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Rachel Moret, championne de tennis de table

05 mars 2020

 

Il y a de la douceur et des sourires chez elle et son regard n’est pas mal non plus. Mais sitôt la raquette dans sa main gauche -elle est gauchère naturelle- Rachel Moret, 30 ans, est une jeune femme qui s’enflamme les yeux rivés sur 
la petite balle giflée de 2,7 grammes et de 40mm de diamètre. Dans le jeu et ses nuances, la Vaudoise donne tout, sans aucune lourdeur. Les ingrédients pour la haute pratique de son sport? «Il faut avoir de l’explosivité, un bon jeu de jambes, une bonne coordination et un sens de l’anticipation», dit-elle peu après une séance d’entraînement. On a rencontré Rachel Moret le 7 février, à la veille du Top 16, tournoi réunissant les 16 meilleurs européens du moment,  qui s’est déroulé à la salle du Pierrier à Clarens, localité sise sur la commune de Montreux.

La passion du sport

Ancien président de la Fédération de Suisse de tennis de table, président du Comité d’organisation du Top 16 Montreux et Chef du Service des Sports du Canton de Vaud, Nicolas Imhof fait l’éloge de Rachel Moret. «Elle a un sens du sacrifice énorme et une volonté extraordinaire parce qu’accepter de faire tous ces efforts à 30 ans, c’est avoir la passion du sport. D’autant qu’elle ne doit gagner que 2 à 3000 francs par mois, sans être certaine de se qualifier pour les JO. Mais sa progression se poursuit toujours. Elle a décidé, un jour, de partir dans un pays mieux structuré (la France). C’était un choix difficile à faire, courageux mais indispensable.»

Elle vit à Nîmes

Depuis 3 ans, la native de Préverenges vit à Nîmes et est sociétaire de l’ASPTT de cette ville (club omnisports). Pourquoi cet exil sportif? «En France j’ai trouvé des conditions autrement plus performantes qu’ici», poursuit souriante Rachel Moret, la meilleure joueuse suisse depuis des lustres. « À Nîmes, les conditions sont idéales, il y a un encadrement extra, avec 4 entraîneurs professionnels, un préparateur physique et mental. Régulièrement, j’affronte des joueuses de haut niveau et ces oppositions, qui ne sont pas possible en Suisse, te permettent de progresser. Cette situation te pousse à être meilleure, je profite au maximum de cette possibilité, de cette opportunité-là.» Au 7 février, la Vaudoise occupait le 82e rang mondial et le 33e en Europe.

Pensez-vous encore améliorer votre classement au niveau mondial?
(Elle sourit)-Si je suis à un moment donné 78e ou 79e ça ne va pas changer ma vie. Je ne me fixe pas de limite ni d’objectif. Mais en cette année olympique -JO de Tokyo-, j’aimerais dans l’année, ou plus tard, me rapprocher du Top 50. 

Tokyo dans le viseur

Vous parlez des JO. Vous ne vous étiez pas qualifiée pour les Jeux de Rio en 2016. Et pour ceux de cette année?
Je vais participer à deux tournoi -Europe et Mondial-, à Moscou en avril et à Doha en mai. Les qualifications se feront à la table. Pour aller à Tokyo, Il reste une quinzaine de places à attribuer. Mes chances de qualification? Je les situe à 50-60%. (Nicolas Imhof: «Si Rachel Moret se qualifie, ce que je souhaite, elle serait la 1ère joueuse suisse de l’histoire, d’origine suisse issue de la formation suisse, à y parvenir. Rachel Moret est la meilleure joueuse helvétique de l’ère moderne, et de loin.»

Au classement mondial, les Asiatiques ne laissent que très peu de miettes aux Européennes. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Les jeunes, et ils sont des millions, commencent à jouer au tennis de table à 4-5 ans. Ils ne font pas d’études (universitaires, par exemple) et ils partent tôt dans des Centres où ils sont pris en charge la semaine. Les parents récupèrent leurs enfants pour le week-end. Comme les familles ont très peu d’argent, elles s’accommodent de ce mode de vie.

Elle est heureuse

Vous êtes professionnelle dans votre sport, gagnez-vous bien votre vie?
Je gagne juste assez pour vivre en France, mais pas en Suisse. Comme je ne compte pas mes sous à la fin de chaque mois pour savoir ce qu’il me reste, je suis heureuse. Je voyage tellement, que ça compense. Qui subvient à tout ce qui est lié aux déplacements? En France, c’est mon club et pour ce qui est aux voyages à l’étranger, c’est la Fédération de Suisse.

Vous voyagez beaucoup?
Oui. Au mois de novembre dernier, par exemple, j’ai pris 20 fois l’avion. J’avoue  que j’en pouvais plus. Mais j’ai encore des rêves, être aux JO en est un. 

Qu’est-ce qui pourrait vous faire arrêter les tennis de table?
Une blessure, une grosse fatigue mentale. Le fait que les résultats ne suivent plus pourrait avoir une influence sur mon avenir, me faire réfléchir. Mais je suis bien entourée à Nîmes. Je n’ai pas de week-end et je n’ai pas de vacances. Je vois peu ma famille. L’autre soir je ne l’ai vue que 30 minutes. Mais c’est ma vie, je suis une passionnée. 

En pleine maturité

Que ressent-on quand on a 30 ans dans le monde du tennis de table...
(Elle sourit)...On n’est plus dans les jeunes, mais on ne situe pas non plus dans les « vieilles », de loin pas parce que dans ce sport, la maturité se situe à plus de 30 ans et largement (Un exemple: l’Allemand Timo Boll, le Federer du tennis de table, qui a 38 ans, bientôt 39).

Quel aspect travaillez-vous le plus, qui pourrait vous faire encore grandir?
Au plan physique, je me suis nettement améliorée. Je travaille le côté mental, la concentration qui est une zone très importante. J’ai déjà battu des Top 40, donc c’est possible. Je dois croire à ça, parce que je l’ai déjà fait, me dire que tout est possible tout le temps. Peu de chose sépare la 40e de la 80e, c’est là que le mental fait souvent la différence.

Combien de temps allez-vous encore jouer au plus haut niveau?
Je ne sais pas. Mais encore 4 ans, sûrement, jusqu’aux prochains JO qui se tiendront à Paris en 2024.

Et après...
...L’enseignement est mon autre passion. Je suis diplômée de la Haute École Pédagogique du Canton de Vaud. J’aime être avec les enfants. Pourquoi pas aussi leur apprendre à jouer au tennis de table? J’ai déjà entraîné à ce niveau, mais pas longtemps.

Palmarès

  • Rachel Moret est née le 23 novembre 1989 à Morges.
  • Elle est au bénéfice d’une double nationalité: suisse «Et italienne, du côte de ma mère.» 
  • Elle a effectué sa scolarité à Préverenges, à Morges puis à Lausanne, à l’UNIL.
  • Elle est au bénéfice d’un diplôme de la Haute École Pédagogique du Canton de Vaud. 
  • Le tennis de table est apparu pour la première fois dans le programme des JO à Séoul, en 1988.
  • Championne de tennis de table. Elle a commencé ce sport à 14 ans. 
  • À son compteur, elle totalise en tout 21 titres de championne de Suisse (élite, double mixte et double dame).
  • Elle a participé à de nombreux championnats du monde et d’Europe.
  • En France, elle dispute les interclubs.
  • Elle a remporté une fois l’Open du Chili.
  • En 2019, elle est 87e mondiale. En février de cette année, elle occupe le 82e rang (le 33e en Europe).
  • En 2014, première apparition dans le Top 200 mondial. 1ère à l’Open du Luxembourg par équipes. 
  • En 2013, elle est 1ère au Top 8, compétition regroupant les 8 meilleures joueuses évoluant en Suisse.
  • Aux JO universitaires à Kazan, 1/16e de finale en simple. En 1/8 de finale par équipe et en double dame. Elle est première au tournoi de Mulhouse et quart de finaliste au Swiss open à Lausanne. 

 

Vidéos

 

Rachel Moret au tournoi de Montreux

 

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