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Le sprint guide la vie de Florian Clivaz, aujourd'hui co-manager de Mujinga Kambundji

28 mai 2020

 

Il est jeune - 25 ans -, il étudie le droit - très bientôt, il poursuivra son chemin à l’Université de Fribourg -, et il a couru le 100m en 10’’36, à Zofingue, ce qui est remarquable. Florian Clivaz, que nous avons rencontré à Hinterkappelen, près de Berne, est une belle personne. 

Ce statut aux deux sens n’a pas non plus échappé à Mujinga Kambundji, pour ne parler que d’elle. Tenez: un jour de la vie d’avant, elle lui avait demandé s’il serait d’accord de l’aider dans sa carrière, surtout de ce qui l’entoure. En un mot: d’être son manager. Première émotion. «Mujinga? Je la connaissais bien et depuis mon séjour à Mannheim en 2016 », dit le Valaisan. «Son potentiel était déjà énorme et on pouvait déjà deviner les succès qui furent les siens par la suite », précise-t-il. « Vu que nous étions pas demandeurs, il y a eu un peu de scepticisme sur le moment. Si avec mon ami et collègue Lukas Wieland nousavions une connaissance de l’athlétisme, on ignorait, en revanche ce que représentait ce job et ses implications, ses devoirs et ses obligations. » Après avoir bu une gorgée de café, Florian Clivaz dit encore: « Un manager doit, selon moi, s’occuper de la gestion d’une carrière à 360 degrés et décharger l’athlète de tout ce qui ne concerne pas directement sa pratique sportive. »

Elite Performance Management

Créée en 2018, le Valaisan, sprinter-étudiant en droit et Lukas Wieland -lanceur de javelot de qualité et étudiant en économie- dirigent, avec une complémentarité parfaite la société «Elite Performance Management» qui est une s à r l. La passion les anime, et leur enthousiasme est communicatif. La rigueur et le sérieux sont aussi deux moteurs de fonctionnement. Le but? «C’est  que l’athlète qui nous fait confiance ne pense plus qu’à son sport.» 

Aujourd’hui, combien d’athlètes ont fait appel à vous? 
Outre Mujinga Kambundji, répond Florian Clivaz, il y a Jason Joseph (110m haies), Angelica Moser (perche), la petite sœur de Mujinga, Ditaji (100m haies) et le frère de Lukas Wieland, Simon (javelot, champion d’Europe U20). 

La qualité avant tout

On imagine que d’autres athlètes demandent à pouvoir travailler avec vous...
...Oui, on a des demandes. La question qu’on se pose est: combien d’athlètes  peut-on gérer? Il y a une qualité de travail à assurer tout le temps et à pouvoir assumer à toute heure. On se doit également d’apporter une réelle plus-value à nos athlètes.

Outre votre travail consistant à libérer l’athlète de contraintes diverses, y en a-t-il un autre tâche qui vous tient à cœur?
Oui, celle consistant à créer de l’intérêt autour de sa personne, que ce soit auprès du public, des médias ou des sponsors. On a intéressé de nombreuses entreprises. L’approche est pure, avec un mélange d’émotion et d’émerveillement.

Le statut a changé

Depuis 2014 et les Européens à Zurich, l’athlétisme suisse est entré dans une autre dimension. Êtes-vous d’accord avec ça?
Oui, on a pratiquement passé d’un sport amateur à un autre, professionnel, qui remplit les stades. On a des athlètes qui obtiennent des médailles au plus haut niveau. La relève est aussi brillant. Dès lors, le rôle de manager a pris aussi de la hauteur et de la valeur. Son apport permet à l’athlète de pouvoir se consacrer pleinement à son sport. Nous sommes animés par l’idée de trouver des solutions aux problèmes (administratifs, médicaux, juridiques et financiers, entre autres) des sportifs. 

Une vie a changé

La médaille de bronze gagnée par Mujinga Kambundji aux mondiaux de Doha en 2019...
...Ça a probablement changé sa vie. Je n’étais pas à Doha, j’étais plus utile ici. Les jours qui ont suivi, le téléphone a pratiquement sonné jour et nuit, pour des demandes multiples et en tout genre. C’est fantastique. Et la vague continue encore aujourd’hui. Il faut gérer tout ça. Après Doha, on était contents d’être deux (Florian Clivaz rit, c’est communicatif). Modestement ou de manière candide, je me dis qu’on a apporté une petite pierre à l’édifice: le fait d’avoir déchargé Mujinga Kambundji de tout lui a permis d’exploiter au maximum son formidable potentiel. Imaginer ça c’est plus grand que ma propre carrière, que j’ai hypothéqué dans le but d’aider des athlètes avec infiniment plus de potentiel que moi.

On a tendance à oublier la 3e place de Mujinga Kambundji sur 60m, lors des Mondiaux en salle de 2018...
...Déjà là, il y a eu une avalanche de demandes. Il lui fallait une structure.

Un dialogue permanent

Peut-il y avoir un différend entre l’athlète et vous-même?
Non, parce que le dialogue est permanent, on échange nos compétences et nos idées, on met en route nos réseaux, on les compare, on débat et le dernier mot appartient à l’athlète. Les domaines et les thématiques sont variées, très différentes. Un exemple: si on met un athlète en relation avec une entreprise, que les valeurs de celle-ci ne correspondent pas avec les siennes, il peut dire non, refuser une entente. 

Et l’athlétisme et vous...
...Depuis les Championnats d’Europe de Berlin (en 2018), je n’ai quasi plus la possibilité de courir. La Covid-19 représente sans doute le coup de grâce pour moi. J’ai commencé l’athlétisme tardivement. En 2013. J’ai quitté le haut niveau en 2018. Avec tout ce qui m’est arrivé, j’ai grandi -il n’a pas dit vieilli, parce que ça n’est pas vrai et qu’il ne faut rien exagérer...- de 15 ans en 5 ans.

Une vraie école de vie

Au football et au hockey, par exemple, on parle de modèle économique. En existe-t-il un en athlétisme?
Il y a autant de modèles que d’athlètes. Le sport impose des règles. Chaque athlète est une sorte d’entreprise plus ou moins grande. À la différence de ce qui se passe dans le football où la valeur d’un grand nombre de contrats n’est, selon moi, plus en adéquation avec celle du sportif, l’athlétisme qui repose sur des performances individuelles quantifiables propose probablement plus de justesse. L’athlétisme est une vraie école de vie, le sport par excellence dans la mesure où il n’est pas possible de tricher avec soi-même.

La période que nous vivons depuis quelques mois, elle vous excite, elle vous déprime ou vous fait-elle réfléchir?
Elle me fait réfléchir. Exemple: la vitesse avec laquelle des certitudes ont été ébranlées, ça a dégénéré avec une rapidité folle, incroyable. Le report d’un an des JO à Tokyo fait réfléchir car là on touche le sommet, et ça a passé d’une mesure inenvisageable à logique en quelques semaines. Oui, ça fait réfléchir.

Vous avez pratiqué un sport collectif (football) puis vous avez bifurqué après deux ans de pause vers un sport individuel....
...J’ai choisi le sprint parce que j’étais plus rapide que les autres au foot. Je me sens plus à l’aide dans une activité sportive individuelle. J’aime prendre des responsabilités, assumer des choix et ses conséquences. Ça colle avec mon état d’esprit. Je suis un compétiteur. Une négociation, un examen à l’UNI, c’est une compétition, le sprint en est une autre, on y est aussi confronté avec soi-même. Je préfère décider de mes choix, quitte à me planter plutôt qu’on décide à ma place. Si j’avais pratiqué un sport collectif, j’aurais été certainement moins concerné par mes performances. Pourquoi? Parce que les responsabilités sont diluées. 

Si le sport n’existait pas, qu’auriez-vous fait de votre vie?
C’est une bonne question (réflexion). J’ai choisi les études parce que j’ai voulu faire du sport. Elles permettent d’avoir de la flexibilité (pause à nouveau). Oui, j’aurais été entrepreneur.

Palmarès

  • Florian Clivaz est né le 30 septembre 1994 à Grône (Valais).
  • Athlète. Sprint. Sociétaire de la GG Berne. 
  • Spécialiste du 100m. 
  • A commencé tardivement l’athlétisme: fin 2012 (avec le CA SIon).
  • Pour sa première saison, il a participé aux Européens U20 (relais 4x100m) à Rieti. 
  • Auparavant, il a été footballeur au FC Sion (moins de 14, 15 et 16 ans). Il a dû dire stop à cause d’un problème au tendon rotulien survenu en pleine poussée de croissance, qui a nécessité une opération. Et une pause de deux ans.
  • 100m. Record personnel: 10’’36 (avec ce chrono, il est le 7e athlète romand de tous les temps).
  • A participé aux Universiades de 2017 à Taipeï.
  • A participé aux Européens à Zürich en 2014. 
  • A participé aux Européens à Amsterdam en 2016.
  • A participé aux Européens de Berlin en 2018 (100m et 4x100m).
  • En 2014, il a été terminé 3e du 100m aux Championnats de Suisse et champion de Suisse U23 sur la même distance. 
  • En 2018, il a terminé 3e du 100m aux championnats de Suisse.

 

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