Christiane Badel, ancienne basketteuse | Coopération
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Christiane Badel, ancienne basketteuse

26 novembre 2020

 

Elle est née, Christiane Badel, 74 ans, avec l’Afrique au cœur. Et elle ne se l’explique pas. Dans la discussion animée riche en mots fragiles ou un peu moins, elle avoue qu’elle aurait voulu être infirmière: accompagner, soigner, aider les gens. Elle a été professeure d’éducation physique: transmettre des valeurs, un bien-être, l’envie de l’effort, de se dépasser, entourer, encadrer des jeunes.

Depuis 2014, Christiane Badel est présidente de la Fondation Sentinelles au secours de l’innocence meurtrie, ainsi définie par M. Edmond Kaiser, qui l’a créée en 1980 (une association devenue fondation en 1996). Elle y est entrée en 1988, Sentinelles cherchait des bénévoles, elle a écrit. En 1960, soit 20 ans auparavant, il avait fondé Terre des Hommes.» Il est décédé en l’an 2000. «Sentinelles et Terre des hommes», souligne Christiane Badel, sont des titres d’ouvrages  écrits par Saint-Exupéry (1900-1944).» Le premier est une œuvre restée à l’état de brouillon, un livre posthume paru en 1948. Et le second date de 1939.

Des dons pour vivre et faire vivre

La Fondation Sentinelles, qui dépend essentiellement des dons du public, a pour objectif la recherche et le secours immédiat d’êtres particulièrement meurtris - enfants, femmes et hommes- puis leur accompagnement à moyen ou long terme dans plusieurs pays d’Afrique (Burkina Faso, Sénégal, Niger et République Démocratique du Congo), en Colombie et en Suisse. «Ce qui nous différencie d’autres organisations, c’est le suivi individuel. On travaille au cas par cas, personne par personne. Nous tenons compte de ce qu’elle est, de son histoire, de son environnement, de ses possibilités. C’est un cheminement qui doit amener la personne à son autonomie. L’innocence meurtrie, c’est un vaste domaine...» Pour en savoir davantage, il faut aller sur le site de la fondation: www.sentinelles.org.

En quoi consiste votre travail, en tant que présidente? (Christiane Badel a succédé à Yvan Muriset, photographe, qui est aujourd’hui est le vice-président)
Je suis présidente mais ça ne veut pas dire grand chose. C’est ce que fait la Fondation qui est important et la mettre en lumière est primordial. C’est un travail d’équipe. Je fais des travaux administratifs, j’ai des rendez-vous, je supervise le travail, etc. Mais je préférerais être encore sur le terrain.

N'oublier personne

Vous dépendez donc essentiellement des dons publics...
...Oui, nous n’avons pas de vrais mécènes, quelques personnes nous soutiennent fidèlement mais les dons du grand public font l’essentiel. 
La pandémie qui nous frappe? Ça devient compliqué pour tout le monde, et ce depuis la crise de 2009. Aujourd’hui s’ajoute ce virus qui touche tellement de gens, qui ont tout perdu, qui ont des soucis monstrueux. Notre appel? C’est «Ne nous oubliez pas.» Nous faisons aussi appel à des communes, des entreprises, nous contactons des fondations, etc. Des événements sont aussi organisés mais à cause de la pandémie, ils sont malheureusement annulés ou repoussés. 

Quand et où a commencé votre envie de vous consacrer aux services des autres?
Sans avoir de compétences particulières, j’ai toujours eu envie de me rendre utile. Je me disais: «Tu as deux mains alors utilise-les, mets-les aux services des autres.» Un jour, j’ai écrit à la Fondation Mère Térésa pour être volontaire. C’est ainsi que je suis allée en Inde pendant les vacances scolaires. J’ai travaillé dans ce qui s’appelait «le mouroir». Ce lieu recueillait des adultes, trouvés gravement malades, mourants souvent, dans les ruelles des bidonvilles de Calcutta. Les aider à manger, faire leurs toilettes, nettoyer les lits (des gravats), panser les blessures, être à leurs côtés.

À Lambaréné

Vous avez travaillé aussi à Lambaréné (Gabon), dans l’hôpital développé par le Dr Albert Schweizer...
...Oui, avec deux amies du basket. À côté de l’hôpital, il y avait une espèce de  container dans lequel vivaient des personnes âgées et abandonnées. Dans ce container, à l’intérieur, ce n’était pas du tout propre. Durant quelques jours, on s’est attelées à tout nettoyer, à frotter les parois, à ranger. Un jour, un vieux Monsieur a demandé ce qu’on avait commis pour être condamnées à faire des travaux aussi durs! Notre travail n’avait absolument rien à voir avec des soins, puisque nous n’avions pas les compétences pour ça. 

Avant d’intégrer Sentinelles, aviez-vous effectué beaucoup de missions?
Non, mais j’ai toujours recherché cette opportunité. Elle découle d’une réflexion: je suis née dans une famille aimante, dans un pays en paix, j’ai toujours eu à manger. Je me disais: fais un petit quelque chose pour plus de justice, pour que d’autres aient aussi un peu de chance. Du coup, cette envie de s’engager autrement, de se rendre utile, elle est venue tout naturellement. 

Servir, toujours servir 

Alors professeur d’éducation physique, attendiez-vous les vacances pour...
...partir, remplir une mission chez les plus démunis? Non, car j’ai aimé mon métier, qui consiste aussi à servir, différemment. Mais j’étais heureuse quand je pouvais partir.

Tout au long d’une grande partie de votre vie, vous avez été confrontée à la souffrance et à la misère sous toutes ses formes. Comment vit-on ça? 
L’acceptation n’existe pas. On ne s’habitue jamais à la souffrance des gens, quels qu’ils soient, quel que soit leur âge. Je ne peux pas redonner vie à une personne qui s’en va, mais la soulager, diminuer sa souffrance et être à ses côtés, oui. Être là, c’est important. Si j’ai vu des gens mourir, j’en ai vu tellement d’autres reprendre espoir et le goût à la vie. À Sentinelles, on rencontre des enfants, des femmes blessées, malades, vivant le plus souvent dans des conditions très difficiles. Ça fait mal mais on est là et on peut faire quelque chose, améliorer, aller de l’avant avec eux, redonner l’espoir. Participer à ce mieux être rend les choses plus faciles. 

Des avancées existent 

À Sentinelles, constatez-vous des avancées durant vos missions, à l’intérieur de vos nombreux programmes? 
Oui, dans la mesure ou, comme je l’ai dit, on travaille au cas par cas et avec une personne (ou une famille) que nous suivons et que nous accompagnons. Ce cheminement doit amener la personne à son autonomie. Nous ne faisons pas de développement à grande échelle, si ce n’est individuel. Oui, des avancées existent puisque celles et ceux que nous suivons parviennent à prendre leur envol. On est attentifs, on ne veut pas devenir une «grosse machine», ce qui ne nous permettrait plus de travailler de cette manière. 

À Sentinelles, chaque personne aidée fait l’objet d’un dossier?
Oui, chaque personne est connue. Son dossier personnel se trouve aussi bien à Prilly, siège de la Fondation, que sur le terrain. Il est tenu rigoureusement à jour par les assistants sociaux. Chaque personne est connue pour elle-même et dans son environnement. Son dossier se ferme quand on voit le bout du chemin. 

De la grâce à Madagascar

Au basketball, vous avez connu des moments de grâce. En avez-vous aussi vécu à Sentinelles?
Ah! Oui. Par exemple, un jour, j’étais en mission à Madagascar. J’étais au bureau et dans le bureau d’à côté, j’ai entendu chanter et taper dans les mains. Je suis allée voir et là j’ai vu une femme qui dansait au milieu d’un cercle formé par mes collègues. Dans une main, elle agitait quelques billets de banque. Qu’est-ce qui se passe? ai-je demandé. Un collègue m’a dit: cette femme chante, danse et nous montre l’argent qu’elle a gagné avec son travail. Elle en est si fière et tout simplement heureuse. Cette femme avait bénéficié d’un fond de roulement (activité génératrice de revenus), que l’on retrouve dans beaucoup de nos programmes. Elle était sur le chemin de l’autonomie. Cette histoire m’émeut toujours. Un moment de grâce...

Les Hug et "La Maison"

Vous intervenez dans plusieurs pays d’Afrique (Burkina Faso, Sénégal, Niger, RDC), en Colombie, en Suisse. Quelles sont vos missions en Suisse?
On s’occupe essentiellement des enfants victimes du noma, cette maladie qui ronge leur visage. Nous avons une collaboration très précieuse avec les HUG (Hôpitaux Universitaires Genevois). Ces enfants, qui ont des séquelles très importantes et ne peuvent être opérés dans leur pays ou lors de missions sur le terrain, sont transférés ici pour y subir souvent plusieurs interventions chirurgicales, en vue d’une reconstruction de leur visage. Nous collaborons avec «La Maison» de Terre des Hommes  Valais à Massongex. Elle accueille des enfants souffrant de diverses pathologies venus se faire soigner en Suisse.

Est-ce dans la nature que vous vous ressourcez...
J’ai de l’intérêt pour elle, je parlerai même d’un amour de la nature. J’adore grimper dans la montagne, marcher des heures dans les forêts, sur les sentiers, observer la faune, les oiseaux. Tenez: je fais partie d’un groupe d’ornithologues. C’est dans la nature que je recharge mes batteries. J’y retrouve le calme, la paix, une sérénité.

Le basket à la Une

Vous avez été une star du basketball suisse féminin et internationale, le sport vous a-t-il nourrie et construite, a-t-il eu une influence sur la personne que vous êtes devenue?
Oui et c’est valable pour tout le monde. Le sport, au-delà du jeu et du plaisir, influe sur la construction de l’enfant puis de l’adolescent, sur la vie avec ses valeurs utiles. Quand on rentre sur le terrain, on joue pour gagner, pour se faire plaisir. Gagner oui, mais pas n’importe comment. Les valeurs morales sont importantes. 

Avant d’évoluer avec le Stade Français, vous avez joué en ligue inférieure.
J’ai commencé tardivement à jouer au basket. À 17 ans. J’étais à l’école de commerce et la professeure de sport avait créée un petit club de basket. Vu que je n’étais pas trop mauvaise en sport, elle m’a demandé d’intégrer cette équipe. On jouait au Parc des Eaux-Vives, sur du goudron, à cette époque. Plus tard, M. Cazenave, qui entraînait le Stade Français, a dit à une de ses joueuses: «Il faut qu’elle vienne chez nous.» J’y avais des camarades et j’y suis allée. Sa femme s’occupait de l’administratif du club. C’était des gens passionnés et magnifiques. 

Amitié et solidarité

Avec le Stade Français de Genève, vous avez gagné de nombreux titres...
...Dans l’équipe, il y avait une amitié magnifique et une grande solidarité. Si on a été tout en haut c’est en grande partie grâce à ça. On a vécu une période magique, quelque chose d’extraordinaire. On allait faire du ski, on partait en week-end et on louait un chalet pour des vacances. Oui, c’était bien. Encore aujourd’hui, on se revoit comme si c’était hier. 

 

 

Quand avez-vous mis un terme à votre carrière?
En 1974-1975, de manière prématurée car j’étais en très grande forme, mais mes genoux ne suivaient plus. À ce jour, ils ont subi 12 opérations.

Vous avez aussi entraîné le Stade Français de Genève....
...J’étais partie deux ans en mission au Burundi pour «Frères sans frontières». Là-bas, j’avais reçu une lettre me demandant si j’accepterais à mon retour en Suisse d’entraîner l’équipe. J’ai dit oui considérant ça comme une chance. J’ai retrouvé les filles avec lesquelles j’avais joué, la camaraderie, la solidarité, leur engagement, leur intelligence. Rien n’avait changé, c’était génial. 

Palmarès

  • Christiane Badel est née le 17 mai 1946 à Genève.
  • Ancienne basketteuse. Gauchère, ailière-pivot.
  • Elle a pratiqué le basket à un haut niveau. Elle a joué avec le Stade-Français de Genève et elle a été internationale.
  • Alors joueuse au Stade Français de Genève, Christiane Badel a entraîné les jeunes du club. 
  • Puis elle a entraîné l’équipe féminine première du Stade-Français de Genève durant 5-6 saisons, remportant deux titres de championnes de Suisse.

LES TITRES AVEC LE STADE FRANÇAIS DE GENÈVE 

  • 1961, 1963, 1964, 1965: championne de Suisse juniors.
  • 1970: championne de Suisse. 
  • 1971: Coupe de Suisse.
  • 1972: doublé coupe et championnat (l’équipe masculine réalise aussi le doublé).
  • 1973: Coupe de Suisse
  • 1974: championne de Suisse
  • 1976: Coupe de Suisse
  • 1977 et 1978: championne de Suisse seniors et juniors
  • 1980: championne de Suisse
  • 1981 et 1982: championne de Suisse juniors.
  • De métier, elle est professeure d’éducation physique.
  • Depuis 2014, Christiane Badel est présidente de la Fondation Sentinelles, qui fête ses 40 ans cette année. Elle en fait partie depuis 1988. Cette Fondation, qui a été une Association et vient au secours de l’innocence meurtrie. 

 

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