X

Recherches fréquentes

Raphaël Monachon, entraîne le relais 4x100m dames et est enseignant en éducation nutritionnelle

12 mars 2020

Il travaille dans l’ombre et la discrétion et c’est dans sa nature; qu’il respecte, qu’il ne veut surtout pas bousculer. Pourtant Raphaël Monachon, 47 ans, sait que cette année il sera un peu plus dans la lumière, depuis qu’il est entraîneur du relais 4x100m des dames qui séduit et pas que par le charme qu’il dégage. Cette année, il y aura les championnats d’Europe à Paris (25 au 30 août) et un peu avant les JO à Tokyo (24 juillet-9 août) événement pour lequel «ses» filles sont déjà qualifiées (Del Ponte, Atcho, Kambundji et Kora). Et après, que fera-t-il? Stop ou encore?

Il va, Raphaël Monachon, jusqu’à fin août être davantage sollicité. «Cela fait partie du travail. Je vais le faire avec plaisir pour les besoins de la Fédération et de l’équipe» Mais pas plus, promis car il n’est pas du genre à rechercher la notoriété. Ni à courir après. Son travail consiste, aussi, à protéger ses athlètes vis-à-vis de l’extérieur. Le Jurassien qui connaît la musique du haut niveau est un homme naturellement humble, respectueux et respecté. Rassurant.

Photo et diététique

Dans votre travail, vous devez faire preuve de rigueur mais, croit-on savoir, vous aimez aussi créer...
...J’adore le côté créatif, mais j’aime savoir où je suis et ce que je fais. J’aime la photographie. Observer. Aux entraînements, aussi. Je suis dans la minutie et le détail. Ne suis-je pas issu d’une région horlogère? Si je prends beaucoup de photos? J’ai le matériel mais je n’ai pas suffisamment le temps qui va avec ce matériel. J’adore aussi la cuisine...

...J’ai fait des études en diététique. Ma formation, je l’ai faite à Paris. J’ai le BTS (brevet de technicien supérieur), un diplôme national de l’enseignement reconnu en Suisse. Je suis enseignant en éducation nutritionnel à Corgémont. Poste que j’occupe à 50%. J’ai environ 70 élèves. Je consacre les autres 50% à l’athlétisme. Avec les filles du relais, je ne parle jamais de nutrition. Ce n’est pas mon rôle ni dans mes attributs. À moins qu’elles me posent des questions. 

Avez-vous des attentes au niveau personnel...?
Je n’ai pas d’attente particulière, sinon celle d’avoir du temps pour moi-même. Pour ma famille aussi et bien sûr. C’est un luxe que j’aimerais me payer. Dans la vie d’un entraîneur, il y a des échéances. Ma difficulté: c’est ôter cette réflexion permanente. Pour être plus libre. Si le passé m’a donné de l’expérience, c’est le futur qui m’intéresse, ce qui est devant. J’avoue que, dès fois, c’est compliqué d’oublier. 

Vers quel futur?

Avez-vous été tenté au jour d’arrêter l’athlétisme, de quitter son monde...
...Je dois avouer que je suis dans la réflexion. Je suis souvent absent, loin de la maison plusieurs week-end de suite. J’ai une famille. Chez moi, les décisions se prennent en famille.

Et avez-vous des attentes au niveau sportif?
Le Graal serait de remporter une médaille avec le relais 4x100m. Cela serait une consécration pour les filles, pour des personnes, pour le projet du relais, né en 2011. La première grosse attente pour moi, ça a été à Berlin en 2018, à l’occasion des Européens (le relais 4x100m des dames y a terminé 4e).

Alors athlète, y a-t-il eu des moments où vous avez douté de votre réussite?
Oui, souvent. J’ai connu des blessures et des interrogations: est-ce que je vais pouvoir revenir? Par chance, je suis quelqu’un de plutôt positif. Durant quelques années j’ai été mon propre entraîneur, je planifiais mes entraînements, je faisais le maximum pour les suivre à la lettre. On parlait de rigueur. Je me la suis mise. Pour le 4x100m? Il y a toujours des réflexions,  il faut être au top le jour J, il y a toujours de petites appréhensions. 

Dans la ligne

Si vous deviez vous définir en 3 mots, quels seraient-ils?
Perfectionniste, je sais ce que je peux faire mais surtout ne pas faire. Créatif et empathique. Au niveau de ma nutrition, je ne suis pas rigoriste. Par exemple, je mange du chocolat et des chips. Je ne mets pas d’interdit. En alimentation, c’est la pire des choses. 

En athlétisme, existe-t-il une méthode Monachon?
(Il sourit)-Non. J’ai travaillé avec Laurent Meuwly (ancien entraîneur du relais, il travaille aujourd’hui aux Pays-Bas), des choses ont été mises en place. Je suis juste dans la ligne, tracée par Laurent et d’autres personnes avant. La méthode a été éprouvée. J’ai juste installé de petits exercices mais rien de plus. Les filles ont l’habitude de travailler ensemble. Entre elles, il existe une émulation, qui les sublime.

Compromis à trouver

Malgré leurs différents engagements à l’étranger, sont-elles souvent présentes pour des entraînements en commun?
On parvient à se réunir 4 à 6 fois par année. Pour travailler convenablement, il s’agit d’un minimum. On doit respecter leurs occupations, trouver s’il le faut des compromis. J’en cherche et on discute. Il arrive qu’il y ait des entraînements en plus pour certaines.

Etes-vous à l’écoute de vos athlètes? Interviennent-elles dans les discussions?
Oui, il y a des échanges. Je propose, nous discutons. Il faut tenir compte de la fatigue du groupe, de chacune. La technique étant de qualité, ça permet d’aller très vite. 

Que manque-t-il au relais 4x100m pour franchir un autre cap?
Il faut que les filles continuent de se développer au niveau de la performance pure, de s’améliorer dans la vitesse lancée. De grands pas ont été accomplis dans ces deux sens. Le record de Suisse est de 42’’18 (chrono de qualité fixé aux Mondiaux de Doha en 2019). Il peut être battu, j’en suis certain, sachant, toutefois, qu’il sera de plus en plus difficile de grignoter des centièmes ou des dixièmes. En plus d’être spectaculaire le relais a une autre attractivité: une fois vous êtes devant, une autre fois vous êtes derrière, rien est donc évident dans ce genre de discipline, très technique. 

Un graal après l'autre...

Mais l’objectif est de...
...on ne se met pas de pression, mais des buts, l’un d’eux consistant à courir en moins de 42’’. Ce qui serait un autre Graal, dans le mesure où le gain d’une médaille (le métal n’a pas d’importance quoique...) dans un événement majeur demeure le Graal majuscule. 

Etes-vous un entraîneur rigoureux?
J’y suis obligé. Oui, je suis quelqu’un de très réfléchi, organisé et rigoureux. Comme on a peu d’entraînement ensemble, il faut travailler de façon précise. Nous travaillons, entre autres, avec des cellules chronométriques, destinées à mesurer les transmissions. Je mets les filles sous pression (il sourit). Notre autre outil de travail est la vidéo. Pour aller à Paris, il faut être dans le Top 16. On s’y trouve, il faudrait un cataclysme pour qu’on n’y soit plus. L’Allemagne, les Pays-Bas la Grande-Bretagne ont des chronos qui avoisinent le nôtre.

Etes-vous présent sur les réseaux sociaux?
Non, mais après les mondiaux de Doha (fin septembre-début octobre de l’année dernière), j’ai réactivé Facebook. Cela m’a permis de remercier des personnes qui m’ont félicité. De pouvoir leur répondre. Si j’y suis toujours? 
Oui, jusqu’aux JO de Tokyo.

Vous avez détenu le record de Suisse en 13’’48 (2000). Aujourd’hui, il est de 13’’39, propriété de Jason Joseph. L’écart est de 9 dixièmes seulement. Est-ce à dire que vous étiez en avance sur votre époque?
(Il rit)-En avance? Je ne sais pas. Jason est une pépite. Il possède le profil du hurdleur moderne: Il est rapide et puissant. Entre nous, il y a eu Kundert (13’’41) qui était un bon sprinter aussi. Mais ça ne suffit pas, il faut avoir une technique hors pair.

Palmarès

  • Raphaël Monachon est né le 8 février 1973 à Sonceboz.
  • Ancien grand spécialiste du 110m haies.
  • Il a effectué des études à l’UNI de Neuchâtel en biologie, sport et géologie. «Je n’ai pas terminé biologie et géologie. »
  • À 11 ans, il s’inscrit au club de Courtelary. Il y est toujours.
  • En 2004, il met fin à sa carrière après avoir obtenu 11 titres de champion de Suisse obtenus sur 110m haies ou 60m haies.
  • Il a participé aux Européens en salle de Stockholm (14e). Il a été demi-finaliste aux Européens de Vienne, sur 60m haies. Il a à son compteur un championnat du monde en salle (60m haies). 
  • Il a participé aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000.
  • Il a détenu le record de Suisse du 110m haies avec 13’’48 (août 2000). Record actuel, 13’’39 détenu par Jason Joseph, depuis 2018.
  • Son record personnel sur 60m haies est de 7’’69 (1998).
  • Depuis 2018, il est l’entraîneur du 4x100m des dames (élite). Il est également entraîneur national des spécialistes des haies hautes (filles et garçons).

 

Retour au blog