Sandrine Ray, ancienne hockeyeuse internationale | Coopération
X

Recherches fréquentes

Sandrine Ray, ancienne hockeyeuse internationale

17 décembre 2020

 

Depuis le 4 novembre, il existe une ligne d’écoute - Ligne Holistic Sports - une helpline pour les sportifs de haut niveau, pour les espoirs fréquentants les centres de formation (par exemple) pour tous les athlètes qui placent leur identité dans leur sport, ainsi que leur entourage. Ils vivent dans une bulle, avec pas, ou peu, de possibilité de voir autre chose. Ils sont en décalage avec leur entourage et vivent souvent loin de leurs proches. 

Ancienne internationale de hockey sur glace, qui a vécu le doute, la détresse et son lot d’émotions, Sandrine Ray, 37 ans, aumônière du sport, et également accompagnatrice en sport adapté, à la Maison Bethel à Blonay, a collaboré à la création de la ligne avec l’association française Holistic Sports. Elle, qui a également suivi une formation pour accompagner les personnes abusées, fait partie intégrante des écoutants. «Nous sommes 7, nous assurons une permanence à tour de rôle, 7 jours sur 7, de 10h à 22h».
Le numéro de téléphone? +33 805 385 285 «Le standard est en France, cependant le numéro est gratuit avec un téléphone fixe. Avec un mobile, le coût de l’appel varie en fonction de l’abonnement de la personne», précise-t-elle. La teneur des premiers appels? «Jusqu’à présent, il y a surtout eu des questions pratiques, par rapport à la crise sanitaire. Nous offrons une première écoute. Le but, aussi, c’est que la personne, qui n’a pas l’obligation de donner son nom, via cette ligne de secours, sache qu’elle n’est pas seule. La personne qui appelle, qui parle, entame une première démarche, c’est déjà un bon signe.»

 

Eviter les drames

Pourquoi avoir mis en route cette ligne d’écoute? 
Il y a peu, deux jeunes sportifs se sont suicidés: un footballeur, un espoir qui jouait dans un club anglais, et un athlète italien. Deux drames de trop, car il y en a eu d’autres. Le sportif de haut niveau est à fort risque suicidaire (puis, après une courte pause) Le suicide, c’est la solution définitive donnée à un problème temporaire. Or, rien n’est jamais terminé car la vie offre très souvent d’autres opportunités. 

Le sentiment de peur est-il prioritaire?
Il y a la peur, les angoisses et aussi beaucoup de détresse, de la souffrance psychique, entre autres. Tout le monde voit un sportif comme quelqu’un de fort, qui peut tout gérer lui-même. C’est une idée fausse. Le sportif est un être humain, qui a un corps, une âme, des émotions, une fragilité. Tout est lié. Dans les programmes sportifs chargés, il n’y a souvent pas de moments, ni d’espaces pour parler de l’angoisse, des émotions, de la dépression, etc.

Mais, comme dans d’autres domaines de l’existence, il éprouve de la peine à parler, à avouer...
...Le sportif, puisqu’on parle de lui, fait partie d’une population qui éprouve de la peine à parler, à se dévoiler , à demander de l’aide. Le fait de franchir ce pas, c’est se montrer vulnérable.

Dette morale lourde

Pourquoi ce silence?
Vers qui les athlètes peuvent-ils se tourner? Même les parents ne sont pas neutres. Très souvent, ils ont tout sacrifié pour leur enfant (garçon ou fille), devenu un sportif, un espoir, ou de haut niveau. Ils se sont investis financièrement et à bien d’autres niveaux. L’athlète vit avec cette dette morale envers sa famille. Elle peut être particulièrement lourde à porter, lorsque le sportif n’atteint pas les résultats escomptés ou qu’il souhaite arrêter sa carrière sportive. Alors même si les parents sont là, imaginez combien il est difficile pour lui, ou pour elle, de leur parler de problèmes dans sa vie de sportif. 
L’idéal serait qu’il puisse se confier à un ami. Or, souvent, les personnes entourant un athlète agissent dans le milieu du sport. 

Le fait pour un sportif de se préparer durant 4 ans pour des JO et de les voir repousser a-t-il des répercussions néfastes, voire gravissimes...
...Oui, parce que tout a été planifié, les programmes d’entraînements et la préparation olympique est longue. Les athlètes amateurs ont dû trouver des solutions, que ce soit au travail ou dans les études, sans parler des congés sabbatiques que certains prennent pour participer aux JO. Certains perdent leur travail tant le temps accordé à cette préparation est conséquent. J’ai personnellement vécu ça pour les JO de Turin en 2006. Psychologiquement, c’est aussi une préparation quotidienne durant des mois et puis 3 semaines, tu fais gaffe à tout ce que tu fais, même dans les détails les plus débiles. Tu penses olympique et tu dors olympique, tu manges olympique. Ça prend toutes tes pensées. Quand on sait ce que ça veut dire, entraînements physique et mental, sacrifices énormes, oui, entendre le mot «reporté» c’est terrible. Quelqu’un qui n’est pas sportif à certainement beaucoup de peine à comprendre tout ce qu’un report de quelques mois peut signifier. 

Attente et incertitudes

Sans parler de l’attente...
...Un an d’attente, c’est long. Il y a aussi l’incertitude de la qualification, la peur d’une blessure. Pour ceux qui étaient prêts en 2020, ce report peut être dévastateur. D’ailleurs, plusieurs athlètes ont jeté l’éponge et pris leur retraite sportive. Il y a aussi bien sûr des gagnants, ceux qui, blessés ou en convalescence, ont un an pour se remettre, retrouver la forme. Ceux qui n’étaient tout juste pas qualifiés et qui peuvent encore atteindre les minima. Mais d’une manière générale, l’incertitude qui se prolonge, c’est une angoisse, elle est sérieuse, Le monde du sport, comme celui de la culture, est sans parachute. 

Les réseaux sociaux, les médias sont aussi sources de pression.
Bien sûr. Dans le sport, tu gagnes, tu perds, c’est très catégorique, c’est tout ou rien. Pour un sportif, il est très difficile de nuancer ça. En plus, tout ce que tu fais ou dit est vu, analysé et commenté par des milliers de personnes. Un problème lors d’une compétition, une erreur, un pétage de plomb fait vite le tour du monde, reste dans les mémoires et circule pendant longtemps sur les réseaux sociaux et moteurs de recherches. Cela peut aussi amener une grande détresse et avoir de graves conséquences. 

En mémoire, avez-vous un exemple?
Oui, il concerne les danseurs sur glace français Papadakis-Cizeron et cela s’est passé en 2018, aux JO de Pyeongchang. Lors du programme court, le tour de cou de Papadakis se détache suite à un léger mouvement (le 2e) de son partenaire et laisse apparaître la poitrine de l’athlète. Ce sont des années de préparation, des centaines d’heures avec un sens du perfectionnement permanent qui sont en perdition à cause de ce genre de détail. Mais plus que cela, pour l’athlète, tous les commentaires se dirigent vers cet incident et leur belle performance passe au second rang. C’est un cauchemar, je le comprends. Je ressens ce qu’a pu être leur douleur. Psychologiquement, c’est compliqué à vivre (Les Français ont terminé 2e, sans cet incident, ils auraient remporté la médaille d’or).

Votre approche est holistique...
...Nous prenons en compte la personne dans sa globalité: corps, âme, esprit. Tout est lié. Montaigne disait: «Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps que l’on dresse, c’est un homme.» Nous avons une écoute générale. Et si la personne nous demande une aide spirituelle, nous entrons aussi en matière. 

Palmarès

  • Sandrine Ray est née le 11 mai 1983 à Orbe.
  • Ancienne hockeyeuse internationale. Ailière.
  • En tant qu’aumônière en milieu sportif, elle offre un service à tous les sportifs (femmes et hommes) mettant leur identité dans le sport (au niveau national).
  • Elle a commencé le hockey à l’âge de 4 ans au CP Yverdon, où elle a évolué avec les garçons jusqu’à l’âge de 15 ans.
  • Elle a évolué avec l’équipe de Suisse durant 7 ans (plus de 100 sélections).
  • Elle est internationale à l’âge de 16 ans.
  • Elle a participé à 5 championnats du monde; le premier en 1999. Avec l’équipe de Suisse, elle a participé aux JO de Turin en 2006. 
  • Pour la petite histoire, le hockey sur glace féminin entre aux JO en 1998.
  • A joué avec Lyss en LNA durant 4 ans et avec Lugano (4 saisons aussi). Avec 
  • le club tessinois, elle est championne de Suisse.
  • En tant que consultante pour le CIO, elle est allée aux JO de Sotchi en 2014.
  • Elle était aumônière officielle aux JO paralympiques de Rio en 2016.
  • Elle a joué avec le HC Prilly féminin (LNB, 2009 à 2014).
  • Elle entraîne au HC Lausanne féminin (3 équipes: Lausanne, Prilly et loisir).

 

Retour au blog