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Camillia Berra, du ski accro à la direction d'un hôtel

04 juin 2020

 

Le bonheur gît chez Camillia Berra. Son sourire, ses rires, son enthousiasme, aussi. Et quelle énergie pure! Au plan sportif, cette enfant de Champéry a vu son élan stoppé, à 21 ans, par une grave blessure et un défaut de motivation légitime. Comme Edith Piaf, elle ne regrette rien même si sur le moment, rien n'a été facile à vivre, à accepter. «Limite dépression», avoue-t-elle, installée dans un des salons plein de charme et feutré de l’Hôtel Suisse. «J’avais en tête que je recommencerais mais mon corps a voulu me dire des choses, ma tête a écouté. Et surtout décidé. Au fil du temps j’ai vu ce qu’il y avait à côté, que d’autres choses pouvaient m’intéresser, sans savoir quoi au début.» Et pourtant, elle s’était toujours persuadée que jamais elle ne se blesserait. Un destin, parfois brillant, amène toujours un orage.

Camillia?

La radioscopie du prénom Camillia? On vous la livre, en résumé. L’humanité est l’un des traits de caractère de Camillia. Les Camillia (pas toutes) font preuve de bienveillance. On dit fréquemment que les capacités de conseil sont aussi l’une des qualités les plus sympathiques chez les personnes prénommées Camillia. Et bien, Camillia Berra possède tout ça. Entre autres. 

Une famille formidable

Dans sa serre intérieure fleurie d’harmonie, aidée par sa famille qui, comme la série TV française, est formidable, Camillia Berra a très rapidement trouvé une voie professionnelle; une autre, forcément différente. Mais les nuits qui ont suivi sa décision irrévocable n’ont pas été de tout repos. «En fait, ce qui m’a le plus traumatisée, c’était la peur d’aller me coucher le soir. Je n’avais plus de rêve, plus d’ambitions. Alors qu’avant j’étais remplie de nouvelles acrobaties, résultats, rencontres et voyages; soudainement, j’étais vide.»
À force de s’entendre dire à longueur de journée: «Tu ne regrettes pas d’avoir dit stop?», ou «Ton talent est tel que tu n’a pas le droit d’arrêter», l’a déstabilisée. Même si cela partait d’un bon sentiment. «Les gens voulaient prendre une décision pour moi, cet élan, je l’ai ressenti.» Sa famille, ayant toujours respecté ses choix, a compris sa décision. «Papa a été skieur, il a fait partie de l’équipe de Suisse, il a aussi vécu des blessures, il a très vite accompagné et partagé mon sentiment. Mes parents m’ont toujours laissée libre de faire ce que je souhaitais ou désirais.»

Deux managers...

Avec votre sœur, vous dirigez aujourd’hui, l’Hôtel Suisse, à Champéry. Votre titre c’est...
...On a un peu tout les titres (Camillia Berra rit de bon cœur). Ma sœur et moi, on est managers car il s’agit encore de l’hôtel de mes parents. On a décidé de le reprendre, ça se fera progressivement. Ma sœur a fait l’École hôtelière. Elle a travaillé à Paris, en Norvège notamment. Moi-même j’ai bossé en Italie dans un resto, alors que j’étais en convalescence suite à une blessure à l’épaule. On travaille déjà à 100%. Mes parents viennent nous aider dans les grosses périodes et, sinon, un peu à leur gré.

L’année 2014 a été extraordinaire pour vous.
Oh! Oui. J’ai participé aux JO de Sotchi, décroché un podium en Coupe du monde et j’ai obtenu ma maturité en économie, malgré un certain nombre d’absences. J’ai aussi suivi des études en lettres à l’UNI de Lausanne. J’avais envisagé la possibilité de m’essayer à du journalisme sportif, surtout après avoir eu la chance de faire les commentaires sportifs aux JO de 2014 pour l’épreuve masculine de slopestyle. Pour la RTS, j’ai été consultante. Le lendemain de mon semi-échec, je le considère comme ça, à Sotchi (12e en slopestyle), on m’a demandé de commenter l’épreuve du jour. J’ai spontanément dit oui. Quelle  belle expérience! De surcroît, ça m’a évité de gamberger davantage. J’avais pleuré. J’espérais mieux que d’être 12e. Consultante à la TV? « Oui, j’aimerais revivre ça. »

Un hôtel et son monde

Si vous aviez refusé de reprendre cet établissement d’envergure (avec votre sœur), vos parents auraient-ils «tiqué»?
Un jour, ils nous ont demandé si on serait intéressées à reprendre l’Hôtel, qui est une entreprise familiale. Même si nous n’avons jamais habité dans ce lieu, on y a grandi, on y a donné des coups de main, ado, j’ai assuré des services, rapidement on s’est aperçu qu’il y aurait des possibilités et dans nos têtes il y a des idées qui ont germé. Elles se concrétisent aujourd’hui. Et un hôtel, c’est des rencontres. On en voit du monde. Je parle quatre langues, c’est génial. Si j’avais refusé? Ils aurait été déçus mais auraient compris. Comme d’habitude.

Champéry, est-ce une station d’été ou d’hiver?
Champéry est encore une station d’hiver. Je dis encore parce que nous ne savons pas ce que les prochains hivers nous réservent. Il faut dire qu’ils sont de plus en plus courts et qu’il y a de moins en moins de neige. Au tout début, Champéry a été une station d’été, pourquoi pas essayer d’y revenir, avec plus de vélos, de randonnées et un retour à la nature? Lentement mais sûrement, on va retrouver ce statut.

Offres à la carte cet été 

Cette année, pour les raisons que l’on sait, les Suisses, en grande majorité, vont choisir de rester en Suisse pour leurs vacances. Mais la Suisse reste un pays cher. Avez-vous choisi une stratégie de séduction?
L’hôtel compte 40 chambres. On va proposer plus qu’un logement, amener des choses en plus pour le même prix, assurer un service à la carte pour les loisirs. À Champéry, l’offre est énorme. Comme on a plus le restaurant, nous conseillons des lieux pour les repas et pour d’autres services. 

Mais la cherté du pays...
...L’autre jour, à la TV, j’ai entendu une juriste de la Fédération romande des consommateurs à ce sujet. Régulièrement, on tape sur les hôteliers et les restaurateurs en oubliant qu’un hôtel/restaurant génère énormément de frais fixes, que nous avons beaucoup de charges (TVA, hygiène, alarme, sécurité, assurances, employés, normes, cotisations, rénovations, etc). En hiver, onze personnes, dont ma sœur et moi, travaillent ici. Nous sommes propriétaires de l’hôtel, il n’y a donc pas de location mais il n’est pas amorti. Les charges? Elles sont énormes, et après il faut quand même que l’exercice soit rentable.

Combien y-a-t-il d’hôtels à Champéry?
Une dizaine. On s’entend tous bien, on s’entraide.

Du basket à Collombey

À l’époque, vous avez pratiqué le basket...
...Oui, à Troistorrents (junior jusqu’en LNB). J’ai remis ça, avec Collombey, on évolue en 2e ligue. Vu ma taille, je suis meneure de jeu. Je suis aussi à l’aise à l’intérieur d’un sport collectif. Je donne toujours le maximum de moi-même. Et ça a toujours été comme ça. J’ai cette énergie; parfois, je dois être tolérante... Dans mon sport (ski acrobatique), j’étais centrée sur moi-même et ça m’a un peu gênée. Dans un sport collectif, je peux rendre tout ce qu’on m’a donné et on donne du bonheur.

Psoriasis sous stress

Quel autre sport vous aurait tenté?
La danse, si j’avais habité la ville, la gestion du corps dans l’espace. Le ski acro m’a permis de vivre ça. 

Quel défaut, il doit bien y en avoir un, avez-vous hérité de vos parents?
Petite pause, sourire). Le psioriasis. À chaque fois que je vis un stress, je l’ai. Cette affection, je l’aurai toute ma vie. Merci papa! 

Le métier qui est le vôtre aujourd’hui, est-ce pour toujours?
Je pense que oui. 

Vous dites je pense. Cela signifie-t-il que vous n’êtes pas sûre?
Dans la vie, n’y a-t-il pas toujours une petite porte prête a s’ouvrir? (l’éclat de rire de Camillia Berra est communicatif). 

Palmarès

  • Camillia Berra est née le 2 décembre 1994 à Champéry. 
  • Scolarité à Champéry, puis à Troistorrents. Elle a fréquenté le Collège de St-Maurice, puis un établissement à Brigue (Sport-études)
  • Ancienne championne de ski acrobatique, spécialisée dans les épreuves Slopestyle. Durant 6 ans, elle a fait partie du circuit mondial de slopestyle.
  • Elle a mis fin à sa carrière sportive en 2015. « Mais dans ma été, c’est en 2016. »
  • En 2012, elle termine 5e d’une épreuve Coupe du monde en Finlande.
  • En 2013, elle est 4e aux championnats du monde freestyle juniors.
  • En 2014, elle est 7e au classement général de la Coupe du monde.
  • En 2014, elle participe AUX JO DE SOTCHI, elle termine 12e de l’épreuve Slopestyle.
  • Elle se classe 1ère à Oberthal bei Zäziwil et 6e d’une épreuve Coupe du monde a Breckenridge.
  • Camillia Berra a été deux fois Championne de Suisse: en 2014 et en 2015
  • En 2014, elle est 3e d’une épreuve Coupe du monde à Silvaplana.
  • Elle dit stop à la compétition à 21 ans, à l’aube de sa 6e saison, dont 3 au plus haut niveau.

 

Vidéos 

JO de Sotchi, ici 

 

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