Dano Halsall, ancien grand nageur | Coopération
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Dano Halsall, ancien grand nageur

19 novembre 2020

 

Il y a un bon bout de temps que son corps souffre, que Dano Halsall, 57 ans, est à la lutte avec un dos qui ne le laisse pas tranquille. « Il commence à se fibroser à cause de l’arthrose. L’inflammation étant permanente l’organisme et le sang sont trop acides. Les médecins m’ont dit que j’avais le bas du dos d’un Monsieur de 80 ans.» Ce colosse devenu fragile a vu son corps qui fut un allié se transformer en ennemi. L’ancien champion a mal. «Est-ce le prix à payer? Est-ce dû à un excès ou à une surcharge du travail de force avec ses drôles de machines qui font les muscles? À la cinquantaine d’infiltrations, qui calment, qui soulagent mais ne soignent pas les douleurs, administrées avant des compétitions?»

Un dos entamé

Il s’est questionné, Dano Halsall. «Je cultivais ce côté sûr de moi, rien ne peut arriver.» Cet état qui l’affaiblit trouve sa source, en partie seulement, ailleurs. «Ma maman a 81 ans et elle souffre de l’arthrose des cheveux aux pieds. Sa seule activité c’est lire, en éprouvant de la peine. Cela veut dire qu’un terrain «arthrosique» favorable existant, ajouté aux excès du sport à haut niveau, ont de quoi toucher les vertèbres, à les endommager, à provoquer une usure totale des disques.»

Un dégât physique étant souvent accompagné d’un autre, le Genevois a été affecté dans son moral, sa santé mentale. «J’ai fait une dépression nerveuse sévère. Je n’avais plus envie de rien, je me suis totalement perdu et j’ai envisagé le pire. J’ai senti que je perdais pied et que mon mental m’échappait.» Alors, on lui a administré une quantité ahurissante de médocs. Le cycle infernal. «On m’a donné plein d’antidouleurs, des dérivés de morphine, des calmants, des antidépresseurs. Tout ça pour limiter les douleurs, omniprésentes, 24 heures sur 24, pour pouvoir me soulager. Je ne dormais plus, les douleurs chroniques épuisent physiquement et mentalement. Elles pénalisent grandement la vie professionnelle, familiale et sociale.» 

Yoga et auto-hypnose

Aujourd’hui, tout n’est pas encore rose, mais Dano Halsall va mieux. «J’ai suivi une formation de Méditation Pleine Conscience. Aujourd’hui, j’ai une routine quotidienne qui mélange méditation, yoga, stretching et auto-hypnose. Je visionne et je voyage à l’intérieur de mon corps, je vais à l’endroit où j’ai mal.» Respirer, visualiser, calmer l’organisme. Le but? «Retrouver les sensations physiques liées au psychique.» Quelques rechutes se manifestent encore. «Parfois, la douleur revient très fort et le moral en prend un coup. Je ne suis pas encore sorti de cette galère.»

Vous rappelez-vous quand les premiers symptômes sont apparus?
Il y a 10 ans environ. Un jour, au bureau, j’étais devant mon ordinateur. En voulant me relever, j’ai éprouvé une grande peine. J’ai mis 30 secondes à me redresser. J’ai téléphoné à un copain médecin au CHUV. Je suis allé faire une radio. À sa lecture, il m’a dit: «C’est moche. Après, tout s’est enchaîné rapidement: arthrose lombaire et cervicale dégénérative, disques et vertèbres très abîmés, spasmes musculaires, etc.

Coaching...opérationnel

Quel profession exercez-vous?
Mon dernier métier? Courtier immobilier. J’ai encore ma société. Je n’ai plus la même motivation qu’avant, mais il me reste quelques affaires en cours. 

Vous êtes sur un projet. Quel est-il?
Mes problèmes de santé m’ont beaucoup fait réfléchir. Aujourd’hui, j’ai envie d’aider. J’ai entrepris des nouvelles formations et je bifurque dans le coaching et le storytelling (la mise en récit ou l’accroche narrative). Je me suis entouré d’une équipe de pros. On peut faire appel à nous (dano@dano-coaching.com) L’envie de transformer mes ennuis de santé en quelque chose de positif. Inspirer, motiver et aider les gens à changer, à s’améliorer est mon nouveau challenge. En cumulant ce que le sport de haut niveau m’a enseigné avec ce que la douleur m’a appris sur moi, sur le fonctionnement du cerveau et les liens entre le corps et l’esprit. Apprendre aux autres à diminuer leur stress, le problème du siècle. La pandémie va renforcer cette situation dans la population, les gens le vivent déjà. 

 

Quel va être l’axe préférentiel?
LE CHANGEMENT! On le vit tous plus ou moins bien. Il faut en permanence s’adapter, évoluer, s’améliorer: vie de couple, professionnelle, sociale, santé. L’inspiration crée et aide à visionner le nouvel objectif, la motivation génère le plan d’action pour l’atteindre. 

Quels nouveaux objectifs, par exemple?
Vous voulez perdre du poids, changer de job, être un meilleur parent, devenir chef d’entreprise ou champion sportif ou simplement être plus heureux dans votre quotidien. Oui, c’est possible si vous avez un objectif réaliste et la motivation pour vous mettre en action. Mon job consiste à vous accompagner dans ce processus. Je vous aide atteindre plus facilement vos objectifs, j’établis avec vous le plan d’action pour y parvenir et j’entretiens votre motivation tout au long du parcours. Plus qu’un business, c’est l’envie d’aider les gens dans leurs transformations vers plus de bonheur, et le mien avec. 

Ego développé avoué

Êtes-vous croyant?
Grande question. J’ai souffert de graves troubles physiques et psychiques, qui m’ont faire prendre conscience de beaucoup de choses. Je crois qu’il existe une force supérieure quelque part qui équilibre et harmonise un tout. En ces temps difficiles pour la planète, j’aimerais y voir plus de signes.

Alors nageur, vous est-il arrivé de choquer ou de donner une image de vous, peu ou pas du tout en rapport avec votre personnalité?
...Je pense que j’ai eu un ego très développé parce que l’envie de gagner était plus fort que tout. J’ai pu être quelqu’un de limite arrogant-sûr-de-lui. La compétition et les médias ont façonné cette image. Avec le sport de haut niveau, on touche à ce genre d’excès, parce que tu mets tout ce que tu peux pour atteindre le Graal. Le conditionnement dans l’extrême, c’est dangereux. Néanmoins, j’ai toujours montré de l’intérêt pour les gens, beaucoup de curiosité, l’envie d’aller vers eux, à leur rencontre.

Et choquer?
Oui, probablement. J’ouvrais facilement ma gueule, j’ai dénoncé mon club et la Fédération pour leurs manquements. J’étais un bon client pour les médias. Aujourd’hui, plein de sportifs disent la même chose et l’ouvrent enfin.

Nageur médiatique

À un certain moment, avez-vous préféré ou alors recherché la popularité au succès?
Après ma carrière de nageur, on m’a collé une étiquette de «people», j’ai vu plutôt ça comme une reconnaissance; être invité à des événements exceptionnels est une forme de reconnaissance. Je le revendique. J’ai rencontré des personnes extraordinaires d’horizons et de parcours différents: Buzz Aldrin, Phil Collins, Marc Spitz, Nicole Kidman, Mike Horn, Nicolas Hayek, Jacques Chirac. Il y en a eu beaucoup d’autres. On se côtoie et on discute, on échange, c’est super enrichissant. Des photos sont faites dans les soirées people, publiées et je me retrouvais le lendemain dans le journal. Je n’ai jamais rien demandé, alors cela veut peut-être dire quelque chose et pas seulement parce qu’on me remarque avec mes 190cm, 100kg et ma tête rasée (il rit) 

Vous êtes toujours médiatique, moins qu’avant, mais...
...C’est ce qu’on me dit. Peut-être ai-je un peu de charisme (il sourit). Il a toujours été là, mais je pense que j’ai changé, évolué, et que ça se remarque plus qu’avant. Mais je ne renie rien. J’aime les rencontres, m’interroger, j’essaie toujours de me mettre à la place de l’autre. Je suis très empathique et j’essaie d’être bienveillant et respectueux. On confronte des idées, on partage des points de vue. On échange avec des mots conscients que leur définition ou la perception que l’on en a n’est pas forcément la même pour tout le monde. C’est toute la subtilité de l’échange et du dialogue. C’est passionnant. 

Sensibilité énorme

Sous votre carapace de colosse, y a-t-il de la sensibilité?
Elle est énorme. Je pleure souvent en regardant ou en lisant les News. Peut-être existait-elle déjà avant, mais masquée par cette image forgée par la natation. Il y a aussi beaucoup de respect, de bienveillance et d’empathie.

Quel est le moment qui a changé votre vie, un peu ou beaucoup?
Mon record du monde sur 50m à Bellinzone en juillet 1985 en 22’’52. C’était tout ce que j’espérais, un sentiment absolu, un accomplissement. le Graal. Tu touches la plaque et tu te dis que personne n’a réalisé ça avant toi. Tu entres dans une autre dimension et dans l’histoire. À un instant T, tu as été le meilleur du monde de tous les temps. Très peu de gens peuvent le dire. Tu l’as fait et on ne te l’enlèvera jamais. 

Sincèrement, avez-vous aimé la natation?
Je n’ai pas vraiment aimé mon sport. Les entraînements, c’était rébarbatif, chiant, tu es seul, tu ne vois qu’un trait noir au fond du bassin, tu ne sens rien, n’entends rien; oui, c’est abrutissant.

Pourtant, vous avez nagé plus de 20 ans...
...Vous avez raison, j’aurais pu arrêter avant, mais le succès a voulu que, a fait que. Quand j’étais petit, je gagnais tout, partout. Il aurait peut-être fallu que je perde 3 ou 4 fois pour que je dise stop. Gagner, ça motive et c’est un moteur grisant.

Fibres hyper rapides

Vous êtes un compétiteur-né avec, en plus, 81,8% de fibres rapides, hyper explosives, décisives dans 3 paramètres: temps de réaction, mise en route, poussée des jambes.
Le maximum, c’est 80%, tous les manuels de physiologie le disent. Je suis au-dessus du maximum théorique. À l’époque, j’avais demandé que l’on pratique sur moi une biopsie musculaire. Elle a été faite à Macolin. Le résultat? 81,8%. C’est un don et c’est pour ça que, gamin, «j’explosais» tout le monde. 

Mais vous étiez fait pour la compétition, non?
J’ai aimé la compétition, la préparation à la performance, la concentration, la visualisation, se focaliser sur son objectif, se donner à 100%, s’approcher de la perfection, se dépasser, sentir l’adrénaline. À l’entraînement, j’étais une «pive». Je ne récupérais pas, je n’ai pas une musculature oxygénale. Je ne suis  absolument pas endurant. Gamin, j’en ai souffert. Je me posais beaucoup de questions.

Si la natation n’existait pas, vous auriez pu pratiquer l’athlétisme...
...Avec un telle explosivité, j’aurais pu être un super sprinter, comme beaucoup de Jamaïcains. À l’école, je me rappelle que j’étais bon sur 80m. Un chrono? 10’’1, je crois. J’avais aussi de la puissance dans les jambes.

Un homme cultivé

Avez-vous des obsessions?
Ma femme me dit: Dano, tu es obsédé par la culture, la connaissance et l’information. Je lis et j’observe beaucoup. De tout. Ces 5 dernières année, j’ai lu énormément de livres et visionnés autant de vidéos, beaucoup sur le développement personnel et la culture générale. Je me rends aussi dix fois par jour sur des sites d’informations. Je suis notamment abonné à CNN, au Washington Post, au journal Le Monde. Quand je suis invité, les personnes qui ne me connaissent pas sont étonnées que je puisse parler avec aisance de géopolitique, d’art, de littérature et de musique, m’a véritable passion. Parce ce que je suis un sportif, ils partent du principe -une fausse croyance- que je ne suis pas capable de m’intéresser à autre chose. 

Que détestez-vous par-dessus tout?
Je suis contre toute forme d’injustice et d’intolérance. Je pourrais devenir intolérant avec des intolérants. J’aime la différence, la singularité, la particularité. Je suis contre le dogme et le formatage de la pensée. J’aime le doute et la critique. Ils sont, pour moi, source d’amélioration et de progrès.

Palmarès

  • Dano Halsall est né le 16 février 1963 à Genève. Sa maman est Suisse et son papa, Jamaïcain.
  • Il commence la natation à 8 ans. Sa carrière internationale a duré 12 ans. Elle a pris fin
    après les JO de Barcelone en 1992. Sa première compétition majeur? Les européens de 1981. 
  • Il est le sportif suisse le plus titré: 86 fois champion de Suisse, 92 x recordman de Suisse.
  • Aujourd’hui encore, il est le seul sportif suisse à avoir détenu un record du monde dans une discipline chronométrée.
  • Recordman du monde sur 50m libre (22’’52 en grand bassin et 21’’81, en bassin de 25m).
  • Vice-champion du monde à Madrid en 1986 Sue 50m libre (1er l’Américain Tom Jäger, 3e son compatriote Matt Biondi).
  • Champion du monde à Rome en 1990 sur 50m libre, devant les 2 Américains, gagnant la Coupe du monde. 
  • Vainqueur de la Coupe d’Europe en 1985, 1987, 1988 et 1990 (sur 50m libre et 100m papillon).
  • Finaliste aux JO de 1984, 1988 et 1992.

 

Vidéos

En argent sur le 50m nage libre, mondiaux 1986, ici

Chez le coiffeur, ici

Capucine drague Dano Halsall et Etienne Dagon 1984, ici

 

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