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Ornella Domini, la boxe dans les gênes. Elle se réalise aussi dans la sécurité et la garde rapprochée

23 juillet 2020

 

À chaque fois, la rencontre avec Ornella Domini, 31 ans, est belle. Rien, chez elle, ne vous laisse à penser qu’elle est boxeuse professionnelle et que son autre métier, qui la nourrit financièrement, a trait à la sécurité - elle a travaillé chez Protectas SA, pour payer ses études, notamment - dans la garde rapprochée discrète pour une société privée: «J’ai beaucoup voyagé, quel enrichissement de vie.» 

Depuis 2019, la Genevoise suit un cursus à l’école de police qui prendra fin en 2021. Après le privé, le monde de l’Etat, l’envie de s’y engager. Depuis 2020, elle est l’heureuse bénéficiaire du Brevet fédéral de sécurité. «J’effectue des stages dans tous les postes touchant à la sécurité. Mon interêt reste pour la protection rapprochée. Je n’ai pas l’âme du gendarme. » Elle sourit, boit une gorgée de jus d’orange. «À l’armée, poursuit-elle, je suis grenadier de la police militaire. J’ai fait tous les cours de répét’, je n’en ai plus à effectuer.» Dans la discussion-bonne-franquette-et-alerte-Ornella Domini, jeune femme atypique et haute gamme, à la beauté intérieure aussi, confirme: «Je préfère l’uniforme vert kaki que le bleu.» 

Une femme d'état

Son souhait? «C’est travailler au DPR - Département de protection rapprochée - pour l’Etat. Je me forme tout le temps. J’aime apprendre et m’instruire. C’est dans mes gênes. J’ai été éduquée dans ce sens.» Quand elle était dans le privé, elle travaillait, en moyenne, 240 heures par mois. «Quand on bosse dans ce domaine il me faut pas être syndicaliste.» Solaire, Ornella Domini sourit.

Comme auparavant, vous travaillez aussi la nuit...
...La nuit est inspirante. Ça ne m’a jamais dérangé de travailler la nuit, ça n’a jamais été une contrainte. La nuit, c’est une autre ambiance, l’atmosphère est différente. Vous rentrez du boulot à 7h, vous croisez ceux qui s’y rendent. Il y a comme un temps suspendu.

Votre organisme supporte-t-il bien le régime travail de jour et travail de nuit?
Oui, il y est habitué. Mais ça exige une grosse résistance au niveau du stress. L’important, comme dans beaucoup de choses, c’est la récupération. Car si la fatigue est là, elle amène, souvent, la maladie.

Armée en permanence

Etes-vous armée dans votre travail?
Oui, au bureau comme à l’extérieur. L’arme n’est pas dangereuse en soi, c’est l’usage qu’on en fait qui l’est ou qui peut l’être. Si les armes étaient faites pour tuer, les stylos écriraient des bêtises et les fourchettes inviteraient à table les gens obèses. Je ne sais plus qui a dit ça, mais ça image le propos.

Vous êtes en possession d’un Bachelor en radiologie médicale, vous avez été aux HUG (Hôpitaux universitaires de Genève) technicienne en radiologie. Alors pourquoi avez-vous choisi un autre monde?
La radiologie, ça me plaisait bien. Mais alors que j’étais chez Protectas et plus tard aussi, j’ai reçu des coups de fil. On me promettait une vie à la James Bond. Comme j’ai été séduite, j’ai changé de métier. J’ai laissé de côté un peu la boxe (2016-2017). Oui, on m’a débauché (rire). Reste qu’à la base, la sécurité était un job d’été.

Réalisation personnelle

Avez-vous décidé de mener la vie qui est la vôtre?
Oui et moi seule. Je me suis réalisée à travers tout ça, tout ce que je fais, au détriment d’une vie conventionnelle et familiale. Être maman ? C’est un sujet 
de réflexion, chaque chose en son temps. Mais je ne veux pas être maman à 40 ans; cela dit j’admire celles qui le deviennent à cet âge-là. Tout le temps, 
je me remets en question. Il n’y a que les cons qui ne changent jamais d’avis.

Pour vous, affronter un risque c’est...
...Il y a affronter un risque ou en encourir un, ce n’est pas la même chose. Les risques? Il y en a partout. Le risque? J’en ai conscience au quotidien, ma vie est faite de risques. Pour moi, le risque est permanent. 

Il est dans votre métier, il existe dans la boxe...
...La pratique du sport, le plaisir qu’il procure dépasse le risque. Je me dis tout le temps: fonce et prépare-toi bien.

Le mal, la vie

Avoir mal, est-ce une souffrance pour vous?
Non, car «J’ai mal, donc j’existe.»

À plusieurs reprises, vous auriez dû affronter, titre mondial en jeu chez les welters, Cécilia Breakhus qui aura 39 ans le 28 septembre, née en Colombie mais adoptée à l’âge de 2 ans par un couple de Norvégiens...
...-Oui, mais pour des raisons diverses, cela ne s’est jamais fait. Elle détient la ceinture chez les welters des 5 principales fédérations mondiales. Vu son âge, peut-être décidera-t-elle de stopper sa carrière. Le titre serait alors vacant.

Étant championne d’Europe, est-ce l’assurance pour vous d’être désignée...
...Pas du tout. Aujourd’hui, on n’a pas de nouvelle la concernant. Il me faut un objectif pour continuer, du concret. De surcroît on sort du Covid mais des gens attendent quelque chose. Je suis dans le TOP 10 mondial. 

Jusqu’à quand pensez-vous boxer?
C’est une bonne question (elle sourit). J’ai 31 ans, j’envisage de lever un peu le pied. Professionnellement, je me suis réalisée. J’ai tous les permis de conduire (sauf celui d’hélicoptère). S’il existe une opportunité de boxer, alors on avisera. 

Un côté masculin

Qu’est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
(Du tac au tac)-Tout! Je suis très reconnaissante et gratifiante. Ma chance ou mes chances? J’ai une santé de fer et une famille formidable. Oui, j’ai toujours pu faire ce que je voulais faire, de pouvoir être ce qu’on veut être et le devenir. D’avoir eu toutes les cartes en main et de ne pas en perdre une. Tenez: depuis l’été 2018, je tatoue des gens. J’ai suivi une formation cette année-là. Je reste dans le dessin, mais je peins moins qu’avant. L’écriture, je l’ai aussi délaissée. 

Parce que vous avez bénéficié de beaucoup de possibilités et su les fructifier...
...Pour moi, tout le monde peut devenir ce qu’il souhaite. Après, toute est une question d’envie et de volonté. Nous avons tous un potentiel qui englobe aussi bien la philosophie, la résilience et l’acceptation.

Pourquoi faites-vous ce métier dans la sécurité?
C’est dû à mon côté masculin. J’aime les motos, les armes à feu, la boxe. Je n’ai jamais joué avec des poupées. De l’extérieur, cela ne se voit pas. Je suis transparente et franche. Chez moi, c’est jusqu’où je peux aller trop loin. Dans le privé, j’étais la seule femme à exercer dans ce domaine. Aujourd’hui? Il y en a très peu. J’aime à dire, et je leur en suis reconnaissante, que mes parents m’ont faite femme avec un cerveau d’homme.

Palmarès

  • Ornella Domini est née le 2 novembre 1988 à Genève.
  • Elle a commencé la boxe en 2007. Professionnelle depuis  2013.
  • Sociétaire du Boxing-Club Genève. Son entraîneur, depuis 13 ans, est Samir Hotic. Le Boxing-Club Genève a une nouvelle salle sise à la Queue d’Arve, rue François-Dussaud 12 (Vélodrome de Genève, près des Vernets).
  • Le 7 mars 2020, elle a conservé pour la 4e fois mais pas d’affiliée au niveau des années, son titre européen -version EBU- des poids welters. 
  • En novembre 2018, elle a été battue par la Polonaise Ewa Piatkowska, titre mondial WBC en jeu (combat disputé en Pologne devant 8000 personnes). 
  • « Il y avait 50% d’hommes et 50% de femmes. »
  • À son compteur chez les pros: 17 combats, 15 victoires.
  • Elle est deux fois championne de suisse amateur, en 2009 et 2012.
  • Elle est trois fois championne romande.
  • Elle est membre du tir sportif l’Arquebuse et, en boxe, membre également de l’équipe Boxniaque Promotion.
     

 

Vidéos 

Ornella Domini titrée championne d'Europe, ici

Ornella Domini confirme son titre de championne d'Europe, ici

Ornella Domini confirme son titre de championne d'Europe, Facebook, ici

 

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