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René Gloor, un sauteur en longueur à la hauteur

13 juin 2019

 

A une certaine période de sa vie, il a fait sauter la banque en athlétisme, son sport, qu'il a pratiqué avec sérieux dès l'âge de 19 ans seulement. En considérant ce qu'il a accompli par la suite on peut dire que René Gloor, 63 ans, était en avance sur son époque. "Quand j'ai atterri à 8,07m, dit-il (31 mai 1982 à Zofingue), je savais que je pouvais sauter aussi loin. Pourquoi? Parce que j'avais auparavant battu Rolf Bernhard, qui, en 1981 à Ebensee, avait battu le record de Suisse avec 8,14m. Un record qui a duré jusqu'en 2003 (battu par Fivaz, 8,27m à...Ebensee). Entre Rolf et moi, il y avait une rivalité; elle était saine, motivante, encourageante. Rolf sautait plus haut, moi, je courais plus vite. Un journal romand m'a comparé à Carl Lewis (il en rougit presque). A l'époque, la Suisse possédait deux athlètes à plus de 8 mètres. Pour un petit pays comme le nôtre, c'était extraordinaire." 

On ne sait pas si René Gloor, rencontré à Lausanne, au bord du lac près du Stade Pierre-de-Coubertin, est nostalgique, mais une chose n'est pas prête à s'effacer, cicatrice dans son parcours d'athlète. "Aux JO de Los Angeles de 1984, j'ai raté la finale pour 5 centimètres." En qualification il a terminé 13e du groupe B avec 7,71m. "Ça me fait toujours très mal" avoue-t-il le regard subitement triste. Il s'accorde un court moment de répit. "Je me sentais fort, confiant, n'avais-je pas sauté avant les Jeux à plus de 8m à une ou deux reprises? J'avais le niveau pour aller en finale. Le mental en est-il la cause? Oui, c'est peut-être à ce niveau que j'ai flanché. Mais j'ai appris de ce qui m'est arrivé, dans la tête surtout. C'est la plus grosse déception de ma vie - il ne dit pas carrière - sportive." 

Quand René Gloor a sauté 8,11m, performance non homologuée à cause d'un vent défavorable, c'était aux championnats de Suisse (1984). "Cette année-là, j'ai gagné le 100 et 200m. J'étais rapide, ce qui est la base quand on est sauteur en longueur. Après, la technique entre en jeu, à la planche d'appel. Un dixième représente 10 cm. Si vous courez en 10"50 ou en 11"50, la différence équivaut à un mètre. La vitesse 
est un atout indispensable, voire décisif au saut en longueur." 

La pratique du saut en longueur s'est-elle tout de suite imposée?
J'ai toujours aimé sauter, rebondir, c'est pourquoi j'ai aussi fait du triple saut. Lors des championnats de Suisse juniors de 1975, j'ai terminé 2e avec 14,31m. Après, je suis parti sur la longueur. Il y a quelques années j'ai disputé les interclubs avec le TV Länggasse, j'ai remplacé un camarade blessé au triple. J'ai réussi 15,45m. Plus tard, j'ai participé aux Mondiaux Masters (40 ans, 45 ans, 50 ans). A 50 ans, j'ai arrêté à cause de blessures aux tendons.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez atterri à 8,07m le 31 mai 1982 à Zofingue, une marque qui est toujours la 4e meilleure performance suisse de tous les temps?
C'était génial, j'ai revu ce saut à la vidéo. Quand l'appel est bon, on sait déjà que le saut sera bon, qu'on a réussi quelque chose de bien. Le feeling est important. Mais je n'ai manifesté pratiquement aucune expression, ou alors si peu. Je suis quelqu'un qui intériorise. Je n'ai pas changé.

Durant 30 ans, René Gloor, -quelle belle personne!- a travaillé au Crédit Suisse. Au département marketing, relations publiques. "J'ai fini aux RH, j'avais 60 ans." Actif, humain, sociable, grand connaisseur de son sport, curieux de tout, il a voulu ne pas s'arrêter là. "Durant les deux années qui ont suivi, j'ai été chef technique au ST Berne."

Un club "concurrent" au TV Länggasse que vous avez servi...
...Des gens n'ont pas aimé. Je leur ai dit: "Je travaille pour l'athlétisme, pas pour un club. Il y a 3 clubs bernois: la GGB, le ST Berne et le TV Länggasse. Des personnes ont proposé une fusion, sans succès. 

L'athlétisme a-t-il été votre premier sport?
Oui, en tant que compétiteur. Jeune, j'ai joué au foot mais mes parents n'ont pas voulu que je fasse partie d'un club. "Si c'est pour boire des verres, c'est non, on ne 
te le permet pas", m'avaient-ils dit. Mais le mercredi et le samedi, je jouais avec les copains durant des heures. C'était une bonne préparation pour l'athlé. 

Quel sport pratiquez-vous aujourd'hui?
Le tennis, j'ai commencé à en jouer, j'avais plus de 50 ans. Je fais peu de match, mais j'aime le jeu. J'aime aussi la nature, ses beautés, les balades, les jardins. Mais pas les travaux de jardinage. 

Il sourit et se lève. "Ma fille est engagée aux Interclubs, elle court dans une vingtaine de minutes. Je lui ai dit que j'irais la voir." Il ajuste son sac à dos, puis, d'une marche alerte, René Gloor se dirige en direction du Stade Pierre-de-Coubertin. Il est à deux pas. 


Palmarès

  • René Gloor est né le 3 novembre 1956 à Soleure.
  • Ancien athlète (TV Länggasse, Berne, mais au BTV Aarau jusqu'en 1981), saut en longueur, mais aussi 100, 200 et 400m.
  • A été 10 fois champion de suisse au saut en longueur; à 3 reprises sur 200m et une fois du 100m. 
  • Records personnels: 8,07m au saut en longueur (le 31 mai 1982 à Zofingue). René Gloor a réussi deux ans plus tard 8,11m mais avec un vent trop fort (+2,2 m/s). Il a couru le 100m en 10"43, le 200m en 20"84 et le 400m en 46"55.
  • A participé aux JO de Los Angeles en 1984. Éliminé en série qualificative avec 7,71m, 13e)
  • A participé à un CM (Helsinki en 1983). Et à 2 championnats d'Europe. 
  • A été 3 fois champion du monde MASTERS à la longueur (catégories 40 ans avec 7,31m, 45 ans avec 6,60m et 50 ans avec 6,38m). Et il a terminé une fois 2e au triple saut.
  • Durant une dizaine d'années, a entraîné des sauteur en longueur au TV Länggasse.