Marjorie Sagne, ancienne nageuse | Coopération
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Marjorie Sagne, ancienne nageuse

01 octobre 2020

 

Nageuse, elle a fait bouger les lignes (d’eau), s’est ouvert des horizons, sans pourtant avoir le temps, top chrono, sur un 100m libre de penser à sa vie, son avenir, d’en dessiner ses contours, ses envies. Marjorie Sagne, 35 ans, depuis mars dernier, pensait seulement à gagner «J’étais une compétitrice, je le suis restée», à s’en sortir, histoire de ne rien regretter. «Si on veut réussir, obtenir des résultats, il faut s’entraîner, beaucoup, durement. Combien de fois me suis-je retrouvée dans l’eau à 6h15 le matin, juste avant d’aller aux cours.»

Elle est solaire, épanouie, Marjorie Sagne (Pittet); tellement que son arrivée au rendez-vous a embelli le lieu, pourtant joli. Elle est une enfant d’Ecublens, elle n’y habite plus. Travaille à Meyrin, vit guère loin de cette commune genevoise aujourd’hui, pour information, la quatrième du canton au niveau de sa population. Là où elle se trouve en famille, c’est moins grand. L’air y est forcément plus sain, pour une verdure qui s’impose. «Mais, dit-elle, j’aime bien aller à Lausanne, ne serait-ce que parce que ma maman y habite.» Son regard s’illumine.

Stop sur un titre

Vous avez arrêté la natation en 2006, à 21 ans, ce qui est jeune, évoquant un manque de motivation. Comment s’est-il matérialisé?
Je n’avais plus envie de m’entraîner et de nager en compétition le week-end. Avec le Genève-Natation, par exemple, on s’entraînait pendant la période de Noël, c’est dur lorsque la motivation manque. En mars 2006, j’ai encore participé au championnat de Suisse des clubs à Lausanne, on est sortis champion de Suisse. J’ai terminé sur un titre et ma dernière course, si mes souvenirs sont bons, a été un 100m dauphin. 

Aviez-vous ressenti aussi une lassitude mentale?
Oui. Un jour, je me suis retrouvée au bord d’un bassin, en tenue, et je n’ai pas pu sauter dans l’eau. J’ai fait un blocage. Psychologiquement, j’étais passée à autre chose. C’était un signe. Je me suis alors concentrée sur ma profession. 

Transmettre un savoir

Où exercez-vous?
Je travaille à Meyrin. J’accompagne des enfants qui rencontrent des difficultés diverses. Ma mission, mon rôle consiste à les accompagner, à les entourer, à leur transmettre un savoir et à les rendre autonomes afin de leur permettre de suivre un cursus dans l’enseignement régulier. Nous sommes dans l’inclusion scolaire. Mon employeur est l’Office médico-pédagogique qui fait partie du Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse. Je travaille à 75%.

Vous êtes une compétitrice dans l’âme et dans les gènes. La complétion ne vous manque-t-elle pas?
Avec le recul, elle m’a manqué. Mais plus maintenant, et depuis longtemps.  Cela dit, ça reste de bons souvenirs. J’aurais pu disputer des compétitions Masters, mais il aurait fallu que je m’entraîne et ça, je ne le voulais plus. La nuit, il m’arrive de rêver, de me revoir au bord d’un bassin, de me réveiller en sursaut avant de me jeter à l’eau. Cauchemar? Peut-être (Rire).

Sprint et sensations

Pourquoi le crawl, la nage libre et pas une autre discipline?
Je me suis tout de suite sentie très à l’aise avec cette nage, avec de belles sensations. J’aime le sprint, le crawl est une nage naturelle, très technique, qui demande de l’esthétisme si on veut aller vite. J’ai eu la chance d’avoir à Renens d’excellents formateurs, des professeurs qui savaient transmettre. Savoir transmettre, c’est la base. Et pas que dans le monde du sport. Après il faut appliquer ce qu’on nous dit, si on veut progresser. François Willen, grand pédagogue aussi, m’a entraînée jusqu’en 2004. Il a arrêté après les JO d’Athènes. Cela a été un changement majeur, déstabilisant. Pour moi, ça a basculé là. 

Vous avez concilié les études avec le sport...
...La natation, par exemple, permet ça. Ça requiert de la rigueur, au niveau de l’organisation personnelle, sa programmation. On peut ensuite se servir de ça toute sa vie. À l’âge de 21 ans, j’ai eu envie de me consacrer pleinement à ma formation professionnelle et je n’ai aucun regret. 

Tout est possible

La natation a-t-elle éveillé quelque chose en vous?
L’envie d’aller jusqu’au bout de soi-même, de se dire que tout est possible, y croire; c’est ce que je dis à mes élèves: ils doivent croire que c’est possible. La natation m’a appris à avoir confiance en moi et, par extension, aux autres.

La natation est un sport rigoureusement dur et très exigeant. Pour réussir, ne faut-il bénéficier aussi d’un petit peu de chance?
Oui. Déjà, il faut tomber sur des entraîneurs compétents, qui vous font aimer ce que vous faites. Il faut avoir du plaisir à aller aux entraînements. Ensuite, il faut avoir de la chance de faire partie d’une bonne équipe, qui vous porte. La dynamique est un élément important, voire décisif, dans le sport. Les parents? 
Leur soutient, le fait qu’ils vous accompagnent partout, c’est une chance qui n’est pas mesurable. La chance d’être en équipe nationale en étant entourée d’éléments forts, on avait un bon relais 4x100m nage libre (un relais, c’est la santé d’une nation). À mes côtés, il y avait Nicole Zahnd, Dominique Diezi, Hanna Miluska et, plus tard, Seraina Prünte. 

Surprise agréable

Participer a des JO, était-ce un rêve de gosse?
Pour moi, il s’agissait évidemment d’un rêve mais ce n’était pas un objectif, je n’en avais pas la pression. Ça a été une surprise agréable. Je parlais de chance. Aux Mondiaux qui ont précédé les JO, il fallait être dans les 12 meilleurs relais pour aller aux Jeux. On a terminé 13e. On nous a dit qu’il y avait une enquête. L’attente a été longue. L’Espagne a été disqualifiée. Notre relais s’est retrouvé qualifié. Je ne vous dis pas la joie qui a été la nôtre, notre soulagement.

Quelle est la date, ou l’année, qui a le plus compté, jusque là, dans votre vie sportive? 
2003, quand on a su que nous irions aux JO d’Athènes avec le relais. Non, je dirais plutôt 2002, l’année de la construction de ce relais, c’était aux Européens à Berlin, nous nous étions qualifiées pour la finale ce qui nous a ouvert la porte des Mondiaux l’année suivante. Nous nous étions qualifiées pour la finale et nous avions battu le record de Suisse. Un souvenir incroyable! 

Palmarès

  • Marjorie Sagne est née le 3 mars 1985 à Lausanne.
  • Ancienne nageuse. Spécialité: 100m nage libre. Record personnel: 57’’04 (en grand bassin), un chrono établit avec le relais 4x100m (première relayeuse), lors des championnats de Suisse individuels et de relais, à Kriens.
  • Elle a commencé à nager à Renens, à l’âge de 9 ans, lors d’un concours des écoliers. «J’ai dit à ma maman, je veux faire ça, nager vite, toucher et gagner!» Elle avait terminé 2e d’un 50 crawl «Il y avait des plus grandes avec moi» et les 5 premières se voyaient offrir 5 cours gratuits. «J’ai adoré ça.»
  • Deux ans après, à 11 ans, elle dispute sa première compétition: les championnats de Suisse juniors.
  • Elle a été 6 fois championne de Suisse du 100m libre.
  • Elle a participé aux JO de 2004 à Athènes.
  • Première compétition internationale en 2000 (Européens juniors à Dunkerque).
  • Elle a participé à un championnat du monde (Barcelone, 2003) et à 2 championnats d’Europe (Berlin, 2002, Madrid, 2004). 
  • Elle a fait partie de l’équipe nationale de 1998 à 2006.
  • Au niveau professionnel, elle a effectué différents stages, notamment à la Fondation de Vernand à Cossonay. Elle a suivi une formation d’enseignante à l’Université de Genève, au sein de la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education (englobant l’enseignement spécialisé).
     

Vidéo

 

 

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