Isabelle Quinche, ancienne championne de natation synchro | Coopération
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Isabelle Quinche, ancienne championne de natation synchro

05 novembre 2020

 

Jusqu’au mois de mars 2019, Isabelle Quinche, 31 ans, était cheffe du sport de performance chez Swiss Swimming, pour la natation artistique. La natation synchronisée a été renommée natation artistique par la FINA (Fédération Internationale) en 2017. «La synchro a été ma vie durant plus de 20 ans, je n’arrive pas à la nommer autrement», dit la Neuchâteloise, lumineuse et qui sait ce qu’elle se veut, perfectionniste et travailleuse, qui défend des causes, met des mots forts dessus et espère convaincre plutôt que contraindre. «Non, je ne suis pas une militante, je ne descendrais pas forcément dans la rue, mais je m’engage dans les coulisses.» 

Grâce et charme

À quelques reprises dans la conversation riche, instructive, intense mais sans excès, Isabelle Quinche, la grâce en action, le regard multiple et charmeur, a lancé un cri: «Sauvez les Océans!» En Méditerranée, elle est partie au plus près des cétacés. «On a scruté l’horizon durant des heures, afin de récolter des informations que l’on a envoyées à des scientifiques pour soutenir la recherche.» La Neuchâteloise fait partie de la Swiss Cetacean Society à Lausanne. Elle est très proche de la nature, de l’eau, de la mer et quand elle en parle, si le ton de sa voix ne se module pas, il est ferme. Le vrai bonheur pour Isabelle Quinche, c’est est sur un bateau, dans ou alors sous l’eau - elle pratique l’apnée, descend jusqu’à 30m, - au contact des poissons, d’une faune en danger. Au travail, elle s’investit pour faire entendre la voix des jeunes, montrer leur force et leur engagement. Elle se bat pour un monde plus ouvert et solidaire.

La synchro, le fil rouge

Sur une terrasse à Liebefeld, la Neuchâteloise, passionnée et passionnante, confirme: «La synchro est, ou a été, mon fil rouge, ce sport m’a construite; c’est beaucoup de travail sur soi, de sacrifices, de mental. J’ai appris à être à l’écoute de mon corps puis, avec les épreuves, de mon cœur. Tout est lié.» Ainsi en 2019, Isabelle Quinche, quitte une maison, Swiss Swimming, pour laquelle elle s’est «mouillée», au propre comme au figuré. «C’était la santé ou la synchro. J’ai choisi ma santé.» Son rôle était de gérer les équipes nationales (13-15, 16-18, élite), toute la planification qu’il y a autour ainsi que de l’accompagnement en compétition. Elle sourit, et dans l’empathie, elle a toujours aimé transmettre et partager. «J’étais comme une maman, je les appelais mes «bébés», mais avec 80 enfants. J’aurais tellement voulu me concentrer sur les athlètes et les développements de leurs carrières, mais je n’arrivais plus à avancer. Il y avait trop de contraintes qui prenaient toutes mes ressources, une lutte qui n’en finissait plus.» 

Au CSAJ à Liebefeld

Aujourd’hui, Isabelle Quinche travaille au CSAJ (Conseil Suisse des Activités de Jeunese), organisation faîtière Suisse des organisations de jeunesse, regroupant environ 50 organisations membres. Le CSAJ œuvre pour les intérêts des enfants et des jeunes et agit comme porte-parole. En tant que centre de compétence pour la promotion de la jeunesse et la participation des jeunes, il fait office d’organe consultatif et de contact compétent pour un large éventail d’acteurs et actrices du travail de jeunesse. Isabelle Quinche y est responsable du domaine «Organisations membres et Bénévolat», au sein d’une direction collective composée de 4 personnes dont 3 sont des femmes, qui plus est romandes. «A travers plusieurs projets, nous sensibilisons la jeunesse et la société sur divers thèmes: la Session fédérale des jeunes permet de participer à la vie politique; le projet BreakFree! accompagne les organisations pour une meilleure inclusion de la communauté LGBT+ dans leurs groupes; l’Action 72 heures avec 12’500 participants et 220 projets a mis en avant l’engagement d’une jeunesse qui peut faire changer les choses. Le CSAJ s’engage aussi pour que le bénévolat soit reconnu et valorisé, dans la société et en politique. nous avons de nombreux fronts, c’est un vaste programme, on ne s’ennuie pas.» (www.csaj.ch)

À vous écouter parler de la synchro, de vos engagements divers et de vos convictions, entre autres, on se dit que vous êtes une compétitrice...
...Non, je ne suis étonnement pas une compétitrice. J’aime travailler. Mon parcours sportif, je l’ai fait pour moi, j’ai tout donné, la compétition faisait partie du chemin à parcourir, mais ce n’était pas une fin en soi. Ma vie n’était que synchro, je vivais dans une bulle. Si je fais ce que j’aime  et que le processus me permet de m’épanouir, je n’ai pas besoin de gagner, ni de me comparer. La défaite et les erreurs, je les accepte, j’arrive même à les apprécier car on en apprend beaucoup plus qu’une victoire. «Inch’Allah» comme je dis souvent. J’incarne ça, tout arrive pour une raison, à moi d’en retirer un enseignement positif. C’est aussi un petit clin d’œil à ma famille de cœur en Egypte. Je suis proche de cette culture là. 

Des valeurs humaines

Vous vivez donc au jour le jour.
Oui, surtout depuis que j’ai quitté la synchro. Si j’ai aimé son milieu? Oui et non, il y a des côtés sombres à la synchro, mais j’ai aimé les entraînements. Le travail acharné, le dépassement de soi et le processus qui me permettait de grandir, de mieux me connaître. Je suis avant tout une travailleuse, travailler permet de devenir une meilleure version de soi. Je ne sais pas faire les choses à moitié. Avec moi, ça passe ou ça casse. J’ai des valeurs humaines.

Et le milieu de la performance? 
Il est moche, trop égoïste et éloigné de la réalité de la vie. Pourquoi je n’appréciais pas nager en solo? Parce que je n’aime pas et ne veux pas être le centre du monde. Je préférais nager en groupe, se battre ensemble pour un objectif. Je suis une personne loyale, discrète, je n’ai pas envie de «marcher» sur les autres pour avancer. Je prépare les choses en amont de manière à ce qu’elles se passent le mieux possible. Très souvent, l’autre a la priorité sur moi. Je n’aime pas les conflits, j’ai besoin d’une ambiance sereine. Je suis très à l’écoute, j’ai de l’empathie, je suis très intuitive.

Des robots à la fin

Vous avez connu tardivement le haut niveau à la synchro...
...J’ai fait partie de l’équipe de Suisse juniors à 17 ans. C’était la dernière année pour y être. Après, j’ai été sélectionnée en élite. Il fallait être tout le temps performante, être meilleure chaque jour. C’est l’école russe. J’ai eu beaucoup d’entraîneurs de l’Est. Je suis une perfectionniste, une travailleuse mais avec le recul je m’interroge: est-ce que j’avais toujours envie d’aller nager? Au bout d’un moment, on est des robots.

Votre corps était-il fatigué, usé?...
...Comme je suis arrivée plus tard, que j’étais plus âgée que les autres, mon corps a mieux accepté, il a eu le temps de se préparer gentiment à la charge. Le corps, c’est notre outil de travail. En synchro, en plus d’être performant, il faut être mince. Nous avons une image faussée, le poids est omniprésent et en même temps tabou. Les conséquences de cette «éducation» nous les portons même après avoir mis fin à notre carrière. Toute ma vie j’aurai ce réflexe «d’être trop grosse», de «devoir maigrir».

Et vous concernant?
Le challenge? Me reconstruire sans synchro. Après avoir quitté Swiss Swimming, j’ai dû me redéfinir, trouver ma nouvelle voie, je n’avais jamais été autre chose que la synchro. Ça n’a pas été facile au début. Maintenant, je suis très heureuse dans mon travail, j’ai découvert d’autres passions et rencontré de nouvelles personnes. Et surtout, j’ai du temps pour moi. Je pense que je vais encore beaucoup évoluer. Il y a de nombreuses pistes inexplorées, les possibilités sont infinies alors je ne compte pas m’arrêter là.

À un certain moment, avez-vous été suivie par...
...Oui, dès 2015, par une psychologue, pour un travail sur moi, quand j’ai eu des crises d’angoisse, elle m’a beaucoup aidée. Depuis, quand quelque chose coince, je fais appel à elle et on travaille ensemble. Il faut s’ouvrir à ce genre de processus, je n’en fais pas un tabou car, pour moi, c’est une aide énorme et j’en retire de nombreux outils. Quand on prend soin de son corps, les gens nous admirent, quand on prend soin de sa santé mentale, on est dépressif ou fou. Cette vision est stupide car le corps et l’esprit ne peuvent pas fonctionner séparément. 

Des satisfactions

Y a-t-il une chose dont vous êtes fière?
Comme je suis très humble, je parlerai plutôt de satisfactions: de ce que j’ai réalisé dans le sport, mais surtout l’«Action 72 Heures», qui marquait le début de ma vie loin de la synchro (elle s’est déroulée en janvier dernier), qui a constitué en la coordination au niveau national de la mise en œuvre de projets d’utilités publiques et innovants par des groupes de jeunes issus d’associations et d’organisations de toute la Suisse. La diversité culturelle, le partage, c’est une richesse. Je ne comprends pas les gens qui pensent le contraire. 

Quel est le défaut qui vous irrite le plus chez l’autre?
La mauvaise foi. (Courte pause). Je ne sais pas mentir. (Puis). Oui, je dois apprendre à arrondir les angles. Je ne sais pas être contre-nature...je ne le veux pas non plus. 

Vous arrive-t-il de vous mettre en danger?
Non. J’ai du mal à perdre le contrôle. J’aime bien que tout soit maîtrisé. Mais là aussi, je fais un travail sur moi. 

Palmarès

  • Isabelle Quinche est née le 1er novembre 1988 à Neuchâtel.
  • Ancienne championne de natation artistique ou synchronisée.
  • Est au bénéfice d’un bachelor en économie d’entreprise.
  • Employeur actuel: Conseil Suisse des Activités de Jeunesse (www.csaj.ch)
  • Engagements bénévoles...
  • ...Be-Hôme: partage entre demandeurs d’asiles et personne « d’ici » pour faciliter l’intégration, Neuchâtel (www.be-home.ch)
  • ...Swiss Cetacean Society: « Serving Océan », société vouée à la conservation des mammifères marins (https://swisscetaceansociety.org)
  • Elle a été cheffe du sport de performance pour la natation artistique chez Swiss Swimming. 
  • Elle a été sociétaire au Red Fish Neuchâtel et à Limmat Nixen Zürich.
  • En 2002, elle entre en sélection romande. En août 2004, elle est dans l’équipe de Suisse juniors. 
  • En 2006, elle dispute les Européens juniors en Allemagne et les Mondiaux juniors en Chine, 
  • En 2007, elle obtient son billet pour les Mondiaux à Melbourne (par équipes). À l’issue de ces Mondiaux, elle met fin à sa carrière internationale, une 1ère fois, pour se consacrer à ses études.
  • Dès 2008, elle décide de nager en catégorie Master (hobby).
  • Aux championnats de Suisse Master en 2012, elle s’illustre et il lui est proposé de refaire un retour en équipe nationale élite. Une opportunité qu’elle ne voulait pas manquer. 
  • Elle est sélectionné pour les Européens élite à Eindhoven en 2012.
  • Elle a participé aux Mondiaux de Barcelone en 2013 (11e en combiné et ballet libre). « La cerise sur le gâteau », avant de mettre fin à sa carrière internationale.
  • Elle a été deux fois championne de Suisse en groupe en 2013 et en 2014, et vice-championne de Suisse en duo avec le club Limmat Nixen Zürich. 
     

Vidéos 

Le canal sportif, invitée Isabelle Quinche, ici

Facebook, Limmat Nixen, ici

 

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