)...
...Oui, il n'y aura que deux titres en jeu (dames et hommes). À Paris, en 2024, il y aura la vitesse et le combiné (difficulté et bloc). Le comité d'organisation de Paris 2024 a fait la proposition, elle doit encore être ratifiée par le CIO.

La grimpe, l'escalade sportive s'est-elle tout de suite imposée vous concernant?
Mes parents, mes grands-parents pratiquent la grimpe, la varape. Je suis tombée dans la marmite. On grimpait dehors, en falaise; on faisait de longues marches, en montagne. L'escalade faisant partie de ma vie depuis toujours, je ne peux pas dire quand tout a commencé. Mon papa a 60 ans et il grimpe 3 à 4 fois par semaine. En parallèle à mon sport, je suis montée à cheval - de 4 à 16 ans- et participé à des concours pour enfants. J'ai deux brevets en équitation, mais pour obtenir le 3e, il fallait attendre 4 ans. Ce qui m'a démotivée. J'ai donc gentiment arrêté. 

Instruments divers

Vous avez aussi joué d'un instrument...
...Oui, du violon, de 4 à 16 ans. Je préférais nettement jouer du violon moderne plutôt que du violon classique. J'ai joué aussi de l'accordéon (2 ans) et de la flûte (3 ans). Finalement j'ai opté pour le sport: j'y avais mes amis, un coach motivant et je montrais des prédispositions pour la grimpe. 

La quête de la bonne prise est-elle un élément essentiel?
La prise peut être bonne mais si tu n'as pas de pied et le mur à 45 degrés, (surplombant)...Il faut avoir une très bonne coordination, sentir le mouvement et comment tu vas l'exécuter. C'est le moment que tu choisis qui est important. Essentiel. La main doit être ferme et le travail des pieds est technique. Si la technique est bonne, ça va t'aider pour les bras. Parfois, la force est telle que tu les vois gonfler. Sur la paroi, ça tient ou ça ne tient pas. Sur la paroi, il faut être précis, assurer un travail propre et correct.

Et le mental, dans tout ça?
Je travaille avec un coach mental. Je repousse mes limites et j'ignore où elles se situent. En fait je ne veux pas savoir où elles se trouvent. Je pousse toujours pour aller plus loin. Je sais qu'il est possible d'être encore meilleure, de grimper mieux. Pour ça, je suis dure avec moi-même, ce qui est bien, mais ça peut aussi prendre énormément d'énergie. 

Croire à l'impossible

Vous êtes une compétitrice hors pair...
...Je ne suis pas toujours contente de ce que je fais, de ce que j'ai fait. Je hais la défaite. J'analyse et au bout, il y a parfois de la frustration. La faute à des petites choses. Ça dépend de comment j'ai perdu, dès fois, ça m'énerve, tellement que j'y réfléchis durant 3 semaines. Mais j'apprends à être contente de moi; ça se fait petit à petit, mais ce n'est pas toujours facile, J'apprends aussi  à être gentille avec moi-même. Oui, c'est important de se rappeler des bonnes choses et d'apprendre toujours plus après chaque compétition et chaque entraînement. Mais le plus important, c'est toujours de croire en l'impossible; pour ça, il faut travailler très durement et avoir beaucoup de patience. 

A vous écouter, vous aimez les challenge de toute sorte, non?
J'aime travailler durement, pour décrocher un objectif. A l'école, c'était pareil. Je travaillais fort, j'aimais apprendre parce qu'il y avait aussi des objectifs. L'escalade nourrit ma vie de tous les jours. Ce sport m'a permis d'apprendre des choses, que j'applique dans ma vie de tous les jours. Si je n'avais pas pratiqué l'escalade, je n'aurais jamais été au gymnase. Le fait de travailler aussi durement à l'école comme dans mon sport m'a permis d'aller au gymnase. J'ai appris que si nous travaillons durement et qu'on accepte de l'aide, nous pouvons nous améliorer et parfois se surprendre soi-même. 

Vous parlez le français de manière remarquable. Vous l'avez appris...
...à l'école. J'aime cette langue et je l'ai apprise avec les Welshes. Je suis curieuse de tout et de nature. J'ai étudié au Gymnase du Sport de Zurich, puis j'ai suivi des études en sport et psychologie à l'UNI de Berne. J'habite à Berne mais je m'entraîne au Centre d'escalade de Bienne. Seuls les athlètes de l'équipe nationale occupent ce lieu.

Dehors, c'est chouette

La pratique de la grimpe engendre-t-elle des blessures?
Les blessures? C'est surtout au niveau de la tête qu'elles se situent (sourire). On peut être sujet à des bobos aux épaules et aux doIgts de la main. On met des crèmes pour adoucir les endroits endoloris. 

Où préférez-vous pratiquer les compétitions : en plein air ou en salle? 
En plein air, c'est plus chouette. Le vent, quand il y en a? Il n'est pas perturbant. Et s'il pleut, on grimpe quand même. C'est la nature, il faut accepter ça.

Pour rester compétitif, jusqu'à quel âge peut-on pratiquer votre sport?
Je dirai jusqu'à 35 ans. Auparavant, les athlètes arrêtaient à 30-33 ans. On gagne peu d'argent, insuffisamment pour vivre, alors on se dit -ou on se disait - que ça n'a pas de sens de continuer. Les athlètes qui disent stop ont la possibilité de poursuivre l'aventure en empruntant la voie dure en falaise. Une manière sympa de poursuivre leur carrière, différemment. Prenez Frédéric Nicole, dit Fred Nicole (49 ans, grand grimpeur des années 1990 à 2000) qui est une icône de l'escalade, il a ouvert d'innombrables endroits en falaise et il les explore.

Avez-vous un staff?
Oui, j'ai un coach, un coach fitness, un physio, un nutritionniste, d'autres personnes sont aussi là (domaine médical principalement), mises à disposition par la Fédération de suisse d'escalade sportive. Quand je voyage, il n'y a que mon coach qui est avec moi. Pour des événements majeurs, c'est un peu différent.

Le plaisir est le moteur

Jusqu'à envisagez-vous de pratiquer votre sport au plus haut niveau?
J'en ai aucune idée, je me pose pas la question. Tant que le plaisir est là, je ne vois pas pourquoi j'arrêterais. Je vais tout entreprendre pour participer aux JO de Tokyo où il n'y aura que la discipline du combiné, avec 20 dames et 20 messieurs (chaque nation n'aura droit qu'à 2 dames et à 2 messieurs). Après, en 2024, il y aura les JO de Paris, avec la vitesse et le combiné (en principe). Mon but: c'est Tokyo. Ensuite, je réfléchirai à la suite. 

L'escalade sportive est-elle finalement un sport individuel?
Oui et non. Oui, parce que c'est l'athlète qui "performe". Non, parce que le coach aide ses athlètes, le mien me prépare à la compétition, adapte les échauffements, crée des blocs, etc. Et puis, on est toujours en contact avec les autres athlètes, on se parle, on s'encourage.

Faites-vous attention à ce que vous mangez? 
Je suis à l'écoute de mon corps. Si je mange bien, je dors bien. Si je mange mal, 
je n'ai pas d'énergie J'aime cuisiner et j'aime les desserts. Le fait de bien manger, sainement, favorise la récupération, qui est très importante. C'est une aide hyper précieuse. Bon, j'aime les trucs sucrés mais c'est la quantité qui détermine ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. Je mange équilibré. Toujours. Mais je crois qu'il n'y a pas un jour sans chocolat.

Palmarès

  • Petra Klingler est née le 14 février 1992, près de Zurich.
  • A son compteur, elle a une trentaine de titres de championne de Suisse, dans l'une ou l'autre des trois disciplines, en Juniors et Élite (9 en speed, par exemple).
  • La vitesse (speed): la voie (haute de 15m) est partout la même. "C'est quelque chose que tu apprends par cœur. Ton corps sait exactement quoi faire et le but est de ne pas penser. Ça prend trop de temps."
  • Cette année, elle a réalisé le triplé, établissant un nouveau record de Suisse speed en 8"992 pour les 15 mètres.
  • En 2016, à Paris-Bercy, elle est championne du monde, en Bloc.
  • En 2017, elle termine 3e aux championnats d'Europe, en Bloc. Et 2e du Combiné.
  • En 2016, elle est championne d'Europe d'escalade sur glace (Ice climbing), piolet et crampons.

Quelques vidéos 

 

 

 

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