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René Huguenin, un capitaine au long cours

19 septembre 2019

 

Bien que sa vue lui joue des tours, René Huguenin, 75 ans, légende du hockey, a un regard très pointu sur le quotidien et sa mémoire est d’une luminosité qui étonne, mais ne détonne jamais. En forme et volubile, il parle parfois avec ses mains pour préciser un point, un chiffre, souligner un détail, indiquer un score. Quand il parle de son sport, il a une flamme dans le regard qui ne trompe pas. «Au hockey, je n’ai jamais été professionnel. Si c’est un regret? Mais alors pas du tout. Dans les années 60, il était impensable de gagner sa vie en pratiquant un sport. »

À 16 ans René Huguenin, déjà très talentueux, connu ses premières sensations avec la  première équipe du HC La Chaux-de-Fonds. «Deux ans plus tard, mon papa est décédé. J’étais en apprentissage (électricien), je me suis dit: tu dois y aller, il faut que tu saches un métier. En parallèle, je jouais au hockey. » Et René Huguenin le gagneur, battant et consciencieux, réussit partout. «Mon papa m’a  appris à travailler, il m’obligeait à des «corvées». Le travail ne m’a jamais fait peur, sur une patinoire non plus. » 

Quelle époque !

René Huguenin se souvient. «Lors de ma première année d’apprentissage, dit-il, je gagnais 20 francs par mois. Puis 30 l’année suivante enfin 60 francs en 3e année. Quand j’ai perdu mon papa, mon employeur m’a dit: «René, je te paies à l’heure.» Sympa. Sitôt son CFC en poche, il reçut un très bon salaire. «Il a eu peur que j’aille ailleurs.» Il rit, René Huguenin. «En 1974, je gagnais 4 francs et 10 centimes l’heure.» Autre époque, mais quelle époque! «Grâce au hockey, j’ai beaucoup voyagé, découvert d’autres cultures, connu des gens. Sans lui, je ne serais jamais sorti de mon coin.» 

Avec l’équipe de Suisse, vous comptabilisez 97 sélections. Qu’est-ce qui vous a empêché d’atteindre la 100e?
Après les JO de Sapporo en 1972 il y a tout de suite eu les Mondiaux à Prague. Là, on a connu la culbute dans le groupe B. J’étais marié, j’avais une famille, un travail, je me suis rendu compte que je ne pouvais plus continuer. J’ai demandé à mes camarades de signer le brassard de capitaine et voilà, j’ai dit stop, avec l’équipe nationale.

Vous mentionnez votre travail...
...J’avais demandé à mon patron de ne plus me donner congé pour l’équipe de Suisse. Ce qu’il a fait. J’étais un ouvrier qualifié, je voulais suivre des cours pour me perfectionner. Je suis un manuel. C’étaient des cours complémentaires. Je ne suis pas allé jusqu’à la maîtrise. Ma priorité était d’être auprès de ma famille et de voir grandir les enfants. Quel émerveillement! Ce sentiment, je ne l’ai jamais perdu.

Un grand capitaine

L’humilité, la modestie fait partie de votre personnalité. Pourtant, à considérer votre parcours, votre carrière...
...Jeune, j’étais timide. Me mettre en avant? Ce n’était pas mon style et ça n’a n’a pas varié. On a reconnu mes qualités parce que j’y ai mis du mien. Durant 10 ans, j’ai été capitaine du HCC -il l’a aussi été avec l’équipe nationale-. Si on a été aussi fort c’est parce qu’on était tous des bosseurs. On vivait en osmose. L’équipe était compacte et travailleuse. J’ai eu la chance d’être le capitaine de coéquipiers exemplaires. J’étais très fier d’être leur capitaine. Je n’ai jamais eu de contrat. J’ai signé des papiers de fidélité. 

Le HCC peut-il retrouver rapidement la National League (ancienne LNA)?
J’aimerais bien qu’on remonte mais il y a un certain nombre de paramètres à surmonter: financier, infrastructures, l’aspect sécurité, etc, etc, Les exigences de la Ligue sont grandes. Ici, à La Chaux-de-Fonds, le hockey sur glace est le sport numéro 1. Les autorités sont derrière le club. La différence entre la LNA et la LNB est énorme. Il faudrait se renforcer et ça coûte très cher. A l’époque, nous avions Charles Frütschi -son arrivée date du milieu des années 1960- un mécène qui a été président. De nos jours, trouver un mécène...

Le mage Gaston Pelletier

Durant une dizaine d’années vous avez eu Gaston Pelletier comme entraîneur. C’était un mage, non?
Oui, il a été mon entraîneur durant 10 ans. Avec lui, le HCC a connu beaucoup de succès. Les entraînements étaient variés mais, au bout du compte, toujours les mêmes. On n’avait pas la glace tous les jours. On s’entraînait deux fois par semaine: le lundi soir puis un match le mardi, jeudi entraînement et un match le samedi. La neige modifiait les conditions d’entraînement. Neige égale moins de glace. A mon époque, on commençait en octobre.

Où étiez-vous quand on vous a appris sa venue?
Je me trouvais dans mon jardin. Quand on m’a annoncé sa venue, j’ai pleuré de joie. Gaston Pelletier évoluait avec les Canadiens d’Europe, avec l’ACBB de Paris (aujourd’hui, l’ACBB, plus grand club omnisports français compte 10’000 adhérents qui pratiquent l’un des 30 sports proposés). 

Avec le HC La Chaux-de-Fonds, vous avez remporté 6 titres de champion de Suisse d’affilée. Ce qui est historique...
...Oui et les deux premiers ont été acquis sur une patinoire des Mélèzes à l’air libre. La patinoire a été couverte en été 1969. Je peux vous dire que ça change mais on avait moins de souci météo (il sourit). La première saison avec le toit? Elle s’est bien déroulée mais c’est comme si nous manquions d’oxygène. Si j’ai eu des touches avec des clubs? J’aurais pu aller jouer à Genève, aux Vernets. Mais j’aurais eu trop chaud (il sourit).

Cela étant, les matches contre l’équipe genevoise étaient...
...Toujours épiques. Chaud. C’était la ville contre les montagnards. Et Genève a toujours été deuxième.

Quel regard portez-vous sur le hockey sur glace d’aujourd’hui?
La suppression des lignes a rendu le jeu plus rapide. Avec la vitesse, les chocs sont devenus plus violents. Hélas, il y a encore trop de commotions et cela je le déplore. La vitesse d’exécution ne permet plus de garder la rondelle. La rapidité sur le porteur du puck est énorme. Cela débouche sur des matches de grande intensité. 

Un travailleur consciencieux

On a dit de vous que vous étiez un bon patineur et un défenseur peu rugueux mais solide, d’une régularité exceptionnelle au niveau des performances.
Et dans l’histoire des 6 titres consécutifs, je n’ai jamais été blessé, ni malade. J’ai disputé les 144 matches officiels. C’est vrai, j’avais quelque chose dans le coffre. Comme dans mon travail, j’étais un travailleur consciencieux. Au patin, j’étais très rapide, avec un bon placement. Il était dû à une intelligence de jeu. C’était sans doute inné. La régularité? Il faut tenir sa place, finir le match. J’ai eu des passages à vide, je les ai sentis alors je travaillais plus fort pour revenir à niveau. Cela dit, Gaston Pelletier aurait aimé que je sois plus rude.

Conséquence, vous avez été rarement pénalisé? 
En 17 saisons, très rarement (René Huguenin réfléchit, il n’arrive pas à vingt minutes). Quand je l’étais, pénalisé, c’était parce que j’avais laissé traîner ma canne dans les patins de l’adversaire. «Demain, pour s’excuser, René va aller acheter un bouquet de fleurs pour le donner à celui qu’il a fait tomber.». C’est ce que disait le chef du matériel. 

Vous habitez guère loin de la rue du Succès...
(Il rit)...Je suis né juste à côté de la patinoire des Mélèzes. Aujourd’hui, j’habite tout près de la rue du Succès. On peut parler d’une destinée. Tout le monde en a une, non? 

Palmarès

  • René Huguenin est né le 9 août 1944 à La Chaux-de-Fonds.
  • Ancien grand hockeyeur. Défenseur, porteur du numéro 2. Un maillot portant ce numéro est suspendu (ou pendu) à la Patinoire des Mélèzes. Gaston Pelletier et Guy Dubois, ainsi qu’une autre légende, feu Michel Turler, bénéficient, aussi, de cet honneur.
  • Avec le HC Chaux-de-Fonds, il a été champion de Suisse de LNA à 6 reprises consécutivement (1968 à 1973). Il a joué en 1ère équipe à 17 ans.
  • Promotion en LNA avec le HCC en 1965 (match décisif contre Ambri). 
  • Il a été international suisse à 97 reprises. 
  • Il a été capitaine du HCC et de l’équipe de Suisse.
  • A participé avec l’équipe de Suisse aux JO de Sapporo en 1972.
  • Il met fin à son aventure avec le HCC en 1977. Il y aura passé 17 ans de sa vie.
  • Puis, il est entraîneur-joueur au HC Fleurier (2 ans), il s’en va après à St-Imier, et retourne ensuite au HC La Chaux-de-Fonds, pour  y entraîner les jeunes. Il s’est occupé aussi de la sélection cantonale.
     

Vidéo 

notreHistoire, 20 février 1970, Caméra-sport, ici

 

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