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Steve Zampieri, du vélo au F/A-18

27 juin 2019

 

A l'aérodrome de Payerne, il y a de la vie dans la rigueur, de la magie contemplative, des gens petits et grands qui regardent, du bruit et des avions qui attendent un feu vert au bout d'une piste. "L'aviation est un univers fascinant. Je ne suis pas né dans ce monde. Je ne suis pas un fanatique, mais y travailler, travailler sur un avion, c'est génial", dit Steve Zampieri, le regard brillant à l'image de celui d'un enfant qui reçoit, et souriant, soin qu'on offre à son corps et à son esprit. "Voir un avion décoller c'est gratifiant, ça fait quelque chose. C'est un honneur que de pouvoir travailler dessus."

Steve Zampieri est mécanicien sur avion Jets F/A-18 Hornet, l'avion de combat des Forces aériennes suisses. "On est une organisation civile, on est à part mais on travaille pour l'armée. Mes supérieurs sont tous gradés", précise l'ancien champion cycliste, qui a "refait" un apprentissage à 31 ans pas évident du tout mais c'était son choix, et qui a obtenu son CFC à 35 ans.

Alors coureur cycliste, Steve Zampieri, 42 ans, était bilieux, méticuleux, rigoureux. Ses forces dans le vélo, ce qui lui a permis d'exercer ce métier à fond. "Dans celui qui m'anime aujourd'hui elles me servent quotidiennement. Comme l'armée, je suis structuré (il sourit). J'ai donc trouvé ce que j'attendais." Il apprend encore, il sait ce qu'il doit travailler. "Pour être autonome sur un avion il faut 5 ans" ajoute-t-il. "Nous n'avons pas le droit à l'erreur, ni à la moindre excuse, des vies humaines sont en jeu. 
Si je ressens de la pression? Non. Une personne qui vit avec ça n'a rien à faire là." Le travail est hyper contrôlé. "Les avions? Il faut qu'ils volent, il n'y a rien de pire qu'un avion qui reste au sol. 

A l'époque, vous aviez effectué un apprentissage dans la mécanique sur véhicule léger et vous voilà au chevet des avions...
...Oui, mais ça reste de la mécanique, une notion poussée de la mécanique dans la précision. On monte, on démonte une pièce. Il faut être méticuleux, ça demande de la rigueur. J'ai été formé à Payerne par des instructeurs dans chaque domaines techniques. Quand j'ai postulé là, pour cette place c'est parce qu'elle m'intéressait, que ce travail m'intéressait. L'argent n'a jamais été un moteur. On est payé par rapport à ce qu'on fait.

Combien êtes-vous à travailler sur un avion?
Trois ou quatre, on fait un tournus. On travaille aussi tard la nuit, jusqu'à 22 heures. Actuellement, il y a 2 équipes. C'est nouveau. L'idée, c'est qu'il y en ait 3 pour qu'on travaille 24 heures sur 24, dans le but d'assurer une permanence de la police aérienne engageable en cas de problème, danger ou autre événement.

Avez-vous le sentiment d'avoir changé depuis que vous avez arrêté la compétition?
Non, je reste un compétiteur dans l'âme, quelqu'un de rigoureux, de sérieux, de pro. Mes parents se sont saignés pour que je puisse faire du vélo. J'ai toujours respecté mon matériel, mon papa m'a inculqué des valeurs. Le vélo m'a donné beaucoup de choses, je lui suis très reconnaissant; mais j'ai pris du recul par rapport à ce que j'ai accompli. La gloire est éphémère.

Êtes-vous nostalgique de cette période?
Cette année, j'ai regardé le Giro à la TV. J'ai été acteur de ce Tour alors oui, je suis nostalgique, c'est normal. Je le suis aussi quand j'assiste à une course. Et je me dis que j'ai eu de la chance de vivre de ma passion, d'en faire mon métier.

Quel Tour est le plus dur? Le Tour de France ou le Tour d'Italie?
Le Giro, à cause de son dénivelé. Le Tour de France est fatiguant, les coureurs sont nerveux, c'est la guerre des nerfs, une forte pression mentale, à cause surtout de la présence des sponsors. 

Vous étiez très fort dans la montagne...
...La montagne a toujours été un terrain où je me débrouillais. J'étais léger et pas très grand. Dans ma tête, je voyais des bosses et j'y allais. Chez les pros il faut être bon partout. Quand vous roulez sur le plat à 55km/h, où il y a des pavés et avec un vent de côté, comme lors des classiques belges, par exemple, c'est tout un art. On développe la même puissance en montant un col, avec son dénivelé, la chaleur, on met autant de jus. J'étais aussi un bon descendeur. Un coureur aussi aux services de mes leader. Oui, j'étais un "gregario".

La montagne, vous l'aimez autrement?
Oui, je l'aime. Une montagne, c'est mythique. Je suis triste quand je ne la vois pas.

Pourquoi avez-vous mis fin à votre carrière de coureur cycliste en 2008?
Je suis un puriste, j'ai des valeurs, j'avais perdu la foi. J'ai quitté le monde du vélo avant que le monde du vélo me quitte. Je n'avais plus le feu sacré et j'avais vécu 2 années difficiles chez Cofidis. Le manager était Éric Boyer (ancien coureur), c'était compliqué avec lui. N'étant plus en accord avec le vélo et mon métier, je n'y ai plus trouvé ma place. Pourtant, le vélo, il m'a tout donné, tout apporté. 

Où avez-vous appris la philosophie du vélo?
En Italie, il n'y a pas mieux. Il existe une culture du sport qu'on ne (re)trouve nulle 
part ailleurs. À fin 1995, je suis parti là-bas. Je n'ai pas eu de jeunesse. C'est sur un vélo que j'ai vécu mon adolescence. Je ne faisais que ça. Jeune, on nous formate et on est "payé" quand on est junior. 

Faites-vous encore du vélo, aujourd'hui?
Je roule pour mon plaisir, j'effectue entre 8 à 10'000km par année. Je m'entretiens. Je ne suis plus tributaire des conditions météo, maintenant, je les choisis.

Palmarès

  • Steve Zampieri est né le 4 juin 1977.
  • A les deux passeports: italien et suisse.
  • Ancien coureur cycliste, pro de 2000 à la fin de la saison 2008.
  • A obtenu sa première licence nationale en 1992, chez les cadets.
  • Stagiaire Gresco-Tavira.
  • A commencé sa carrière aux Etats-Unis, au sein de l'équipe Mercury.
  • A participé à 2 du Tour d'Espagne (2004, abandon, 9e étape) et 2006 (abandon, 7e étape).
  • A participé à 7 Tours d'Italie (Giro): 2002 (89e), 2003 (36e), 2004 (19e), 2005 (30e), 2006 (48e), 2007 (abandon, 14e étape), 2008 (non partant, 10e étape).
  • A couru 2 Tours de France: 2003 (87e, et a terminé 8e d'une étape pyrénéenne) et 2005 (abandon, 7e étape).
  • A couru 8 Tours de suisse. 
  • A couru 8 Tours de Romandie (10e du classement général en 2004).
  • En 1995, a été champion de suisse juniors de la montagne.
  • A remporté la Coupe du monde juniors. Et a été 7e aux Mondiaux sur route juniors.
  • En 1998, a terminé 2e du championnat de suisse sur route espoirs.
  • En 1999, a été stagiaire dans une équipe portugaise.
  • En 2000, a terminé 2e du championnat de suisse de la montagne, 2e du Prix du Léon et 1er du GP d'Armorique, 1er Another Damn Race (Arizona).
  • En 2001, a été champion de suisse de la montagne et vainqueur du Tour du Lac Léman. Et 1er du GP de Lausanne.
  • En 2003, a terminé 3e de la Semaine cycliste lombarde.
  • En 2004, termine 3e de la 11e étape du Giro Italie (Cesena).
  • En 2003, est champion de suisse de la montagne. Et 10e du Tour de Romandie.
  • En 2006, est champion de suisse de la montagne et gagne Martigny-Mauvoisin.
  • A terminé meilleur grimpeur du Tour de Romandie 2002 et du Tour de suisse 2002.
  • A servi les équipes professionnelles suivantes: Mercury (2000), Post Swiss Team (2001), Tacconi-Vini Caldirola (2002), Vini Caldirola (2003-2004), Phonak (2005-2006), Cofidis (2007-2008).
  • Il ne remerciera jamais assez M. Georges Probst, "Un homme au grand cœur", qui avait un magasin de vélos à St-Blaise, qui l'a aidé et encouragé avant et durant sa carrière de coureur cycliste.

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