Docteur Boris Gojanovic, ancien basketteur | Coopération
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Docteur Boris Gojanovic, ancien basketteur

31 décembre 2020

 

Entre deux patients, le Dr Boris Gojanovic, 47 ans, nous a accordé plus d’une heure au Centre de médecine du sport de Nyon La Tour où il reçoit en ce mercredi de novembre ensoleillé. 

Dans la discussion décontractée, plutôt sur la fin, il dit: «J’aurais aimé faire du cinéma.» Comme acteur? «Non. C’est être réalisateur qui m’aurait intéressé, le côté orchestration et création, avec la possibilité de transmettre des histoires et des messages profonds, mais aussi de jouer avec les outils du cinéma pour le faire: l’image, la musique, la parole, la mise en scène.» 

Alors aux études, Boris Gojanovic filmait ses camarades, volée d’étudiants au travail ou lors de loisirs, allégories jubilatoires, tout simplement. À considérer son parcours professionnel actuel, et celui d’avant, préliminaire, préparatoire aux statuts de référence et d’autorité caractérisant son présent, la médecine était faite pour lui. Et vice versa. «Je suis content avec cette profession, elle me correspond bien.»

L'empathie et l'écoute 

Quelles qualités principales faut-il posséder pour être un bon spécialiste en médecine, sportive pour parler de la vôtre? 
L’empathie, c’est la base. L’écoute, accueillir le point de vue de l’autre et ne pas imposer le sien. C’est aller à la rencontre de la personne. Ensuite je dirais la curiosité, elle est liée à l’écoute, à l’échange. La rigueur: apprendre, savoir, appliquer, un triptyque porteur d’une caution. Et l’humilité, soit accepter que la personne qui vous fait face sache des choses que vous ignorez.

Qu’est-ce qui vous anime le plus...
...Accompagner, aider, coacher les gens pour qu’ils trouvent un chemin de vie en santé, une bonne humeur en santé. Que ces personnes vivent le bien-être, en harmonie avec elles et avec les autres. Pour les (jeunes) sportifs ce sera la quête de la performance dans le respect de la personne et de la santé physique et mentale. J’ai fait de la recherche, des études travaillant sur la physiologie de l’entraînement. 

Un cobaye

À ce propos, vous avez participé en 2004 au GP de Berne (10 miles, soit un peu plus de 16km) et...
...Après 8 ou 9km de course, un Monsieur d’un mètre 60 environ, cheveux gris, assez âgé, arrive à ma hauteur, me salue, me dépasse, me laisse sur place. Là je me suis dit: «Boris, tu as deux solutions: où tu t’arrêtes, tu t’assieds sur un banc et tu pleures; où tu t’entraînes. Cette réaction est issue d’un contexte: un peu moins d’un an auparavant, j’étais athlète au basket. 

Et?
Je me suis entraîné, suivant les principes d’entraînement que j’étudiais dans ma recherche et qui visaient la performance. J’ai été mon propre cobaye. Plus tard j’ai couru des marathons, j’ai participé à des triathlons et des ironman. J’avais progressé en endurance, beaucoup. Aujourd’hui, je cours moins et privilégie des activités en famille avec mes garçons (8 et 9 ans), notamment la randonnée en montagne. 

Engagé dans SportAdo

Vous faites partie de plusieurs comités, vous donnez des conférences et elles sont nombreuses, les thèmes y sont variés. Il y en a un qui vous tient à cœur: la santé et la performance chez les jeunes athlètes.
C’est un thème fondamental. Je me suis engagé pour la consultation SportAdo qui propose un centre de suivi interdisciplinaire pour adolescent-e-s pratiquant le sport (10-20 ans). Je suis dans la gouvernance de cette structure, intégrée à la Division Interdisciplinaire de Santé des Adolescents (DISA) au CHUV. Il existe une tension entre l’impératif de la performance et celle touchant la santé. C’est un défi de trouver le bon équilibre et notre devoir est de protéger la santé physique et psychique des ados, des jeunes sportifs et sportives.

 

 

Travaux en équipe

Depuis 2015, vous êtes Directeur médical de la santé et de la performance au Swiss Médical Center à l’Hôpital de la Tour à Meyrin...
...Nous sommes une cinquantaine à y travailler, dont 8 médecins du sport. J’ai la chance de travailler avec une équipe composée notamment de physiothérapeutes, de nutritionnistes, de psychologues du sport et de préparateurs physiques, sans compter toutes les spécialités médicales de l’hôpital (orthopédie spécialisée, cardiologie, etc). Je coordonne certains projets et programmes, comme c’est souvent le rôle du médecin du sport. Les structures sont cohérentes et cette interdisciplinarité est performante. Les connaissances se chevauchent. 

Vos patients ont...
...de 8 à 88 ans. On vient chez nous pour se maintenir et/ou se remettre en forme. On met en place un programme d’exercices personnalisés, pour des personnes sportives ou pas. Nous collaborons aussi avec des équipes et des clubs, nous discutons, des dossiers sont constitués, comme nous le faisons avec tout le monde. 

Une sacrée organisation

La guérison chez un patient, est-elle le seul motif de satisfaction pour vous?
Cela en est un, je vous en donne un autre. On a eu un Monsieur en surpoids, qui faisait 150kg. Il en a perdu 40. Il nous dit: «Je suis allé à Paris, je me suis promené, j’y ai refait ma garde-robe. Vous avez changé ma vie. Vous bossez en équipe, ça se voit et se vit et c’est chouette.» Ça, c’est gratifiant. Les échanges que nous avons avec toutes les personnes nous font avancer aussi. 

À considérer toutes vos activités...
...Il faut être très organisé et avoir une forme de rigueur et de responsabilité. En ce qui me concerne, j’ai bénéficié d’un environnement familial, des parents, du sport et d’une éducation qui ont favorisé tout ça. Quand on veut faire bien, nos parents nous rendent responsables. 

Efforts et persistance 

Le fait d’avoir pratiqué le basketball à un haut niveau vous a-t-il aussi aidé et formé à assumer un certain nombre de choses?
Le fil rouge? Les efforts. Durant trois saisons, j’ai cumulé basket et médecine. Sans compter les 7 saisons d’études de médecine, plus le basket. Le basket était peu professionnalisé, et m’a donc permis d’étudier en parallèle. Si, au foot, j’avais été un peu bon je ne serais probablement pas médecin. Je parlais d’efforts. Il faut faire encore et encore pour s’améliorer et la persistance permet de durer et de progresser. Il y a aussi une forme d’obstination dans un comportement, il est personnel. Après, il y a le conflit entre le temps pour s’entraîner et les études. Là, c’est l’organisation qui prime. 

Ça engendre des sacrifices.
Oui, bien sûr. J’ai dû mettre en place tout ça, installer de la clarté dans ce que je peux faire. Ce genre d’organisation ne peut s’accomplir qu’avec de l’énergie. J’ai une soif d’apprendre et la nouveauté est permanente. La médecine évolue, elle est sans fond. On apprend ce qu’on ne sait pas et on réapprend ce qu’on a appris. C’est fascinant. Si le temps qui passe me fait peur? Non, j’ai 47 ans et j’adore ce que je fais. La seule peur que je peux ou pourrais avoir, c’est de n’avoir pas assez de temps pour accomplir toutes les choses que j’aimerais faire et que j’ai mises en place. 

En australie en 2021

Cela étant, pourriez-vous prendre une année sabbatique?
Dans le courant du mois de décembre, il était prévu que je parte 6 mois avec mon épouse et nos deux enfants (8 et 9 ans) pour faire un tour de l’Australie. À cause du Covid, c’est repoussé d’un an. Comme j’ai tendance à être hyperactif, mon entourage a été étonné de ce choix qui m’amène à arrêter de travailler si longtemps. Cette expérience de voyage, c’est le bon moment pour la faire, pour mes enfants aussi. Pourquoi l’Australie? Parce que ma femme est Australienne, et que c’est un pays fantastique.

Quel est l’échec qui vous a le plus appris?
Il y en a plein. Je vous en parle d’un. En 1998, je n’étais pas encore médecin, je le suis devenu en 1999, j’avais postulé au CHUV (Lausanne) pour suivre un stage de formation dans la chirurgie pédiatrique. Je rêvais d’être orthopédiste pédiatrique. Il y avait déjà un lien sport-enfant. La réponse a été négative. Ça a été un drame, il a duré 5 minutes. J’ai regardé la lettre et je me suis dit: OK, tant pis pour vous. Si je vous parle d’un fait survenu il y a plus de 20 ans, c’est qu’il a défini des choses. J’ai vécu ce refus de ce service du CHUV comme un drame parce que j’étais jeune, plein d’énergie et de motivation et que je pensais que ça marcherait, mais en quelques minutes, j’ai décidé que de cet échec je ferai une nouvelle motivation. 

Sur les pas de Branko, le papa

Vous remettez-vous en cause en permanence?
Oui. Je suis dans beaucoup de projets en même temps. Je pense, j’analyse, je dois trouver le chemin, le défricher pour que leur avancement se fasse. Je suis perpétuellement dans le questionnement sans toutefois remettre en question les valeurs fondamentales qui animent mon métier de soignant. Conviction ne veut pas dire croyance. 

A-t-il été facile de mettre fin à votre carrière de basketteur en 2003?
Ça a été plus facile que ce que je pensais. J’avais toujours dit que j’arrêterais le jour où je n’aurais plus de plaisir. J’ai fini la saison 2002-2003. En juillet, j’ai commencé un tournus de 6 mois aux urgences et soins intensifs du CHUV avec des horaires peu compatibles avec le sport en équipe. Je n’ai pas commencé la saison suivante, prévoyant dès lors un retour en février. Un jour à Lausanne j’ai assisté à un match de mon équipe depuis le public. Je ne me suis pas reconnu dans le jeu qui était présenté, ni dans la finalité des matches. J’ai ressenti une forme de futilité comme si mes aspirations étaient passées à autre chose. Et puis, mon frère Igor, avait arrêté le basket cette année-là et notre père était décédé quelques mois auparavant. Le basketball a toujours été une histoire familiale. Branko, notre papa, international yougoslave, est arrivé en Suisse 
en 1958 par le basket, et c’est ensemble que nous avons mis un terme à cette page de la famille.

Palmarès

  • Boris Gojanovic est né le 23 mai 1973 à Lausanne.
  • Ancien basketteur - il a joué plus de 12 ans en LNA - et international suisse (de 1988 à 1993).
  • Il a commencé le basket avec les Minis d’Epalinges. Puis, à 11 ans, il joue avec Pully, poursuit ses classes dans ce club de la banlieue lausannoise et intègre la première équipe dont il sera un pilier. 
  • Avec Pully, il remporte la Coupe de Suisse (1990-1991).
  • Puis il joue avec Vevey. Retour à Pully (1994-1995), club qu’il quitte en 1999. 
  • Ensuite, il évolue avec Renens, il est champion de Suisse de LNB, club promu en LNA. Enfin, il évolue avec Lausanne et met un terme à sa carrière en 2003. 
  • Il s’est éloigné du basket jusqu’il y a peu. « Mon fils aîné qui a 9 ans et demi, joue à Nyon. Du coup, j’assiste à des matches, je revois des personnes que j’avais perdu de vue. Le basket, c’est une grande famille. » 
  • Depuis 2015, le Dr Boris Gojanevic travaille à l’Hôpital de la Tour, à Meyrin. Il 
  • est Directeur médical de la santé et performance au Swiss Medical Center, à l’Hôpital de la Tour à Meyrin (GE), spécialiste en médecine interne générale, médecine du sport, membre FMH.
  • Il est membre du Comité central de la Société suisse de médecine du sport (SEMS). 
  • Il est Président du Réseau romand de médecine de l’exercice et du sport (RRMES).
  • Il est aussi médecin de l’équipe de Suisse de triathlon. 
     

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