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Yves Larequi, du plongeon à l'apiculture

02 mai 2019

 

"Je me suis fait piquer, j'ai failli y rester...". Depuis cinq ou six ans, Yves Larequi, 66 ans et né à Genève, est apiculteur. "J'ai 13 ruches, dit-il, comme le nombre d'étoiles figurant sur le drapeau valaisan." On n'est pas certain que cela soit un hasard. "Un jour, un patient m'a parlé de cette branche de l'agriculture avec passion. Je me suis dit qu'il serait intéressant qu'à la retraite je me lance dans ce domaine. Comme je suis curieux et que j'ai soif d'apprendre et de comprendre les choses, je prépare actuellement un brevet fédéral d'apiculteur. Il faut que je reste curieux, que j'ai de l'intérêt pour les choses. Ainsi, la vie est belle."

Sa vie, justement, elle est riche et d'une grande intensité. Il suffit de jeter un regard sur le parcours d'Yves Larequi pour se dire qu'il a dû vivre plusieurs existences pour pouvoir exécuter tout ce qu'il a entrepris. "Le sport de haut niveau est une école de 
la vie, qui t'apporte une grande rigueur. Ça m'a permis de cloisonner mes activités." Où l'on parle de typologie, démarche méthodique permettant de définir notamment un ensemble de choses, de faciliter leur analyse et la classification. "En gym tu "fais" un engin et c'est fini; tu passes à un autre. Au plongeon, idem, tu en exécutes un, et c'est fini, alors tu passes au second. Au golf, c'est la même chose, un trou après l'autre. Le trou précédent est terminé, on n'y pense plus; le suivant n'est pas encore là, on n'y pense pas encore. Cette manière d'envisager les choses te permet d'avancer calmement, sans stress. En physio, itou."

La notion de courage a accompagné avec une belle fidélité Yves Larequi, dans son sport le plongeon et avant dans la gymnastique. Il lui a lancé un appel et la réponse ne s'est pas fait attendre. "Dans la vie, ajoute-t-il, il faut avoir le courage de devenir entrepreneur ou praticien indépendant." Des rencontres ont aussi tracé son chemin, lui ont ouvert des portes et permis d'intégrer un monde qui paraissait inaccessible: celui du CIO, par exemple.

La rencontre avec le président du CIO

Tout a commencé il y a très longtemps avec la visite d'un patient au cabinet d'Yves Larequi sis en face du Lausanne Palace. "Il était employé de cet établissement. Cette personne a parlé de moi à Juan-Antonio Samaranch, alors président du CIO,  qui logeait au Palace. Je l'ai rencontré et durant une vingtaine d'années il a été mon patient. Un jour, je lui ai proposé la mise sur pied d'une sous-commission de physiothérapie à intégrer à la Commission médicale du CIO. O.K. me répond M. Samaranch, je vais en parler à qui de droit. Plus tard, j'ai rencontré le Prince de Mérode, qui était le président de la Commission médicale du CIO. Venez avec nous à Nagano pour les JO de 1998, me dit-il, et vous nous ferez une présentation de votre projet de sous-commission de physiothérapie. Et voilà."

Une philosophie en marche

L'objectif était de permettre aux physiothérapeutes de soigner les meilleurs athlètes du monde dans les meilleures conditions possibles pendant les JO. Mais le projet avait aussi une vocation philosophique. "D'abord, souligne Yves Larequi, c'était soigner les athlètes du mieux possible et de manière équitable, quelque soit leur appartenance (Fédération riche ou pas, grand ou petit pays). Ensuite mettre en place des infrastructures de travail au sein de la policlinique du Village Olympique et sur tous les sites de compétitions et d'entraînement. Enfin, dispenser des cours de formation de physiothérapie du sport en dehors des JO, en Afrique, en Asie, en Océanie, notamment, dans le but d'améliorer le niveau de formation et des soins. L'objectif était également d'intégrer des physios dans toutes les Commission médicales (Fédérations internationales et Comités olympiques nationaux, etc). Tout ça demandait du personnel en plus. On a développé des projets de 1998 (JO de Nagano) à 2012 (JO de Londres). On a mis en place le plus grand service de physiothérapie du monde avec près de 1200 praticiens pendant les JO."

Quand il partait à l'étranger, Yves Larequi fermait son cabinet. D'où un manque à gagner. "J'ai eu des remplaçants, mais ça n'allait pas." Il a été un bénévole pour le CIO.

S'il n'a pas eu la chance de participer à des JO en tant que plongeur, Yves Larequi a 
pu en vivre grâce à sa profession. Il a beaucoup voyagé "Ça dégage les écoutilles", rencontré beaucoup de personnes (athlètes, confrères, membres des CNO, comités nationaux olympiques, et du CIO). Ces rencontres ont laissé des traces dans son chemin de vie, dont certaines ont eu une influence sur son parcours.

Place à l'apiculture

-Vous êtes apiculteur. Êtes-vous immunisé contre les piqûres d'abeilles?
-Non, j'y suis allergique. Suite à une piqûre, j'ai subi un choc anaphylactique qui est une réaction allergique majeure. Ça atteint le cœur et le système respiratoire. On peut en mourir. Depuis, je peux vous dire que je me protège. On ne voit plus ma peau. Mais le monde des abeilles est tellement fascinant que j'en oublie cet inconvénient.

-Y'a-t-il des choses qui vous chicanaient dans votre sport?
-Il y en a deux: 1) le fait d'arriver dans l'eau et pas sur un quelconque sol. A la gym que j'ai pratiquée, qui aussi un sport aérien tu te réceptionnes sur le sol, au reck et aux anneaux, par exemple. 2) le froid. Tu plonges, tu sors du bassin, tu as toujours froid. 

-La gym vous a-t-elle aidé dans votre sport?
-Oui, il y a peu de différence entre les deux. A la gym, tu arrives sur les pieds et au plongeon, tu arrives dans l'eau. C'est un transfert d'aptitudes physiques similaire qui demande une période d'adaptation.

-Le plongeon, c'est...
-...La confrontation avec soi-même et contre l'élément. Du tremplin jusqu' la rentrée dans l'eau, où il faut faire le moins d'éclaboussure possible. Le plongeon, c'est aussi la capacité d'exécuter des trucs un peu compliqués en l'air qui sont un peu au-delà de la notion de terrien encré sur le sol.

-Combien de secondes un plongeur passe-t-il dans l'air?
-Que ça soit à 3 m ou à 10 m, le temps de vol est relativement semblable.mettra le même temps. A 10 m, tu montes très peu. A 3 m, grâce à l'élasticité du tremplin, tu peux t'élever jusqu'à 5-6 mètres. Il présente des figures: saut périlleux dans tous les sens, des vrilles ou tire-bouchons, etc. C'est une discipline hyper exigeante et très technique. Si la réception n'est pas bonne à 1 m et à 3 m, tu prends un "pétard" et tu deviens rouge. A 10m c'est la "secouée" qui peut déboucher sur des cas graves, voire très graves.

De l'eau dans le Pastis

-Quand on est plongeur, faut-il savoir bien nager?
-Non, pas du tout. Je nageais comme une "pince". La nage pour un plongeur ça se résume entre le fond et le bord du bassin. 

-Aimez-vous l'eau?
-Oui, surtout dans le Pastis.

-Aimiez-vous les entraînements?
-J'étais un stakanovich de l'entraînement, j'aimais travailler, répéter les choses, des gammes.

-Quel est le don que vous auriez aimé avoir?
-J'ai l'impression que mes parents m'ont donné tous les dons possibles. En ce sens, je n'ai pas de regret ni de revendication.

-Un physiothérapeute, c'est...
-...Il a bien sûr un rôle de soignant mais aussi d'accompagnant, au niveau de la tête. C'est un confident et ça crée de la proximité, particulièrement avec les sportifs lorsqu'on se déplace avec eux en compétition.

Un red'en chef aussi

-Etes-vous plutôt ville ou montagne?
-Je suis clairement montagne et un amoureux de la nature. Quand j'ai commencé l'apiculture, j'ai vu la nature. Aujourd'hui je la vois et je peux l'observer, et essayer de la comprendre un peu.

-Vous êtes fondateur et aujourd'hui rédacteur en chef de la Revue "Mains Libres", ainsi appelée depuis 2004.
-Auparavant, elle s'appelait "Revue romande de physiothérapie." C'est une revue professionnelle et depuis 2015, ce journal est devenu scientifique. On y trouve des articles originaux en français, qui répondent à des critères de publication élevés. Il sort 4 fois par an (8 auparavant). 

-Pourquoi 4 fois, seulement? 
-À considérer le statut de ce journal qui traite de la physiothérapie, de l'ostéopathie et des thérapies manuelles en général, il est difficile de trouver des articles de bon niveau scientifique. Il est tiré à 3000 exemplaires, distribué en Suisse-romande;
en Belgique et en France, pour les ostéopathes aussi.

Palmarès

  • Yves Larequi est né le 11 avril 1953 à Genève.
  • Ancien plongeur, membre du Genève-Natation et de l'équipe de Suisse. 
  • Son entraîneur était André Metzner, aussi entraîneur de l'équipe nationale (1975).
  • A été champion de Suisse à 3 m en 1978 (hiver et été) et en 1979 (été) à 3 m. 
  • Champion de suisse universitaire en 1981.
  • A remporté de nombreuses autres médailles à 3 m et à 1 m.
  • Il n'a jamais participé à des JO, qui était son rêve. "J'ai échoué pour quelques points lors des qualifications pour Moscou en 1980."
  • A été, en tant que physiothérapeute du Genève Natation, alors grand fournisseur de l'équipe nationale de Suisse, du voyage aux JO de Los Angeles. "14 nageurs y avaient participé."
  • Il pratique le golf. Yves Larequi a un handicap de 11.
  • A pratiqué la gym, son premier sport, a été membre de l'équipe nationale (6 engins à l'époque), Jack Günthardt en était l'entraîneur. Blessé au dos, Yves Larequi retrouve la gym et obtient une couronne fédérale à la Fête fédérale de 1972
  • Professionnellement, à la retraite depuis peu.

Son parcours

  • Maturité C au Collège Rousseau à Genève (1972).
  • Diplôme fédéral de maître d'éducation physique (UNI de Genève, 1976).
  • Diplôme de physiothérapeute (1982, École cantonale genevoise de physiothérapie).
  • Formation d'ostéopathie à l'Osteopathic Research Institute (Lyon, 1982 à 1986).
  • Diplôme d'ostéopathie, 1997 (Lausanne, Perpignan).
  • Diplôme post-grade en physiothérapie du sport (Sion, 2002).
  • Certificat ISO 9001:2000 de l'Institut de physiothérapie et d'ostéopathie Yves Larequi (20 juillet 2005).
  • Enseignement de l'éducation physique de 1972 à 1979.
  • Enseignement à la formation de maître de gymnastique de l'UNI de Genève, de 1976 à 1986.
  • Pratique de la physiothérapie dans un cabinet privé à Genève de 1982 à 1985.
  • Physiothérapeute indépendant à Lausanne dès 1985.
  • Physiothérapeute-ostéopathe de l'équipe de suisse de natation de 1981 à 2000.
  • Physiothérapeute-ostéopathe de l'équipe de suisse de natation lors de nombreux championnats d'Europe (Split, 1981, Rome, 1983, Sofia, 1985, Strasbourg, 1987, Athènes, 1989, Sheffield, 1993, Vienne, 1995, Istanbul, 1999), du Monde (Guayaquil, 1982, Madrid, 1986, Athènes, 2000), de Coupe d'Europe, de meetings internationaux  entre 1981 et 2000. 
  • Head-physiothérapeute et ostéopathe d'Athletissima de 1986 à 2000 (13 éditions).
  • Head-physiothérapeute et ostéopathe championnats du monde de curling (1988), d'escrime (1989), de gymnastique (1997), de triathlon (1998).
  • Physiothérapeute de la Mission suisse aux JO de Los Angeles (1984), Séoul (1988), Barcelone (1992), Atlanta (1996).
  • Responsable de la formation continue en physiothérapie pour la section Vaudoise de la Fédération suisse de physiothérapie de 1990 à 1998.
  • Organisateur du "Symposium Romand de Physiothérapie" à Lausanne de 1994 à 2013.
  • Organisateur du "Symposium Romand d'Ostéopathie" à Lausanne de 2006 à 2013.
  • Organisateur du "Congrès international francophone de physiothérapie", 2003, au Palais de Beaulieu à Lausanne.
  • Membre et membre fondateur de l'Association suisse de physiothérapie du sport (2000).
  • Membre de la Commission médicale du Comité International Olympique "Groupe Jeux" de 1997 à 2010.
  • Membre de la Commission médicale du CIO, responsable du secteur physiothérapie: JO de Nagano 1998, Sydney 2000, Salt Lake City 2002, Athènes 2004, Turin 2006, Pékin 2008, Vancouver 2010.
  • Fondateur et rédacteur de la Revue Romande de physiothérapie depuis 1983. Nouveau titre dès 2004: Mains Libres, physiothérapie, Ostéopathie, Concepts globaux. Il en est le rédacteur en chef.
     

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