Nicolas Dehon, entraîneur des gardiens à l'OGC Nice | Coopération
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Nicolas Dehon, entraîneur des gardiens à l'OGC Nice

06 août 2020

 

Nicolas Dehon, 52 ans, est né à Maubeuge. Cette commune française (30’000 habitants) située dans le département du Nord, en régions Hauts-de-France, à 33km de Valenciennes et à 75km de Lille, a été notamment rendue célèbre par une chanson «Le clair de lune à Maubeuge», écrite par feu Pierre Perrin qui fut chauffeur de taxi et chantée par Bourvil, entre autres. «Je me rappelle que les gens à l’époque venaient à Maubeuge pour y voir le clair de lune, alors qu’il est le même pour tout le monde.» Rencontré à Divonnes-les-Bains, Nicolas Dehon, depuis janvier 2020 entraîneur adjoint en charge des gardiens de but de l’OGC Nice, secteur professionnel, sourit à l’évocation de se souvenir, pas si lointain.  Plus qu’une expression, le sourire et le rire, la bonne humeur, sont une marque de fabrique chez lui. 

Nice? Un autre défi

«Travailler pour l’OGC Nice, ça ne se refuse pas», avez-vous déclaré il y a peu...
...J’aime les défis, celui de Nice ressemble un peu aux challenges que j’avais relevés en allant au PSG et à l’OM. A Nice il y a un gros projet. J’y ai rencontré des gens très droits. Et puis, ce club correspond à mon image, à ma philosophie.

En un mot, qu’est-ce qui caractérise ces 3 clubs?
Le PSG = pression, Marseille, c’est la ferveur. Nice? C’est la simplicité, l’esprit de famille; tout ça me ressemble.

Qu’est-ce qui vous guide? La passion, le standing...
...Le standing? Ça jamais! Je suis un passionné. Je me suis toujours imposé de faire le mieux possible. Encore aujourd’hui, j’aime prendre des risques, ils vous font avancer. À Vichy, je suis resté 2 ans au lieu de 3. Je suis parti jouer à Troyes, qui évoluait en Division d’Honneur. Avec ce club, en comptant les réserves, j’ai connu 7 montées, de la DH en Ligue 2. Ici, à Nice, je suis arrivé en janvier, en pleine saison. Mon épouse n’aime pas trop les changements: il faut déménager, emménager, souvent. Mais depuis le temps, elle s’y est faite (sourire).

La performance avant tout

En tant qu’entraîneur des gardiens, votre rôle, c’est les aider à progresser, partager leur quotidien...
...C’est aussi et surtout les préparer à la performance. Entre nous, il existe une connexion affection, il se passe des choses, il y a des affinités qui sont partagées et pas propres qu’à chacun. On est tous pareils. 

Et pour un gardien que vous avez formé...
...Il y a peut-être plus de lien, le rapport peut-être plus fort, mais tout ça découle d’une logique. Elle n’est pas délibérée. 

Préférez-vous travailler avec un gardien talentueux, ou un gardien qui l’est moins et plus travailleur?
Il est plus difficile de travailler avec un gardien talentueux, surtout s’il est jeune et qu’il croit que cela va suffire pour y arriver. Le plus important, c’est le travail. Lors de mon premier passage au PSG, j’ai eu Grégory Coupet (34 fois international, aujourd’hui entraîneur des gardiens à Dijon après avoir été plus de 10 ans à Lyon). Il disait: «J’ai besoin du travail, de travailler pour être performant.»

Le critère? Le mental

L’OGC Nice est à la recherche d’un gardien, un numéro 2 et vous aurez votre mot à dire...
...Le critère d’engagement? C’est le mental. Aujourd’hui, un gardien ne doit plus être une éponge, il doit pouvoir faire face à la critique, à toute sorte de pression, médiatique ou autre. Dans une équipe, le gardien est un homme à part même s’il est devenu un joueur comme un autre, avec un maillot différent. Il défend son but et sa zone. Il doit savoir quand et comment? Il est le premier relanceur, avec la main, mais surtout avec les pieds. Le rôle du gardien a subi une évolution énorme et ça change tout le temps. Je vis ça, c’est passionnant. 

Doit-il exister une hiérarchie des gardiens dans un club?
Oui. Au PSG, à un certain moment (de 2013 à 2017) il n’y en avait pas. Alors, ça devient compliqué pour tout le monde et la gouverne des gardiens est un casse-tête. Pour les défenseurs, rien est simple non plus car il y en a qui ont une préférence pour X et d’autres pour Y, par rapport à son jeu, sa position, sa façon de diriger, etc. 

Concentration!

Pour quelle faute êtes-vous le moins indulgent?
La faute de concentration. Elle est insupportable. Chez un grand gardien, elle survient rarement. Le match, je le regarde mais mon attention se porte surtout sur mon gardien, avec ou sans ballon, son comportement quand la balle est dans l’autre camp, sa position.

Pour un (de vos) gardien, un match parfait, c’est...
...Quand il a deux arrêts à faire et que l’équipe gagne 1-0. Oui, j’aime les gardiens sobres et efficaces. 

Et s’il dispute un match extraordinaire et que l’équipe perd malgré tout...
...Les sensations ne sont pas les mêmes.

Mandanda, un grand!

Quel est le gardien le plus talentueux que vous avez entraîné jusqu’ici? 
Steve Mandanda. Je l’ai découvert au Havre en 2004. On s’est lié d’amitié. Gardien à l’OM, Steve m’appelle. On est en 2010 et je suis en fin de contrat au PSG (le coach est Antoine Kombouaré). Il me demande de le rejoindre à Marseille. «J’ai besoin de toi», me dit-il. On a travaillé ensemble durant 2 ans. Je suis resté un an au chômage. En juillet 2013, je retourne au PSG, le coach est Laurent Blanc. En juillet 2017, un nouveau coach arrive de Séville, Unai Emery, avec son entraîneur des gardiens. Conséquences: je suis démis de mes fonctions et licencié. 

Etes-vous un entraîneur des gardiens critique? Vous arrive-t-il de taper du poing sur la table?
Rarement, mais je suis plus exigeant avec les jeunes. Des choses sont dites, individuellement, ou au travers des vidéos, qui ne mentent jamais.

L'équipe de France?

Avant un match, y a-t-il une analyse de l’adversaire?
Oui, elle a trait aux attaquants adverses, les pieds arrêtés, la manière dont ils jouent, se déplacent etc. Je me rappelle d’un match à Moscou avec le PSG. Cavani vient vers moi et me dit: « Nicolas, comment il bouge le gardien? Nous avions regardé ça à la vidéo. Depuis, ça m’a donné l’idée de poursuivre cette analyse, de déceler les qualités et les défauts du gardien adverse, de travailler ainsi et aussi pour les attaquants, notamment.

Et l’équipe de France? 
Quelques mois après avoir quitté l’OM pour devenir sélectionneur de l’équipe tricolore (2012), Didier Deschamps m’en avait parlé. L’entraîneur des gardiens c’était Franck Raviot, il l’est toujours, depuis plus de 10 ans. C’est un ami. Alors quand on m’a dit que cela ne jouait pas, j’ai été comme «soulagé». Franck est un pote, je ne me voyais pas lui «piquer» la place. 

Existe-il une méthode Nicolas Dehon?
Non. Il faut s’adapter à la personne. Je suis pour l’individualisation. J’aime travailler avec un gardien, à tour de rôle, et donner aux deux autres - à Nice, il y a 3 gardiens - des travaux spécifiques à effectuer. Il faut faire attention à la nationalité du gardien, à sa culture. On ne travaille pas la même chose s’il est allemand ou italien, par exemple. On regarde la vidéo, on l’analyse, il y a plein de gestes différents, il faut faire un mixe de tout ça. Je suis un co-pilote qui est là pour éviter tout dérapage, trouver la bonne trajectoire, celle qui doit mener le plus haut possible.

Un robot payé de sa poche

Mais vous imposez votre mode de fonctionnement...
...Oui, on discute à la fin de chaque séance, à la fin de chaque semaine, on se dit: est-ce qu’il manque quelque chose. La trame, c’est moi qui la fournit, je suis en quelque sorte un metteur en scène. J’invente, je suis constamment à la recherche d’informations, je travaille sur le développement cognitif et sur plein d’autres choses. L’autre jour, j’ai acheté un robot lanceur de balles de ping-pong, pour un exercice ludique. J’ai payé de ma poche. 

(On est surpris). De votre poche? Vous n’avez pas fait de note de frais?
Non. Je n’ai pas voulu faire de note de frais. Que voulez-vous, je suis un passionné.

Palmarès

  • Nicolas Dehon est né le 2 avril 1968 à Maubeuge (France).
  • Ancien gardien (football). Jeune (13-14 ans), il a joué comme ailier droit. Son papa a été gardien de but aussi. Nicolas Dehon a quitté la maison, à 16 ans.
  • Joueur: ES Loivre (poussin, benjamin, minime). US Maubeuge (chez les jeunes). RC Lens (chez les jeunes). INF Vichy puis ES Troyes (de 1986 à 2000).
  • Entraîneur des gardiens.
  • Troyes (2000-2005). Le Havre (2005-2009). PSG (2009-2010). Marseille (OM, 2010-2012). PSG (2013-2017). Amiens. Enfin, OGC Nice, depuis janvier 2020.
  • Vice-champion de France avec l’ESTAC (Troyes), National 1 en 1996.
  • Avec Troyes, il a connu 6 montées , de la Division d’Honneur à la Ligue 1.
  • À Troyes, alors gardien en DH (Division d’Honneur), il a été jardinier de la ville. 
  • À Troyes, il a été éducateur sportif. Il s’est mis en disponibilité de son emploi de fonctionnaire municipal pour devenir entraîneur des gardiens de l’ESTAC, à la demande du coach d’alors, Alain Perrin. «Je remercie M. François Baroin, Maire de Troyes depuis 1995, qui m’a beaucoup aidé dans les démarches.» 

 

Vidéos 

 

N. Dehon et F. Hadzibegic vous répondent, ici 

Un jour à l'OM avec Nicolas Dehon, ici

Dehon-Mandanda; l'entretien croisé, ici

 

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