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Véronique Fontana, cavalière et avocate

08 janvier 2019

Véronique Fontana: "Kephrene", c'est l'homme de ma vie." 


Les mots virevoltent. Derrière chacun d'eux il y a un sens, de la substance. Ils forcent l'éveil. Chaque phrase est polie mais jamais lisse, suivie souvent avec le sourire, ou un rire parce qu'elle veut qu'il en soit ainsi. Véronique Fontana est avocate mais aussi cavalière. "J'ai cru que vous vouliez me voir pour parler de Mathilde." 

Dans son Étude à Lausanne -une autre se trouve à Morges-, tout respire le confort, l'énergie et la beauté. Sur un des murs, guère loin de l'entrée, il y a un dessin encadré de Philippe Geluck, génial papa du Chat, avec deux bulles: Zorro? lit-on sur celle de gauche. NON! Fontana!, alimente celle de droite. L'humour est aussi une sorte de langage, un moyen d'expression. " Je traite beaucoup de dossiers où il y a énormément d'émotion." Qui est un trouble aux effets multiples. La vie de Véronique Fontana est en constellées.

Elle parle de sa fille Mathilde Cruchet. Qui a 20 ans et qui a tout pour elle. "C'est elle la star en équitation. Allez voir la vidéo faite pour Swiss Olympic "Mathilde détermination". Déterminée, la maman l'est aussi et pas qu'à la barre. "Mathilde est plus calme mais tout aussi dynamique, plus introvertie que moi. Pourtant, un jour elle a dit: "Si je fais du cheval, c'est grâce à ma maman. C'est touchant, non?" 

Véronique Fontana allume l'écran de son ordinateur, montre une vidéo, nous invite à la regarder. À l'apprécier. On y découvre sa fille à cheval concourant lors du récent CHI de Genève à Palexpo. Elle y réalise un sans faute. Et si se qualifier pour les JO de Tokyo en 2020 n'était pas un obstacle insurmontable pour elle? Jolie musique à venir, d'avenir. A la considérer comme telle, car il ne faut pas vivre dans l'attente mais dans le présent et construire son futur. C'est ce que pense aussi et sans doute Véronique Fontana, maman fière et affective, sentiment qu'elle cultive entre sa grande force de travail et une endurance hors norme.


Déjà sûre à 10 ans


-Avocate, est-ce le métier que vous vouliez faire?

(Du tac au tac). Oui. Quand j'avais 10 ans, je me rappelle avoir dit à ma maîtresse: "Je veux être avocate." Elle avait rapporté ça à mon papa. Déjà, j'aimais bien convaincre.

-Qu'est-ce qui vous plaît dans cette profession?

-Plaider. Le pénal, c'est passionnant. J'aime le côté théâtral de la plaidoirie. Trouver la faille, l'élément, l'argument qui permet de renverser la vapeur, qui fait pencher la balance de notre côté. 

-Et comprendre le mécanisme qui pousse une personne...

-...À commettre un acte, oui. Par le biais, pas exemple, d'expertises psychiatriques, il faut chercher à comprendre pourquoi les gens font ça ou ça. Ce métier me passionne. Je suis une passionnée. Je prends tout car pour moi, il n'y a pas de petites affaires. Tout le monde a le droit d'être défendu. Je défends aussi bien les auteurs d'infractions que les victimes. J'aime les gens, je suis à leur écoute. Je veux les aider.

-Vous aimez aussi les défis?

-Je suis une femme de "challenges", j'aime les cas difficiles ou abominables. Je suis une passionnée. Vous l'ai-je déjà dit?

-L'humain, son aspect, vous passionne...

-...Je suis quelqu'un d'humain. Dans mon métier, je peux être très dure, mais je n'ai pas de double personnalité. Je m'adapte à une situation, c'est tout.


L'avocat est aussi un acteur


-Un tribunal, c'est une sorte de théâtre, non?

-Oui, un avocat qui plaide est un "acteur" qui doit mettre tout en œuvre pour convaincre. Alors, oui, je suis une "actrice", ça me plaît, ça ne me dérange pas. 

-Et du théâtre, cela vous aurait-il plu de jouer des pièces?

-Mais j'ai écrit des pièces. Petite j'étais fascinée par le théâtre. J'ai écrit et "monté" des pièces. J'avais 10 ans quand j'ai commencé, ça a duré 3 ans. Environ. Dans la salle de jeu de la maison où on habitait on avait dressé un rideau. C'était comme au théâtre. Et on jouait, il y avait ma sœur, mes cousins, mes cousines et des copines. Pour ma sœur, je lui donnais des rôles de voleuse, de délinquante. Et pour moi? (Véronique Fontana sourit, puis rit). Je m'attribuais des rôles de fées, de reines ou de princesses. 

-Y-a-t-il un livre qui vous a influencé en bien ou en mal?

-J'ai lu "Les Sanguinaires" de Jacques Vergès, grand avocat français. Je m'attendais à ce qu'il explique pourquoi telle ou telle personne passe à l'acte. Dans son livre, il y a beaucoup de sang. J'ai été déçue, j'attendais des réponses de sa part et je n'ai trouvé qu'un étalage de boucherie sans intérêt. 

-Comme lui, êtes-vous aussi une défenseur des causes perdues?

-Je n'aime pas trop cette dénomination. Je préfère nettement qu'on dise que je suis une avocate des causes difficiles. 


Dossiers jamais lâchés


-Un bon avocat pour vous, c'est...

-...Celui qui arrive à gagner ses procès. Qui obtient gain de cause pour ses clients, qui arrive aussi à leur expliquer les enjeux, à définir la stratégie. A fixer les buts avec son client et à les atteindre.

-Et un grand avocat?

-Parce qu'il est connu?

-Quand est-ce qu'on peut parler de succès pour un avocat?

-Quand il y a un acquittement, qu'il est parvenu à en obtenir un; cela arrive. Pour un avocat, il s'agit du plus gros succès. La réduction d'une peine, ou quand on arrive à éliminer des chefs d'accusation cela en est également un. En ce qui me concerne je ne lâche jamais un dossier tant que ce n'est pas gagné.

-Parce que...

-...Je n'aime pas l'échec. Je suis une hyper motivée dans tout, une persévérante, une combattive (après une courte pause, elle chuchote). Je suis une mauvaise perdante. 

-Avez-vous une stratégie de travail particulière?

-Non, mais j'épluche les dossiers, je les analyse. J'ai une force de concentration et une endurance hors norme. Après, il faut avoir plein d'idées, des références. Il faut oser des choses. Avec mon cheval, j'ose tout aussi.


Un amour de "Kephrene" 

 

-Oui, parlons de votre autre passion, l'équitation.

-Avec "Kephrene", je pars toujours pour gagner. Comme dans mon métier. Sinon, à quoi sert-il de se lever le matin? "Kephrene", je l'ai acheté il avait 5-6 ans. Personne ne le voulait. Il en a 20 aujourd'hui. Et il est provisoirement à l'arrêt. Il a un petit os cassé, c'est son voisin de box qui l'a blessé. Mais j'espère reprendre la compétition sitôt dès la fin de sa convalescence. "Kephrene"? C'est l'homme de ma vie.

-...

-...Il est toujours de bonne humeur. Il ne dit jamais non. On s'entend tellement bien. On se comprend. Les deux, on est complémentaires. Il me donne tout. Il connaît son job. Dès fois, il me bouscule. "Kephrene" est atypique. Son galop n'est pas confortable, au galop il couvre beaucoup de terrain avec ses grandes foulées; donc, il est très rapide. Nous aimons le saut d'obstacles, avec lui j'ose tout. Il me prend avec lui. Il sait lire et écrire. Avec le saut d'obstacles, on s'amuse. C'est très ludique. 

-Lui murmurez-vous des choses à l'oreille?

-Oui, il comprend tout. Comme les autres chevaux, "Kephrene" est une éponge. Il perçoit tout. Il est comme les enfants: ils sentent tout. Si je tombe, ce n'est jamais 
de sa faute, c'est de la mienne, toujours. En 2012, je me suis cassée la jambe en 15 morceaux. J'ai subi deux opérations. J'ai mis une année à me remettre.

-Et le jour où "Kephrene" ne sera plus là?

-Je ne sais pas ce que je ferai. Il y a peu, on m'a prêté un cheval, il a rué, je suis tombée et je suis repartie.

-Vous êtes également membre de la Commission des sanctions de la Fédération suisse des sports équestres. 

-On se réunit 4 à 5 fois par année. Je m'occupe des cas pour toute la Suisse-romande. Cela concerne notamment des cas de dopage, de maltraitance, le comportement non correct sur une place de concours. Ou quand un jury dénonce un cas lorsqu'il a constaté qu'un cavalier a, par exemple, cravaché comme un fou. Des cas sont aussi saisis d'office, ils n'émanent pas forcément d'une dénonciation. Il y a également tous les cas de recours contre les décisions du jury. Autre exemple: il y a aussi parfois des cavaliers qui montent un cheval qui n'est pas inscrit à la Fédération. 

-Ça équivaut à rouler sans permis...

-...Oui. Les sanctions? Ça va de l'exclusion à un retrait de licence ou d'un brevet en passant par une disqualification, une interdiction de départ ou une amende qui peut s'élever jusqu'à frs 8'000.-.


Alerte dès Potron-Minet


-A considérer votre profession, vos engagements multiples et tout aussi absorbants, comment parvenez-vous à concilier le tout?

-Je me lève hyper tôt le matin: à 04h30. À 7h, je suis au bureau. De midi à 14h, je fais de la musculation, du crossfit, et le soir, je monte à cheval, parfois il est tard. Comme "Kephrene" est blessé, l'équitation passe momentanément au second plan. Mais, ça me manque.

-On peut dire que vous êtes une avocate hyper active.

-Mes assistantes me surnomment la "tornade blonde". Elles ont raison, ça me correspond bien.

-Comment occuperiez-vous une année sabbatique?

-Une année sabbatique? Mais c'est impensable. Je ne pars jamais en vacances. Ou alors, ça remonte à longtemps. Mon problème, c'est que je n'arrive pas à m'arrêter. 
Il faut dire que je suis toujours occupée. Je suis organisée, rigoureuse, spontanée. 
Chez moi, les décisions sont rapides. Il n'y a pas de temps pour les tergiversations. 

-En hiver, pratiquez-vous le ski?

-J'aime le ski. Je vais à la montagne avec mon ordi. Mes dossiers m'accompagnent. 
Je les ai tous scannés. La nuit, il m'arrive de me lever et je bois un verre d'eau. J'en profite pour répondre à des courriels, à des clients. Je n'arrête jamais. J'assure également des permanences comme avocate de la première heure au pénal, alors je suis habituée à répondre au téléphone jour et nuit et je me rends aux auditions de police 24h sur 24, 7 jours sur 7. J'adore ça. Au tribunal des mesures de contrainte qui statue notamment sur les demandes de détention, il y aussi des audiences tous les jours, y compris le week-end.

-Quand vous entendez les gens dire: il n'y a pas de justice, la justice est aveugle, la justice? Elle est à deux vitesses, quelle est votre réaction?

-C'est pas toujours tout faux. Je peux comprendre cette impression. Les décisions peuvent aussi dépendre parfois du Juge qui statue, de ses sensibilités, de son vécu, même si on a des lois et de la jurisprudence du Tribunal fédéral. Il y a toujours une part d'appréciation et c'est là-dessus qu'il faut être convaincant. 

-Le temps qui passe vous effraie-t-il?

-Quand j'ai commencé, les présidents de première instance me paraissaient tous "vieux". Aujourd'hui, ils sont plus jeunes que moi. Le temps passe et ça fait peur. Ancien avocat et associé, Me Jomini m'avait dit un jour: "Vous! Vous êtes immortelle!" Alors, il y a de l'espoir, non? 

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Palmarès

  • Véronique Fontana est née le 26 mai 1966.
  • Elle est avocate depuis 1990. 
  • Véronique Fontana est avocate indépendante (Études à Lausanne et à Morges). Elle emploie 25 personnes (7 avocats, un juriste, des secrétaires). "Oui, c'est une PME."
  • Elle est spécialisée en Droit pénal et entre autres dans le Droit du divorce et de la séparation. Elle défend aussi les cas liés au Droit de la circulation routière. 
  • A travaillé dans une banque privée à Genève et à Lugano, en tant que cheffe du Service juridique (droit bancaire et financier). 
  • A été greffière au Tribunal cantonal et Juge du Tribunal des mineurs du Canton de Vaud.
  • Elle est invitée dans diverses émissions télévisées -notamment à France2- pour intervenir en qualité d'experte dans le cadre d'affaires pénales criminelles.
  • Elle monte à cheval depuis l'âge de 6 ans.
  • Spécialiste de saut d'obstacles (catégorie 135). Elle a remporté de très nombreux concours, en Suisse et à l'étranger. Elle est régulièrement sur les podiums.
  • A participé à des puissances, à Verbier (6 barres)
  • Elle est membre de la Commission des sanctions de la Fédération suisse des sports équestres à Berne. 
  • Est présidente du Club équestre de Lausanne.