Jean-Philippe Jel, natation artistique ou synchro | Coopération
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Jean-Philippe Jel, natation artistique ou synchro

22 octobre 2020

 

Quand il parle de sa maman, assistante sociale dans un Centre «J’ai vécu dans cet endroit où elle exerçait», et de son papa, commissaire de police, «Totalement absent durant mes 12 premières années», Jean-Philippe Jel, 43 ans, vit des émotions maîtrisées, lutte encore contre des mots fragiles. Son regard s’évade un peu. «Il n’était là que pendant les vacances. Il ne m’avait pas encore reconnu légalement. Il vivait en couple avec ma mère, mais séparé. C’était mon papa. À la retraite, il a été là tout le temps.»

Durant 12 ans, Jean-Philippe Jel, alors enfant à la porte de l’adolescence, n’a donc vu son père que quelques fois. Dans ce contexte particulier voire perturbant, tiraillé entre une maman «Elle était mon univers», soumise et hyper protectrice et un papa «Hyper coup de pied au cul», il a vécu deux extrêmes exacerbés, le féminin et le masculin. 

Un décalage est né

Alors, chez Jean-Philippe Jel, un décalage s’est créé, qui s’est affirmé puis installé au fil des années. Une prise en charge endossée, une réalité venant de l’extérieur qu’il n’est pas facile à accepter et dont la durée est limitée. Sur ce sujet, il dit: «J’étais le bon fils, j’ai été le bon mari, le bon enseignant et le bon militaire. Ces différents costumes ont engendré un processus au niveau 
de la concordance; une discordance intérieure que je n’arrivais pas du tout à exprimer.» La musique l’a aidé. «Avec des amis, à 18 ans, nous avons formé un groupe. C’était du rock progressif métal. J’étais guitariste-chanteur.» À nouveau son regard pétille. 

Officier à l'armée

Son papa était dans la Marine «Dans les commandos, c’était son royaume.»
Il a été un coureur à pied. «Tous les matins, il courait deux à trois heures mais il ne m’a jamais demandé de l’accompagner. J’avais 12 ans, ça a duré jusqu’à ce que j’en ai 18.» Comme mû ou articulé par un aimant invisible -père absent- Jean-Philippe Jel a fait 8 ans d’armée en continu «Dans la Marine, j’ai été un officier, enseigne de vaisseau, puis capitaine dans l’Armée de terre.» Et il s’est mis, aussi, à courir, 4 à 5 heures par jour. «À la fin, reconnaît-il, c’était devenu presque maladif.» 

Vous avez reproduit l’image de votre père. Était-ce une manière d’infliger à votre père le mal familial qu’il vous avait fait?
L’un d’eux, je l’ai exprimé plus haut. L’autre extrême concernait mon poids corporel (80kg pour 178cm). Stabiliser un poids de forme, le rechercher, c’est un combat. Je suis parvenu à combler tout ça. 

Un vrai cheminement

Avez-vous toujours décidé de mener la vie qui est la vôtre?
Jusqu’à maintenant, ça a été un vrai cheminement. On ne m’a jamais forcé, c’est moi qui me forçait, histoire de combler leur attente (parents, société) où ce que j’imaginais. Ce n’est pas qualifiable mais c’était mon interprétation. J’ai ensuite découvert que quand on s’occupe de soi, on est plus disponible pour les autres.

Et la natation artistique ou synchronisée a contribué à dessiner puis à nourrir l’homme que vous êtes aujourd’hui...
...L’eau m’accompagne depuis toujours. Maman m’emmenait à son contact. J’ai fait un peu de water-polo, de plongeon, de voile, de la natation. J’avais un peu tout essayé sauf la synchro. J’ai découvert cette discipline en regardant la TV. C’était en 2016, année des JO de Rio. Je suis tombé en admiration, j’ai été extasié en regardant un groupe des nageuses espagnoles. Ça correspondait à ma personnalité et c’était beau. Elles sont sorties de l’eau très essoufflées mais souriantes. 

«Je suis devenu moi-même»

Un jour vous avez déclaré: «Grâce à la natation synchro, je suis devenu moi-même.» Qui étiez-vous avant?
J’avais endossé le rôle de fils, de papa et de militaire, ouvert mon armoire et pris des casquettes avec lesquelles on se réfugie derrière ou avec. La synchro? Je réfléchis à ce qu’elle m’apporte et quel plaisir de réfléchir. Pour la première fois de ma vie, je prends du plaisir à ce que je fais. Et à l’intérieur de ce plaisir, il n’y a pas d’agressivité. Mais que de la beauté. Évidemment au tout début, le regard des gens était bizarre, il s’est dit des choses, j’ai été le «bourrin» qui nageait à côté des filles. Je porte une barbe, j’ai des jambes de coureur à pied avec un haut du corps de nageur.

Mais aujourd’hui, avec votre dégaine, l’image de votre corps, votre parcours...
...Je suis accepté, il n’y a plus de barrière psychologique. Je m’entraînais au Red Fish Neuchâtel, je suis maintenant au Lausanne Natation (LN) où on m’a concocté un programme génial. J’ai des exigences précises et l’entraînement y est intensif. 

Un de vos atouts, c’est la sortie de l’eau...
...Parce que je suis plus puissant qu’une fille, j’ai un style de nage un peu plus dynamique. Je suis un homme, ça surprend; reste que je suis une nageuse de synchro, ou une synchronette. On peut être en-dehors du genre, sans volonté de provoquer.

Maintien de la barbe

La barbe, c’est pour souligner votre côté décalé?
Oui. Comme la synchro est unisexe, le port de la barbe, c’est forcément anti-réglementaire. J’ai envie de bousculer, un peu, le monde de la synchro qui est si cloisonné. Les gens se plaignent qu’on n’en parle jamais mais continuent de se cacher. 

Avez-vous envisagé d’être un jour dirigeant?
Mais j’ai postulé, il y a peu, pour le poste de directeur technique artistique en charge de la section romande. J’avais suivi le processus de recrutement et je me suis retrouvé tout seul. Est arrivé le vote, et la présence d’un candidat surprise. Résultat: 6-5 (11 clubs ont voté), j’ai perdu pour une voix. 

Dirigeant, un jour...

Des personnes ont cru que...
...Que je bouscule des choses. Elles se sont dites: «Il va passer et il va tout régenter.» J’aurais mis le sport en avant, pour le bien de tout le monde. Pas moi, ça ne me viendrait pas même à l’idée (hélas, c’est ce qui se produit trop souvent ailleurs). Dans beaucoup de fédérations, il y a des «vieux jeu». Mais ce n’est que partie remise.

Avez-vous peur du vide?
Plonger, même du bord, j’avais peur. J’ai travaillé pour gommer ça. À l’armée, j’avais chuté, des vertèbres avaient été salement touchées. On m’a bien soigné. Si j’ai un message à faire passer, ça serait: «Si on a tous une grande force en nous, il ne faut pas mettre les autres personnes de côté. On a besoin de tout le monde.»

Un don de magnétiseur

Après la synchro, il y aura quoi?
La synchro a permis de me découvrir. Je ne suis plus dans l’affrontement, mais dans l’accueil et l’acceptation. J’ai depuis découvert que j’avais un don dans les mains, de magnétiseur. On a tous un pouvoir, je suis un autodidacte. Je lis, je côtoie des gens, je pratique. Un cabinet se met en place. J’aimerais y associer le coaching ayant trait au développement personnel. Accompagner l’autre me plaît beaucoup. Et dire que pendant longtemps, j’avais fini par me convaincre que j’étais profondément cartésien. 

Palmarès

  • Jean-Philippe Jel est né le 18 mars 1977 à Amiens, capitale historique de la Picardie (France).
  • Il a écrit un livre:  «J’peux pas, j’ai synchro», éditions Favre, qui a bénéficié d’une importante couverture médiatique. «Si tout va bien, il sortira en livre de poche.», parcours insolite d’un homme qui a réinventé sa vie.
  • Il pratique la natation synchronisée ou artistique.
  • En Suisse, il est le seul adepte masculin de cette discipline.
  • Le duo mixte existe aux Championnats d’Europe mais pas aux JO. «J’espère que ça changera. Mon objectif, participer à des Mondiaux élite et aux JO. Pour Tokyo en 2021, c’est peut-être un peu juste mais pour 2024 à Paris, c’est jouable.» En novembre, il passera des tests, espère progresser au niveau élite.
  • En 2018, il termine 2e du Championnat de Suisse open Master (en solo). 
  • Au championnat international de Bruxelles, en 2015, il termine 2e en duo-mixte. 
  • Il est au bénéfice d’un Master en lettres, d’un Master en science de l’éducation et d’un Master Sécurité et Défense (armée).
  • Il a effectué des études de médecine à Lausanne durant un an. «J’ai raté de peu les examens de première année.»
  • Il a enseigné en Seine-St-Denis, puis à Lausanne (un an). Il a été enseignant itinérant dans le canton de Fribourg, à Bossonens, plusieurs années.
  • Il a donné l’enseignement pour des jeunes adultes en Hongrie (HEP, Haute Ecole Pédagogique). «Ça a été mon premier vrai boulot.» 
  • À Paris, près de l’Opéra, il a enseigné à des Coréens du Sud et à des Japonais.
     

Vidéos

 

 

De militaire à nageur synchro, ici 

 

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