Elise Chabbey, championne cycliste | Coopération
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Elise Chabbey, championne cycliste

20 août 2020

 

Elise Chabbey, 27 ans et médecin, entre autres, a besoin de déborder. «J’ai besoin de vivre dehors, de prendre l’air, de bouger. Pour vivre. Je ne pourrais pas rester toute la journée assise sur un canapé.» Elle sourit; c’est à Saillon, dans un grand hôtel, que nous l’avons rencontrée, peu après le petit-déj’, et juste avant une séance d’entraînement. 

Installée dans un fauteuil au haut dossier - juste pour une heure, seulement! - la native de Genève, sociétaire du VC Lancy, est une belle personne, vit avec intensité, bien dans son époque mais a choisi de ne pas faire ni d’être comme tout le monde. À considérer son jeune parcours, déjà riche, Elise Chabbey est une force de la nature. Et hyper active, dans le bon sens du terme? «On peut dire ça comme ça.» Elle sourit, image: «Tourner avec un vélo sur une piste? Non!» Et pourtant, depuis 3 ans, seulement le vélo est un ami fidèle pour elle, qu’elle a rapidement maîtrisé, avec lequel elle se sent de mieux en mieux. «Je progresse tous les jours, je le sais - grâce aux watts, notamment, mesure de la puissance de pédalage développée -, je le sens et ça me pousse, me motive.»

Une offre de la FDJ!

À la fin de l’année, est-il exact que vous irez travailler à l’Hôpital de Sion en tant que spécialiste de la médecine interne? (médecine générale, mais avec hospitalisation).
Il s’est passé un fait nouveau. La FDJ (La Française des Jeux, formation très connue dans le milieu) m’a proposé un contrat. La leader de cette formation veut que je vienne. Il va sans dire que j’ai tenu au courant mes dirigeants. Au courant de l’offre française, ils se sont un peu alignés.

On a lu que depuis cette année, il existe un salaire minimum, fixé par l’UCI, pour les équipes WorldTour?
Il est de frs 30’000 par année. La saison dernière, la leader gagnait 9’000 francs et le «porte-bidon», lieutenant comme un autre, 300 francs. Il y avait un gouffre, désormais comblé. En ce qui me concerne l’argent n’a jamais été mon moteur. Mon moteur c’est le plaisir, la passion. Contrairement aux autres filles, j’ai un métier. Pour elles, le cyclisme, c’est le leur.

Quelle va être votre décision?
Je ne sais pas encore, et ça ne m’empêche pas de dormir (Sereine, Elise Chabbey sourit). Depuis le mois de mars surtout, je vis au jour le jour. Des personnes m’encouragent à poursuivre dans le vélo. Le chef de service de médecine interne à Sion et il n’est pas le seul de cet établissement, m’a dit: «Élise, profite!»

Plus de mondiaux en Suisse

Avec votre équipe vous êtes à Saillon pour y préparer les Mondiaux sur route, prévus du 20 au 27 septembre à Aigle-Martigny; or le Conseil Fédéral, lors de son point presse du 12 août, a décidé de prolonger jusqu’au 30 septembre l’interdiction de manifestation de plus de 1000 personnes. Conséquence, les Mondiaux ont été annulés...
...Même si nous vivons une période hyper compliquée, cette décision est un nouveau gros coup sur la tête. Quand au moral, atteint déjà plusieurs fois, s’en remettra-t-il? La question mérite d’être posée. Un Mondial ici, dans mon pays, c’était la chance d’une vie, non? Il n’y aura pas non plus les championnats de Suisse prévus le 22 août, qui devaient se courir au même endroit que les CM. 
Il restera les championnats d’Europe en France, début septembre; ensuite il y aura le Giro (Tour d’Italie, 12 étapes), toujours très montagneux. Mais ne pas connaître les Mondiaux en Suisse, quelle déception! Oui, c’est dur à vivre mais il faut se faire une raison. 

Aux JO en kayak

En 2012, vous avez participé aux JO de Londres en canoë-kayak monoplace, échouant de très peu pour une place en 1/2 finales. Que vous a apporté cette discipline pour la pratique du vélo?
D’abord, l’hygiène de l’entraînement, elle englobe le mental, la connaissance des entraînements, les horaires, l’organisation. Le kayak est une activité très technique, mais, par rapport au vélo, son implication physique est différente. En kayak, on slalome sur l’eau, ce mouvement, cette gestuelle m’a aidé par la suite dans la mesure où à vélo on slalome entre les gens, où on doit soigner le positionnement.

En 2019, au Tour de France, vous avez gagné le Trophée de la montagne. Ce terrain vous plaît mieux que...
...Le plat? Je n’aime pas du tout. Même si je suis un peu lourde (!?, poids de forme, 54kg), je suis plutôt une montagnarde. Sur 5km, je suis bien et je peux faire parler ma puissance. Au-delà il faudrait que je perde du poids pour durer plus longtemps dans un col, pour pouvoir (entre autres) accompagner le plus loin possible la leader de l’équipe. Mais je me sens bien comme je suis. Et mon boulot, il est fait.

Compétitrice dans l'âme

L’endurance?
On la travaille dans des sorties de 5-6 heures (130 à 150km). Une balade? Pas vraiment car on roule à un bon rythme et il est soutenu. Mais comme on n’est pas en course, on peut regarder la nature, découvrir les cols, apprécier. Dans une course, on a un boulot précis à effectuer. On le défini avant? Si on porte des oreillettes? Oui. Bon, je suis d’accord avec vous, ça enlève un peu de la spontanéité mais ça sert à nous dire ce qu’on doit faire, en fonction de l’évolution de la course, de nous avertir d’un danger sur la route, d’un virage serré, d’un coup de vent latéral, etc. Au niveau sécuritaire surtout, c’est bien.

Avez-vous toujours été une compétitrice?
Oui, je n’ai jamais aimé perdre et je le montrais, mais aujourd’hui, ça va un peu mieux (Rire). Un de mes points forts, c’est le mental. J’ai du caractère. J’arrive à surmonter les difficultés d’une course, une extrême fatigue. Je ne bute pas sur ce genre de mur. Le fait d’avoir pratiqué le Trail a renforcé tout ça. 

 

Le trail, une saison

Vous n’avez pratiqué le Trail qu’une saison...
...Oui parce que j’ai subi une fracture de fatigue à une hanche. Je ne pouvais plus courir. Mon copain pratiquant le vélo, je m’y suis mis. Comme ça m’a plu, j’ai disputé quelques courses. Le manager de l’équipe Bigla m’a repérée. Sur le moment, je me suis demandée ce qu’il avait vu en moi. À cause du Covid et de ses conséquences, la formation Bigla-Katusha Sports n’est plus, elle s’appelle aujourd’hui Paule Ka. Elle est basée à Lyss, elle est composée de 12 cyclistes, d’un manager, de deux directeurs sportifs, d’un médecin, de deux soigneurs-physios et d’un responsable de la communication.

L’année 2020 vous allez vous en rappeler: votre équipe a changé de nom, le Covid a frappé, les JO de Tokyo ont été repoussé en 2021 et vous préparez les Mondiaux cyclistes qui doivent avoir lieu en septembre (Aigle-Martigny)...
...Mentalement, je n’ai pas bien vécu tout ça. Quand la Covid-19 a été au plus haut, j’ai posé mon vélo, je n’avais plus envie d’en faire, et j’ai enfilé ma blouse blanche pour aller travailler. Je suis allé aider le personnel soignant aux HUG (Hôpitaux Universitaires de Genève). Pour moi, ça a été un devoir plus qu’une obligation. 

Des révisions au GIRO

Vers quelle branche de la médecine aimeriez-vous vous diriger? 
L’anesthésiologie (anesthésie et réanimation). C’est manuel, c’est de la chimie. Ça va me demander encore quelques années d’études.

Le temps qui passe, ça vous motive, vous fait-il peur?
Ça me stress. Le vélo, c’est d’abord un plaisir mais je n’aurais jamais pensé faire de la compétition. J’ai commencé mes études à 21 ans. Aujourd’hui, je suis médecin. J’aimerais avoir des enfants un jour. Mes parents (maman prof de gym puis sage-femme, papa paysagiste) en ont eu 5. En septembre 2019, j’ai eu mes examens finals et c’est trois mois de boulot là-dessus. Je suis incapable de ne faire que ça. Il me fallait une pause. Du coup, j’ai participé au Giro. Pendant que mes camarades se faisaient masser, récupéraient, moi, je révisais. C’était bon pour mon équilibre. 

Auriez-vous pu devenir quelqu’un d’autre?
(Réflexion)- C’est dur à dire. J’ai toujours parlé médecine. Ma grand-maman était dentiste. Elle est décédée en 2012, après les Jeux de Londres. Elle n’a jamais su que j’avais choisi de faire des études de médecine. J’espère qu’elle le sait, que quelqu’un le lui a dit.

Finalement, votre plus grand exploit n’est-il pas de pouvoir vivre de vos passions?
Plein de gens rêveraient de ça. Quelle chance j’ai, de m’en rendre compte. Mais la chance, elle se provoque. Je suis médecin et je fais du vélo: oui, j’ai aussi cette chance d’être une femme. Pour un homme, cette situation est impossible. À moins d’être un surhomme.

Il vous reste des rêves?
Gagner des médailles, dans le cyclisme. À long terme, il y a la médecine. Et puis, un jour, j’espère me poser.

 

Palmarès

  • Élise Chabbey est née le 24 avril 1993 à Genève.
  • Coureure cycliste. Équipe Paule Ka, World Tour, basée à Lyss. Auparavant, cette équipe s’appelait Bigla-Katusha Sports. 
  • 2020: elle est vice-championne de Suisse de chrono. 
  • 2020: 25e de la course Strade Bianchi (Italie).
  • 2020: elle est 20e de la Setmana Ciclista Valenciana ((Espagne).
  • 2019: au Tour de France, elle gagne le Trophée de la Montagne.
  • 2018: elle est 6e au championnat de Suisse, et 2e au championnat de Suisse de la montagne.
  • 2018: elle remporte la Coupe de Suisse Steinmaur.
  • 2018: elle est triple championne romande en titre.
  • En TRAIL, en 2018, elle est 3e du parcours vertical Matterhorn Ultraks (2,3km, avec un dénivelé de +655m.). La même année, elle est 4e aux championnats du monde du KM vertical. 

 

Vidéos

L'histoire incroyable d'Elise Chabbey, médecin et athlète, ici

Elise Chabbey roule vers Tokyo 2020, ici 

Elise Chabbey évoque les conséquences de la pandémie sur le cyclisme féminin, ici

 

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