Florian Burghardt, apnéiste | Coopération
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Florian Burghardt, apnéiste

24 décembre 2020

 

Gamin, il a suivi les exploits de Jacques Mayol, aimé le film culte le «Grand Bleu» (1988), rivalité entre deux enfants qui s’est poursuivie plus tard avec pour cadre la mer et la Grèce; à savoir lequel des deux descendrait le plus profondément. «J’étais passionné par les  exploits de Mayol, pour moi, c’était un Alien, quelqu’un de pas humain, comme tous les autres adeptes de ce sport avec cette faculté de réaliser des choses incroyables avec leur mental, avec leur corps », dit Florian Burghardt, 39 ans. Qui n’a pourtant pratiqué l’apnée très tardivement. «Il y a un peu plus de 5 ans, lors d’un voyage sur un bateau en Mer Rouge. Au programme: apnée et yoga. Ça a été une révélation et depuis, je n’ai plus jamais arrêté.»

5 mois ici, 7 mois ailleurs

Son statut est particulier. Il était cadre à UBS, il y est employé aujourd’hui. «Je travaille durant cinq mois, et j’économise, et je suis en apnée le reste de l’année», image-t-il, très souriant. En décodé: Florian Burghardt vit dans un bureau lors des mois froids (octobre-fin février) et dans l’eau douce ou salée, tout au long des mois chauds (de mars à septembre). «Je voyage selon les saisons et où c’est le mieux.» Il ajoute: «Je remercie mon employeur, qui a accepté cet arrangement, qui me reprend à chaque fois. J’éprouve du plaisir à aller travailler, ça nourrit mon cerveau et je suis content de retrouver mon appartement et mon lit en hiver. La pratique de l’apnée vous vide la tête, elle nous projette dans une bulle. Ces deux activités contribuent à mon équilibre et à un bien-être.»

Pas de prix!

Existe-t-il un prize money dans les compétitions d’apnée?
Non, on doit même payer de notre poche le test antidopage. On paye tout. J’ai un budget et je l’explose chaque année. Par année, je dispute entre 4 et 5 compétitions. Ça coûte et on ne gagne rien. Mon amie a des sponsors, moi je travaille et je suis à la recherche de sponsors.

Votre amie pratique aussi l’apnée?
Oui, il s’agit d’Alenka Artnik, elle est Slovène et elle est multiple championne du monde et détient de nombreux records mondiaux. J’apprends beaucoup à ses côtés. Au début, j’avais peur d’aller à 20m et, aujourd’hui, les 80m ne me font pas peur. Les meilleurs lieux pour faire de l’apnée? Plus spécialement les Philippines et l’Asie, l’Amérique centrale et les Caraïbes. Mais il existe d’autres endroits pour cela, plus proches et moins chers: la France, la Grèce, l’Egypte.

Relaxation avant tout

Quelle est la clé de l’apnée?
C’est la relaxation. Plus on est détendu plus on peut compenser les tympans, lesquels sont mis à l’épreuve sous les variations de pression. Pour éviter toute lésion, il faut que les tympans reçoivent sur leur face interne une pression d’air équivalente à la pression de l’eau. Le fait d’être détendu permet de pousser plus facilement de l’air contre les tympans, provoquant un rééquilibrage des pressions de part et d’autre. 

L’apnée, c’est pour vous...
...un voyage intérieur, une concentration sur soi-même, un style de vie, se sentir libre dans un environnement hostile à l’être humain. Ce n’est pas un sport extrême. L’apnée est un sport très bien encadré. Tenez: on ne fait jamais de l’apnée seul, c’est la règle numéro 1. Parce que, sinon, on peut facilement y rester.

Expliquez-nous
On peut faire une syncope due au manque d’oxygène. On peut se blesser au poumon et ça arrive. Tout ça est dû à la pression. Au début, il y a une gestion de la profondeur à apprendre. En compétition on descend le long d’une corde. Un mousqueton y est accroché pour ne pas se perdre. Si on est seul lors de la descente, il y a, les derniers 30m, une personne qui est là, qui nous surveille quand on descend et quand on remonte. Un sonar est utilisé, qui détecte, qui indique la position, une direction, etc. Un jour avant, on doit annoncer à l’organisateur la profondeur souhaitée. Il ne la divulgue pas jusqu’au dernier moment. 

En piscine

Ne pas respirer, ça s’entraîne?
Oui, en piscine, notamment; des clubs permettent ça. Je suis sociétaire de l’Apnea Club et de Deep freedive - le premier, à Genève, le second, à Perly -. On fait des longueurs de bassin. Ou alors de la statique, sans bouger, là je peux tenir 6’30’’ sans respirer. Quand on bouge, on déploie de l’énergie; du coup, on tient moins longtemps. 

Vous entraînez-vous souvent?
L’idéal serait de s’entraîner plusieurs fois par semaine: piscine, course et musculation, etc. On fait travailler les muscles pour les rendre réactifs. On est des athlètes. L’effort physique est important, il l’est encore plus quand on se trouve en profondeur, parce qu’on se déplace sans respirer. C’est la pression sur le corps qui fatigue, qui épuise. Sous l’eau, on y reste 2, 3, 4 minutes (aller-retour). Quand on en sort, on est crevé. On s’entraîne aussi dans les lacs d’ici (Léman, Neuchâtel)...

...Mais c’est froid...
...et sombre, oui, on y est moins détendu, moins relax, que dans la mer, où c’est plus lumineux et chaud. En revanche, dans de l’eau (plus) froide, il y a un réflexe d’immersion qui est plus grand et c’est très profitable pour ce qui concerne l’apnée. Avec un courant marin, le vent et les vagues, on va faire plus d’efforts. 

En poids constant

Votre record est de 75m...
...en poids constant. Je descends avec une monopalme (type de palme qui prend les 2 pieds à la fois), et un petit poids de 2 kg. Le poids compense la flottabilité de la combinaison.

Faut-il être un bon nageur pour faire de l’apnée?
Non, pas forcément. Il n’y a même pas besoin de savoir nager.

 

Faut-il manger avant....
...Surtout pas avant d’aller chercher une performance. Il faut être à jeun et c’est pas pour rien qu’on plonge le matin parce que si on devait digéré, nous perdrions de l’énergie. 

En danger...en scooter

Pour vous, affronter un risque, c’est...
...Quand je prends mon scooter pour aller au boulot. 

Enfant, quel sport avez-vous pratiqué?
J’ai fait 10 ans du foot au FC Perly Certoux. Junior, j’étais milieu de terrain. 
Je voulais être Lothar Matthäus (footballeur allemand, vainqueur de la Coupe du Monde 1990, entre autres). Aujourd’hui je n’aime plus le football, il véhicule trop de choses avec lesquelles je ne suis plus en phase.

Swiss Olympic dans le viseur

L’apnée sera-t-elle un jour un sport olympique?
Swiss Olympic ne reconnaît pas encore ce sport. On a espéré qu’il soit aux JO de Paris en 2024, ne serait-ce que comme sport de démonstration. Je travaille avec la Fédération de Suisse de sports subaquatiques (FSSS) avec comme but de constituer un dossier pour Swiss Olympic. L’apnée un jour aux JO? Pourquoi pas, d’autant que c’est un sport qui a le vent en poupe.

Qu’elles sont les vertus de l’apnée?
Après chaque cession, en piscine ou en profondeur on est bien, très détendu, l’apnée nous pousse à vivre équilibré. L’apnée active aussi le système nerveux parasympathique, responsable de la fréquence cardiaque plus lente, du bien-être et de la relaxation, notamment.

Préférez-vous l’eau douce ou l’eau salée?
Dans la mer, il y a davantage de flottabilité. Dans l’eau douce, il y a moins de poids. J’ai une préférence pour la mer où on y rencontre des poissons, des tortues, des requins. Il est important d’aller voir la faune, la flore, après. On est des amoureux de la mer. 

L’apnée date de la préhistoire: les gens la pratiquaient pour aller ramasser des coquillages. Et vous?
Ils ramassaient aussi des éponges. Moi, je ne touche rien à ce qui est dans l’océan. Je laisse tout sur place. C’est important. 

Palmarès

  • Florian Burghardt est né le 5 février 1981 à Genève.
  • Il est un apnéiste suisse.
  • Il est au bénéfice d’un brevet académique 4e niveau (c’est le plus haut). «Il 
  • est principalement axé sur la sécurité. »
  • Il a des podiums en piscine lors de championnats de Suisse. 
  • En 2017, il est vice-champion de statique. 
  • En 2018, il est 3e en dynamique, avec monopalme.
  • En septembre dernier, il termine 3e de l’European Cup, en Grèce, avec 75m, qui est son record. Le 8 septembre 2019 il avait réalisé 71m lors des Championnats du monde, à Roatan (Honduras). Deux records de Suisse CMAS (Confédération mondiale des activités subaquatiques). 
  • Il a aussi réalisé cette année 75m lors d’une compétition AIDA.
  • L’autre Fédération internationale est l’AIDA (Association internationale pour le développement de l’apnée. Fédération mondiale qui réglemente les tentatives de records en apnée, organise des compétitions et promeut l’enseignement de l’apnée.

Vidéos 

Alenka Artnik en apnée, ici

France apnée, ici

 

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