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Eudis, son rêve? Entraîner une équipe de foot juniors.

23 janvier 2020

 

Quand on naît Brésilien, doit-on être footballeur? La question, pléonastique, fait rire Eudis. «Oui, le foot est dans notre sang. Il est dans la rue, à la TV, partout; on est au courant de tout et tout ça, cet héritage, vient des anciens.» Il ajoute: «A cause de la pauvreté qu’il y a dans le pays, le foot est un vecteur pour aller plus haut, s’élever socialement, espérer voir sa vie changer. N’oublions pas que le 90% des footballeurs brésiliens qui ont réussi, étaient pauvres. Moi-même, je suis issu d’une famille très modeste.»

Parti tôt de la maison

À ce propos, Eudis, ainsi appelé par sa famille dès sa naissance ou presque, a quitté la maison très jeune. «J’avais 13-14 ans», se rappelle-t-il. «Mes parents n’étaient pas d’accord. Mes oncles m’ont encouragé à partir. Dans mon village, une personne, qui avait joué à un bon niveau, connaissait des gens à l’Athletico Paranaense, qui allait devenir mon club formateur. Le football était en moi et il ne m’a plus quitté.»

Quitter sa famille très jeune, pour aller dans l’inconnu, n’est-ce pas prendre un gros risque? «Chez nous, il n’y a pas un jeune qui part de chez lui, uniquement pour le foot», souligne-t-il. «Dans ce centre, où j’ai logé, il y a un encadrement médical, un fitness, il y a absolument tout ce qu’il faut pour réussir. Nous allions à l’école en bus.» Et question football, Eudis avait des aptitudes, supérieures à beaucoup de ses copains. «Quand je suis arrivé en Suisse, j’étais costaud.» 

La Suisse , c'est où?

Votre premier club a été Yverdon...
...C’est Junior, le beau-fils du président d’alors, M. Cornu, qui m’a fait venir. Il avait entendu parlé de moi. Mon intégration a été rapide (en fait, partout où il a joué). Et dire que j’ignorais où se trouvait la Suisse sur la carte (il sourit). À Yverdon, j’ai connu pas mal de blessures, d’où deux saisons difficiles. Quand je «faisais» du banc ici ou ailleurs, je n’ai jamais fait la «gueule.» Dès fois on me disait pourquoi, des fois pas. J’ai toujours accepté. 

Avant un match, aviez-vous une appréhension?
Beaucoup de chose se passe dans la tête. Que ce soit à l’échauffement, ou dans le vestiaire. Je suis chrétien, j’ai lu Bible. On a la foi, je crois en Dieu. La foi donne la force, la volonté, la santé. La concentration est importante avant un match, il y a un moment pour ça; puis pour écouter de la musique. Un peu de détente fait aussi du bien. La réussite engendre la confiance. Aujourd’hui rien a changé. 

Le football vous a-t-il enrichi?
Oui, socialement, culturellement, humainement. J’ai pas mal bourlingué. J’ai joué en Israël, un an, qui est un pays chrétien. J’aime apprendre, parfois trop, mais ça me procure du plaisir; surtout, ça me fait du bien. 

Mais encore...
...J’ai gagné des sous. J’ai investi, j’ai une maison au Brésil, mais ma famille est là (Eudis est marié et il a deux enfants). Quel bonheur! Vous savez, je suis quelqu’un de discret, humble, tranquille (On l’atteste). J’aime la vie de famille, être à la maison. 

Durant votre carrière, vous avez connu des entraîneurs de renom...
...Oui, j’ai eu cette chance-là. Au LS, Gérard Castella, aux Young-Boys, Martin Andermatt, puis Vladimir Petkovic (qui n’a plus fait confiance à Eudis), et au FC Zurich, Lucien Favre (aujourd’hui à Borussia Dortmund). Quel grand entraîneur! Il n’a pas son pareil pour faire progresser un joueur. La force d’un collectif et sa qualité passe par ce travail-là. Lucien a toujours travaillé comme ça. 

Vous êtes au bénéfice d’un permis C.
Oui, et je ne peux pas quitter le pays plus de 4 ans. Je considère le permis C comme le passeport suisse. Si mon sang est brésilien j’ai vécu plus de choses ici qu’au Brésil. Je suis en Suisse et je vais y rester.

En 2017, vous avez joué avec Suchy...
...Oui et c’est à Suchy qu’on m’a trouvé un appartement et un travail. Je suis chauffeur dans une entreprise de transports (DPD, experts de l’envoi de colis, en Suisse et à l’étranger). Il ne faut pas croire que le football, c’est pour toute la vie. Il faut penser à l’après. Si je peux donner un conseil aux jeunes joueurs, c’est entreprendre des études, une formation, pour la reconversion. 

Que se passera-t-il le jour où vous arrêterez le foot?
Que faire? C’est ça le problème. Je n’ai pas de formation.

Vous pourriez rester dans le milieu, non?
Avant, je me disais: le jour où j’arrête le foot, j’arrête tout. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est impossible. Mon rêve? C’est entraîner des juniors, les voir jouer, progresser. Les former. 

Avez-vous suivi des cours?
À Echallens. D’autres sont prévus, cette année. J’ai joué au LS, à Servette. Ça serait bien si ça pouvait se faire dans un de ces clubs (ou ailleurs). 

Des joueurs vous ont-ils inspiré? 
Ronaldo (le Brésilien), il n’y aura jamais plus personne comme lui, Ronaldinho et Messi.

Palmarès

  • Eudi Silva de Souza, connu sous le nom d’Eudis, est né le 5 août 1983 à Paraiso do Norte, Parana, Brésil.
  • Ancien footballeur. Joueur offensif. Avant-centre ou sur le côté, à droite.
  • Son club formateur: l’Athletico Paranaense (Brésil). Club basé à Curitiba, dans l’Etat du Parana. 
  • Joueur en Suisse: à Yverdon (LNB, 2003-2005), au LS (LNB, 2005-2006), à Zurich (LNA, 2006-2008), aux YB (LNA, 2008-2009), à Servette (2009-2013).
  • Il a connu l’ascension en LNA (la Super League) avec Yverdon (champion de Suisse de D2 en 2005). Idem avec le FC Servette en 2011.
  • Champion de Suisse avec Zurich en 2007. Il a à son compteur un match de Champion’s League avec le FCZ. « Contre Bezitskas », se souvient-il.
  • En 2013-2014, il a joué en Israël, avec Hapoel Raanana et Maccabi Herzlia.
  • Il a joué aussi avec le FC Suchy (4e ligue).
  • Aujourd’hui, il évolue avec le Stade-Payerne, en 2e ligue inter.

 

Vidéo : Servette-Grasshopper 

 

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