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Sébastien Jeanneret, de bon footballeur à horloger haut de gamme

29 août 2019

Il pose avec son maillot de l’équipe de Suisse et celui de David Platt, grand joueur anglais, maillot reçu à l’issue du match Suisse-Angleterre de l’Euro 1996

 

Il est en accord avec la nature, Sébastien Jeanneret, 45 ans, et pas forcément avec le monde d’aujourd’hui, décalage qu’il contourne aisément, face à un lac, paisible, avec vue sur des vignes proches, silencieuses. La beauté délicate de la nature, il la parcourt en VTT. « Je veille à la protection des animaux et de la flore », souligne-t-il posément, chez lui, où règne un silence qu’on écoute. «Je ne suis pas un militant. J’essaye de sensibiliser ma famille à ces aspects et d’y prêter attention. J’envisage de m’engager dans une association s’occupant de la préservation, comme le WWF ou Greenpeace. » Ecolo, Sébastien Jeanneret? «Je me déplace en vélo ou en transports publics. Je roule peu avec ma voiture. Je limite les impacts. A terme j’aimerais bien ne plus avoir besoin de la bagnole. C’est le trend actuel. »

Sébastien Jeanneret est horloger. Enfant, il était déjà minutieux avec les petites choses. « Dans ma famille, poursuit-il, pas mal de personnes travaillaient dans l’horlogerie. Elles étaient notamment spécialisées dans les boîtes à musique. » Il a travaillé à Neuchâtel, à la Manufacture Officine Panerai, qui donne dans le haut de gamme du groupe Richemont (Piaget, Cartier, etc). « Après Swatch, précise-t-il, c’est le 2e groupe le plus important dans l’horlogerie. Durant 5 ans, j’ai été responsable de l’atelier montage des mouvements, puis responsable, durant 5 ans aussi, du laboratoire chargé de l’homologation et de la qualification des nouveaux produits. » 

Indépendant 5 ans

Puis, il a eu l’opportunité de se mettre à son compte. «Là, rien a été simple. Les périodes sont fluctuantes. J’ai tenu 5 ans. Ça a été difficile. J’avais fait un peu d’économies, mais ça part vite. Comme footballeur je n’ai pas joué à l’étranger...» Face au soleil du matin, il sourit, boit une gorgée de café. Tout est toujours calme. Une abeille tournoie, se pose sur la table «J’ai fabriqué des montres. Le concept, c’était de restaurer des mouvements de montre de poche puis d’imaginer l’habillage. Je les ai gardées pour moi.» 

En tant qu’indépendant, Sébastien Jeanneret a encore travaillé pour Panerai, «J’avais des mandats» et exercé son talent, sa rigueur et sa précision chez Girard-Perregaux, MCT SA, la Manufacture Contemporaine du Temps, à Neuchâtel. Depuis un ans, il œuvre à 80% pour le Cercle des Horlogers aux Hauts-Geneveys (Val de Ruz), du lundi au jeudi. «Les 20% restants, comme indépendant, peuvent se transformer en 80%, durant lesquels j’assemble des mouvements pour MCT et Rudy Silva SA (jeune société horlogère haut de gamme), en assurant quelques restaurations, aussi.» 

Il sourit et le soleil s’est installé sur la terrasse. «J’assure le montage de tourbillon, trois ponts or.» Un tourbillon, appelé aussi «cage tournante» est une complication horlogère - ajoutée au mécanisme d’échappement - destinée à améliorer la précision des montres mécaniques. Ce dispositif est si complexe qu’il n’équipe que très peu de montres mécaniques.

Oeil gauche mal voyant

Cette précision et cette concentration qu’exige la haute technologie est-elle fatiguante?
Depuis ma naissance, j’ai un problème de vue, je ne vois que 30% avec mon œil gauche. Je compense avec le droit. Je chausse une paire de lunettes. Je ne supporte pas les verres de contact. Le soir il m’arrive d’avoir mal aux yeux. Au football, ce problème de vue m’a causé des problèmes de trajectoire et au niveau de l’anticipation aussi. 

Le football s’est-il tout de suite imposé à vous?
Il y avait aussi le hockey qui m’intéressait. J’avais tout l’équipement, je jouais avec les copains, j’aurais pu m’inscrire au club du Locle, mais j’ai choisi le foot. 

Vous êtes quelqu’un de réservé, de discret, vous n’aimez pas vous mettre en avant et pourtant vous avez été footballeur, un joueur forcément exposé...
...Oui, c’est paradoxal, comme une «erreur de parcours» dans la mesure où ça ne correspondait pas trop à ma personnalité. Mais j’ai évolué dans le milieu du foot parce que je n’étais pas trop mauvais. J’étais un bosseur, je ne brillais pas pour mes qualités techniques. Les entraîneurs aiment bien les travailleurs. Je mettais de l’abnégation. 

Maís si vous avez aimé le football, c’est davantage pour le jeu et sa pratique, que pour son milieu et tout ce qui gravite autour.
J’ai aimé le jeu, surtout lui, le plaisir et les émotions extraordinaires que le foot procure. Et les voyages aussi.

Pro après l'Euro 1996

Vous êtes devenu pro...
...En 1996, juste après l’Euro en Angleterre. Là, avec l’équipe nationale, j’avais joué deux matches: contre l’Angleterre à Wembley (1-1, but de Kubi Türkyilmaz, pénalty) et les Pays-Bas (à Birmingham, défaite 2-0). Quand j’ai passé pro, le plaisir a disparu. Pourquoi? Parce que ça devenait ma profession, avec tout ce que ça comporte: pression et médiatisation, etc. Je ne m’attendais pas du tout à être sélectionné pour l’Euro. Adrian Knup et Alain Sutter n’étaient pas dans le coup. Arthur Jorge (sélectionneur) m’a convoqué alors que j’étais un défenseur et pas un joueur offensif. Autre choix surprenant de sa part. 

Dans votre métier, la pression existe aussi, non?
Oui, surtout quand tu es indépendant. La pression, elle est liée à la qualité de ton travail mais très différente. Elle est diffuse. Je l’évacue en faisant du vélo. Au foot, elle est ponctuelle, il faut être bon une heure et demi.

Une fidélité exemplaire

Qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin ?
Il y a ma famille -Sébastien Jeanneret est marié et il a deux filles-, d’aller au travail, de vivre le plaisir de vivre. J’avais 14 ans quand j’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. Nous fréquentions l’école secondaire. La fidélité est une valeur majuscule. La fidélité, c’est la base de tout.

Globalement, êtes-vous content de votre parcours de footballeur?
Non. Jouer avec Servette a été une expérience catastrophique. L’attente était grande, il y avait trop de pression, je n’ai pas été accepté par les supporters. Je n’étais pas toujours titulaire. Je manquais de confiance, sur le terrain, je n’avais pas envie d’avoir le ballon. Je n’étais pas bon, il y a eu zéro plaisir. C’est Gérard Castella qui était venu me chercher. J’ai toujours eu un à priori. Je me disais: ne vas pas à Servette.

Un oeil de la Roma

Auriez-vous pu jouer à l’étranger? Cela vous aurait-il tenté?
Oui, je serai volontiers parti. Avec NE Xamax, nous avons joué à deux reprises contre la Roma en Coupe de l’UEFA. Après, l’entraîneur Mazzone était venu me voir jouer. Il n’y a pas eu de suite ni de contact direct. Cela aurait-il marché? Je manquais de confiance en moi. Serais-je parvenu à faire face à la gestion des émotions? Chacun doit trouver un équilibre dans la mesure où on est confronté à des émotions au quotidien. 

Le foot, pour vous, aujourd’hui?
J’ai tourné la page, il y a longtemps. Je regarde des marches à la TV et c’est tout. Après mon passage au FC Zurich, des gens de NE Xamax m’ont contacté. Je n’ai pas donné suite, on me proposait un salaire de misère. 

La lecture occupe-t-elle une place dans votre quotidien?
Je suis en train de lire un bouquin sur la méditation. 

Palmarès

  • Sébastien Jeanneret est né le 12 décembre 1973 à St-Imier
  • Ancien footballeur international (défenseur, latéral droit).
  • A effectué toutes les classes juniors avec le FC Le Locle. Alors milieu de terrain, Il portait le numéro 10. Ensuite, il a évolué avec la première équipe.
  • Avec l'équipe de Suisse, il a participé à l'Euro 1996 en Angleterre. Il a été sélectionné à 18 reprises (de 1996 à 2000).
  • A joué avec le FC La Chaux-de-Fonds (LNB, 1991-1993), avec NE Xamax (1993-1999), Servette (1999-2001) et le FC Zurich (2001-2003).
  • A été champion de Suisse avec Servette en 1999. C’était l’époque Canal+.

 

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