Philippe Perret, ancien grand footballeur | Coopération
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Philippe Perret, ancien grand footballeur

10 septembre 2020

 

Il y a longtemps que ses cheveux ont pris une autre couleur. «Ils ont grisonné avant mes 30 ans», dit Philippe Perret, le regard pétillant, sourire toujours en embuscade. «Mon papa était comme ça à 20 ans.» Hérédité. Sur le terrain, un signe distinctif chez le fils, au-delà de ses grandes qualités de footballeur et de compétiteur, numéro 6 hors-pair chez ce Xamax d’une époque qui ne l’était pas moins. «J’étais une machine, et à la fin, je carburais au Diesel.» Il a dit stop à 38 ans. Philippe Perret n’a connu qu’un seul seul club - rarissime -, disputé 540 matches - record pour l’éternité - et marqué 27 buts dans un rôle pourtant défensif, de récupérateur. «Quel est le geste que vous travailliez le plus à l’entraînement?» Du tac au tac, il répond: «La première passe, essentielle, sitôt le ballon récupéré; cette action, aujourd’hui, l’est toujours. À l’échauffement, j’avais besoin de réussir des passes simples, c’était très important pour la confiance et réussir mes matches.» 

Maçon et footballeur

Enfant, quel métier rêviez-vous de faire?
(Il sourit)- Maçon et footballeur, c’est ce que j’avais dit à mes parents. J’ai fait un apprentissage dans le bâtiment et joué au foot. J’ai travaillé (à 50%) dans l’entreprise de feu Gilbert Facchinetti (ancien grand président de NE Xamax). Dans les années 1980-1982, nous avions affronté Real Madrid en Coupe d’Europe. Des envoyés spéciaux d’un journal espagnol ont débarqué à Neuchâtel. Surpris parce qu’ils ont cru qu’on était pros, on leur a dit de se rendre à l’entreprise, où nous étions plusieurs à y travailler. Là, on a posé à coté de compresseurs de chantier et la veille du match, cette photo figurait dans les journaux de Madrid.

Vous avez joué durant 20 ans avec Neuchâtel. Cette fidélité, extraordinaire, l’avez-vous toujours bien vécue?
Ça a été 20 ans de bonheur, qui ont hélas trop rapidement passé. C’est Jean-Marc Guillou -il dirige une Académie en Afrique- qui a été le premier à me faire confiance. J’étais le petit jeune qui venait de La Sagne. Ensuite, il y a eu Gilbert Gress, avec lequel j’ai «vécu» 14 saisons. Ces deux entraîneurs m’ont marqué, grâce à eux j’ai pu me développer et avoir la carrière de footballeur que jamais je n’aurais imaginée. Le premier disait que rien est jamais acquis, que la progression passe par le travail et l’écoute; une philosophie, une façon de voir les choses, valable aussi dans la vie de tous les jours. 

Un mauvais perdant

Et Gilbert Gress?
Il nous cassait souvent les «bonbons» (sourire) mais il avait raison quand il nous disait: «Si tu veux durer, il faut avoir une hygiène de vie irréprochable.» 
Au niveau de l’exigence -résultat, performance-, sans oublier ses connaissances fantastiques sur tout ce qui a trait au football, il n’y avait pas mieux que lui pour nous faire sortir de notre zone de confort. Sur le terrain, j’étais un compétiteur, donc un mauvais perdant, mais dans le bon sens du terme. Au contact de Gilbert Gress, j’ai cultivé, j’ai renforcé toutes ces qualités. En dehors? J’étais une personne très agréable. Je le suis resté (sourire). De surcroît, j’ai eu la chance, aussi, d’avoir une épouse, une famille, qui a toujours soigné, privilégié le bien manger, ce qui est vital. Je n’ai eu qu’une fois une blessure musculaire. Hygiène et récupération sont deux maîtres-mots, qui m’ont accompagné, et qui me restent fidèles. 

À votre arrivée à Neuchâtel, vous avez été hébergé chez le président, à la villa...
...Oui, j’ai habité deux ans dans sa villa, en étant une personne à part entière de sa famille, Tout en évoluant avec Xamax, j’ai pu terminer mon apprentissage.

Au fil des saisons, histoire de vous adaptez, aviez-vous changé des choses dans votre préparation?
On a été deux fois champion de Suisse. On aurait dû l’être 4 à 5 fois. Si nous avions pu bénéficier des moyens connus aujourd’hui, ça se serait passé. Il en existait quelques uns mais pas suffisamment (développement athlétique, staff pour les travaux relatifs à la performance, etc). J’avais 30 ans quand j’ai commencé à travailler avec des machines pour développer ma musculation. Sur la fin, j’avoue que ma débauche d’énergie a parfois débouché sur un manque de lucidité. 

Jakobs, un mauvais!

En 1986, vous auriez eu l’opportunité de jouer avec Servette. Ça s’est joué à un jour près...
...Le 9 avril, je joue avec l’équipe de Suisse contre l’Allemagne. Le lendemain, je devais signer avec Servette.  Sérieusement blessé, je ne me jamais rendu à Genève. L’Allemand Jakobs m’avait méchamment tacklé -il n’a jamais présenté ses excuses- et je me suis retrouvé à l’hôpital, souffrant de multiples fractures au tibia et au péroné. Le jour d’après les dirigeants neuchâtelois sont venus me voir, prendre des nouvelles de ma santé et me proposer un contrat de 5 ans. La question était: est-ce que je vais pouvoir rejouer au foot? Là-Haut, il était écrit que je ne pouvais pas, ou que je ne devais pas, jouer avec Servette. J’avais 26 ans. 

Et Ditmar Jakobs?
L’histoire a voulu que durant la saison de Bundesliga, en voulant  sauver un ballon sur sa ligne de but, Jakobs a fini au fond de ses filets et s’est empalé le dos à un des crochets fixés à l’époque pour les tenir. Il a quitté le terrain, avec un crochet planté dans le dos. Le destin a aussi une vie.

Avez-vous un regret?
Oui, un petit, avec le recul. Ce n’est pas le fait de ne pas avoir pu jouer avec Servette, c’est de n’avoir pas pu vivre une expérience dans un autre environnement, un autre contexte, de ne pas avoir pu connaître un autre mode de fonctionnement. Ce qui est toujours enrichissant. Cela étant, à Xamax, j’ai tout eu, tout connu. On appelle ça de la fidélité. J’y ai joué jusqu’à 38 ans. J’ai fait attention à ne pas faire la saison de trop. Il me restait un an de contrat.

A l'Uni à 40 ans

Vous parlez de contrat...
...En fait, joueur, je ne me rappelle pas en avoir signé un. Avec M. Facchinetti, il suffisait d’une poignée de main. Mon statut? Je suis devenu joueur pro, en étant proche de la trentaine. Quand Roy Hodgson est arrivé. 

Depuis près de 20 ans, vous êtes maître d’éducation physique...
...Oui et j’exerce à Peseux, au Centre de la Côte. Après mon limogeage à YS (Yverdon, saison 2000-2001), je me suis retrouvé au chômage. Que faire? Un jour, ma femme me dit qu’un maître de sport était recherché à Saint-Blaise, commune où j’habite. Je postule, on m’auditionne, je suis choisi. À passé 40 ans, je me suis retrouvé comme auditeur à l’UNI de Neuchâtel, un établissement qui n’avait jamais accueilli des étudiants plus âgés je moi. Outre des formations complémentaires, j’ai dû suivre des cours à la HEP (Haute Ecole Pédagogique du Canton de Neuchâtel) pour obtenir mon certificat d’éducation physique, que j’ai acquis. Cet métier m’a tout de suite plu. J’ai voulu déjà m’y préparer à 20 ans, mais j’étais footballeur. Alors, j’ai remis ça, 20 ans plus tard.

Quel est l’entraîneur le plus drôle que vous ayez eu?
Law Mantula. Il avait une vieille Citroën. On partait en courant des Fourches à Saint-Blaise -site d’entraînement à l’époque -, il nous attendait avec sa voiture à Cornaux et nous disait de repartir en sens inverse. 

Et le plus surprenant, ou déstabilisant?
Roy Hodgson. Avec lui, je n’ai pas toujours compris le pourquoi du comment. C’était personnel.

Et l’entraîneur que vous n’avez pas compris?
Erich Vogel (de GC, ancien manager). Sans doute à cause d’une question de langue, il n’a pas toujours été connecté avec le groupe.

Que détestez-vous par dessus tout?
La suffisance.

À part vous-même, qui aimeriez-vous être?
(Rire)-Je suis bien en moi-même. En revanche, j’aimerais bien connaître Pep Guardiola et Christian Gourcuff, deux grands entraîneurs amoureux du beau jeu. 

Palmarès

  • Philippe Perret est né le 17 octobre 1961 à La Sagne.
  • Ancien footballeur. Milieu terrain, numéro 6. Depuis 4 ans, il est à NE Xamax. Après avoir été durant 2 ans l’entraîneur des M18, il s’occupe aujourd’hui des M21.
  • Au foot, il a fait toutes ses classes à La Sagne. Puis a évolué durant toute sa carrière avec NE Xamax (20 ans, 540 matches, 27 buts).
  • Avec Xamax, il a été deux fois champion de Suisse (1986-1987, 1987-1988). Il n’a jamais gagné la Coupe de Suisse. « C’est mon autre regret. »
  • Il a été international suisse à 14 reprises (de 1983 à 1988). 
  • Avec Xamax, il a disputé une cinquantaine de matches de Coupe d’Europe. 
  • Avec l’équipe de Suisse il a affronté l’Argentine. «A cette occasion, j’ai croisé Maradona sur mon chemin. »
  • Il a été entraîneur-assistant à Xamax (coach Alain Geiger). 
  • Il a entraîné Yverdon (2000-2001, succédant à Lucien Favre), Fribourg (2002-2004), La Chaux-de-Fonds (2004-2007), Serrières (2007-2008), Bienne (2008-2013), Fribourg (2013-2015), Yverdon 2016-2017).
     

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