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Stéphane Cand, en 2020, il traversera le Détroit de Gibraltar à vélo

14 novembre 2019

 

Tous les jours, sauf le samedi et le dimanche, jours de repos, il se rend à vélo à son lieu de travail. «C’est mon entraînement.» Départ de Seiry, où il habite - près d’Estavayer-le-Lac - pour Bière, où il travaille. «Ça fait environ 140km, je roule par n’importe quel temps. Le cyclisme étant un sport outdoor, il faut donc faire avec. J’ai posé les plaques le 1er septembre mais ça fait 4 ans je fais le trajet à vélo», dit Stéphane Cand, homme pas comme les autres, de défis et de passions, de découvertes, pour lequel une journée n’a rien à voir avec celle du commun des mortels. «Je vous ai dit environ 140km, parce qu’il arrive que je rallonge le parcours programmé avec ma famille, que je cherche des dénivelés en passant par le Mollendruz et Vaulion.» Le nombre de kilomètres varient en fonction des saisons. «L’été, le trajet (aller normal, retour normal) fait 62 km et l’hiver, 68. Il y a des endroits que j’évite à cause de la neige et/ou du verglas. Je ne compte plus mes chutes. Elles surviennent surtout l’hiver.»

Lever très matinal

Sa journée? «Je me lève à 03h15 du matin. Puis, je prends mon petit-déjeuner. Il est royal, dure une heure. Je me branche sur la météo pour savoir le temps qu’il fait, connaître mes conditions de route. Il est 04h45 quand je pars de chez moi. L’arrivée à Bière? Elle se situe vers 07h00. S’il y a un problème, j’appelle mon chef pour lui dire quand je pense arriver. Il est extra et très conciliant parce qu’il sait que je vais honorer mes heures (horaire variable). Je suis logisticien à la Place d’Arme à Bière, au DDPS (Département Fédéral de la protection de la Population et des Sports). Je travaille à 100%. Le soir, je quitte Bière entre 16h30 et 17h. Avant de partir, j’envoie un message. J’arrive chez moi, il est 19h15-19h30. Je prends le repas en famille. J’éteins les feux à 21h30.» Il dort peu mais bien. Ses nuits sont réparatrices. «Une de mes forces, reconnaît-il en buvant une gorgée de café, c’est la récupération.» Et d’ajouter: «Je vois plus ma femme que bien d’autres sportifs.»

Quatre vélos à dispo

À sa demande, on lui pose la question suivante: le trajet Seiry-Bière et retour est-il monotone? Il sourit. «Non, parce que chaque jour est différent. Météo, couchers de soleil, notamment, tout ça varient. Sur mon chemin, je rencontre aussi des animaux. Je prends le temps de m’arrêter pour prendre tout cela en photos.» Pour tout ce qu’il entreprend, il faut avoir des tripes; des tripes à la mode de Cand.

Stéphane Cand possède 4 vélos. «J’en ai un pour toute l’année, un pour la pluie, il est conçu avec un pare-boue complet, un vélo pour l’hiver avec des pneus plus larges et profilés, etc; et un qui est d’une gamme au-dessus pour mes objectifs, pour mes défis. Ce vélo de compétition est dans un magasin à Corcelles-près-Payerne, «Cycles Tesag», qui est un de mes deux sponsors. L’autre, c’est «Robot», à Estavayer-le-Lac qui s’occupe de toute la logistique, durant la saison; mais surtout avant (autorisations officielles, recherche des sponsors, etc). Chez «Cycles Tesag», rien est gratuit, mais je bénéfice d’un pourcentage intéressant.»

3 continents en 20 jours

L’année prochaine, vous avez prévu la traversée de l’Europe, du Cap Nord en Norvège à Tarifa en Espagne, soit 6400km en 21 jours...
...Parce que mon subcontinent en a décidé, j’ai changé d’idée. J’ai pris le parti de créer un record un peu marginal. Je vais parcourir 3 continents en moins de 20 jours (européen, asiatique et africain). Je vais partir d’Istanbul (côté asiatique) pour aller jusqu’à Ceuta, qui est situé sur le côté africain du Détroit de Gibraltar.

Mais il y a le Détroit à traverser...
...Je vais traverser les 20km à vélo, qui sera muni de deux flotteurs et je vais pédaler comme si j’étais sur un pédalo. Dans quelques jours (on a rencontré Stéphane Cand le 18 octobre à Bière) je vais me rendre en Italie pour voir ces flotteurs. Je n’ai pas peur des 20km mais bien du trafic maritime, qui est très dense et des courants violents provenants de l’Atlantique. Il faudra une météo idéale, trouver la bonne fenêtre pour y aller. Ce sera le seul endroit où je serai escorté, question de sécurité. Mon épouse sera présente. Si je réussis, je serai le premier à avoir traversé le Détroit à vélo. 

Votre épouse, Lauriane, a tout de suite été d’accord pour ce nouveau périple?
Elle m’a dit oui, mais tu as droit à 20 jours (il sourit).

Vers un crowfunding?

Ce projet, comme les autres, a un coût.
En fait, le plus grand défi, c’est de trouver des sous. Mais je ne peux pas en demander chaque année. En annonçant celui de 2020, des trois continents, j’espère qu’on m’aidera un peu. J’envisage un crowdfunding.

Si on vous dit que vous êtes quelqu’un hors norme, que répondez vous à ça?
Il y beaucoup de gens qui participent à des courses longues comme la trans-américaine, la trans-australienne, etc. En revanche, on est une minorité à faire ce que je fais touts les jours. Peut-être suis-je le seul dans mon cas à pratiquer le vélotaf (nom qu’il a inventé, emploi du vélo pour aller au travail), et parcourir plus de 140 km par jour, soit 600 km  par semaine, au bas mot. Le vélotaf, c’est mon entraînement. En vélo, je mets environ 45 minutes de plus qu’en voiture. Le vent étant favorable aujourd’hui (vendredi 18 octobre, 16h30), dans 2 heures je suis à la maison.

Un recours au TCL

Que faites-vous en cas de «pépin» mécanique, de crevaison?
Sur moi, j’ai tout ce qu’il faut pour réparer. Si une chaîne «pète», j’appelle le TCL, le Touring Club Lauriane (le prénom de son épouse). Et où je travaille, il y a des bricoleurs. 

Cet été, au mois d’août, vous avez traversé 16 pays en 6 jours, soit 2223km, ce qui fait 370km par jour, avec 16’200m de dénivellation. Il s’agit d’un record du monde. Bientôt, vous figurerez dans le Guinness Book. Vous recherchez ça?
Un record, je le vise. C’est un bon prétexte pour partir. Ces 16 pays, c’était en premier lieu pour les visiter. Après, s’il y a un record, c’est bon à prendre. En ce qui concerne le Guinness, j’ai annoncé ce que j’avais accompli, j’ai adressé des preuves (tracés GPS, arrivée et départ, photos, autorisations, etc). Ils sont très stricts. Il faut attendre environ 3 mois. L’annonce, ou pas, devrait me parvenir en novembre ou en décembre. 

À l’intérieur de vos périples, où dormez-vous?
Dans la nature. Ou alors chez l’habitant ou à l’hôtel. Je préfère l’hôtel car je peux me réveiller et partir quand je le souhaite. Ainsi, je ne dérange personne. Dans le vélo, t’es dans le simple. 

Marre de courir

Qu’est-ce qui vous pousse à faire tout ça?
J’aime les voyages, vers l’inconnu et l’inexplicable. Je ne bénéfice d’aucune assistance. Même ma femme ne sait pas où je suis. En revanche, elle sait par où je passe, normalement. 

Pourquoi avez-vous arrêté la course à pied?
J’ai dit stop en 2012, parce que j’en avais marre de courir. Ma morphologie est davantage celle d’un cycliste que d’un coureur à pied. Je fais du vélo, mes deux genoux sont nickel. 

Un 30e rugissant...

À 32 ans, vous avez couru 30 marathons en 9 mois. C’est une folie, non?
Absolument pas! Tout ça a été construit, préparé minutieusement. Tous les 3 mois j’effectuais une prise de sang. J’ai voulu un suivi médical très pointu et il existe encore aujourd’hui. J’ai participé notamment au marathon de New-York, Zurich, Lausanne, Barcelone et Valence, à celui de Monaco, aussi. J’avais une valeur de 2h35’ sur cette distance. J’ai couru 21 marathons plat en moins de 3h30’; et 9 en montagne. 

Vous vous rappelez du 30e...
...C’était à La Rochelle. J’ai couru en moins de 3 heures. J’en ai même fait 2, un week-end. À Sénart (région parisienne) le samedi et à Liège le dimanche. J’ai rallié ces deux endroits en voiture. Mon chrono à Liège? Moins de 3h30’.

Un champion en court deux, voire 3 par année, et vous 30...
...Ils sont au taquet, moi pas du tout. Tout est une question de rythme, c’est pareil en vélo. J’avais une marge d’une heure, je gérais. C’est la différence qui change l’ordinaire.

Une exagération calculée

N’y a-t-il pas, depuis toujours, de l’exagération chez vous?
Oui, mais cette exagération est calculée, elle est intelligente. Souvent, on me dit: pourquoi tu ne fais pas le tour du monde? Je réponds: parce que je ne suis pas prêt. Et si un jour je le fais, je fais quoi après? Je vais sur la lune?

Qu’avez-vous prévu pour vos 50 ans?
C’est en gestation. J’aimerais être dans le Guinness Book pour 4 records du monde.

Que vous ont transmis vos parents?
L’amour des voyages. L’endurance, grâce à ma maman, laquelle pratiquait la natation; le sport en général, mon papa a été champion vaudois sur 3000 m steeple. En caravane, on avait parcouru toute l’Europe.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
Le fait de pouvoir voyager, de découvrir, de partager ce que je vis. L’inconnu. Le vélo est un moyen d’aller loin, vite. La preuve: 16 pays en 6 jours. Parcourir 1000 km en 2 jours et demi. J’arrive à ne pas dormir durant 50 heures. 

Vous est-il arrivé de vous dire: non, pas aujourd’hui..
...Oui, souvent, surtout quand je sais, étant connecté météo, que je vais avoir un vent contraire de 50-60km/h. Que vais-je aussi porter comme habits? Le 1er kilomètre n’est pas facile. Après je chante, je mange un bonbon, je suis fou des Haribo, je suis heureux.

Quel pire cauchemar pourriez-vous faire? 
Savoir l’inconnu et surtout l’inexplicable, en vélo. Je n’aurais alors plus aucune raison de continuer (rire).

À vos yeux, quel est le meilleur endroit au monde? 
Mon village, Seiry.

Palmarès

  • Stéphane Cand est né le 20 juillet 1972 à Nyon.
  • Divorcé, vit avec Lauriane et il est papa de 3 filles (Justine, Caroline et Amandine). 
  • En été 2019, il parcourt 16 pays en 6 jours. Il a fait une demande pour entrer dans le Guinness Book.
  • Été 2018, traversée en diagonale de la France et de l’Espagne, soit 2380km en 8 jours, ce qui fait 18 heures de vélo par jour.
  • 2015: ancien recordman de la traversée de la Suisse Nord-Sud (325km en 12h05) et d’Est en Ouest (512km en 20h13).
  • En 2004, il a 32 ans et participe à 30 marathons en 9 mois.
  • En 2008, il stoppe la course à pied pour le vélo.
  • À 14 ans, alors qu’il n’en avait pas l’âge, il participe à la course Morat-Fribourg. Son chrono: 1h14’. « J’avais pris la date de mon frangin, qui a 2 ans de plus que moi. On se ressemble. »
  • À 14 ans, il participe à un demi-marathon. Son temps est de 1h21’. S’en suit une fracture de fatigue (surcharge musculaire à cet âge-là).
  • À 15 ans, il est victime d’une fracture d’un tibia (course à pied). C’est là qu’il se décide à faire du vélo.
  • https://www.facebook.com/stephane.cand.7

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