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Sandrine Ray, cette ancienne grande hockeyeuse a connu des JO.

27 février 2020

 

Il y a de la douceur chez Sandrine Ray, 36 ans, ancienne grande hockeyeuse internationale et son discours est teinté d’aujourd’hui, parfois branché, elle qui est aumônière en milieu du sport, entre autres activités. La boulimie ne l’effraie pas; au contraire, elle la nourrit. «J’ose, je suis une fonceuse. Au hockey j’étais une ailière, rapide; ma réputation était d’aller gratter dans les coins, à la mine, pour y aller gagner la rondelle.» Elle sourit. Son sourire est beau et il est large. «Comme mon gabarit n’est pas grand, j’ai compensé avec du caractère.» 

Pour un but...

Pour un but, un tout petit but, l’équipe de Suisse féminine de hockey sur glace ne se qualifia pas pour les JO de Salt Lake City de 2002. «Quand j’avais 8 ans, je rêvais déjà des JO. En 2001, lors de la phase qualificative, tout s’est écroulé. On a échoué d’un but contre le Japon (2-2). Pourtant, nous étions meilleures. J’avais tout misé sur ça, sur les Jeux, y aller. J’habitais à Yverdon, je travaillais à Genève et je jouais avec Lyss. Le week-end, il y avait des camps. Mon rythme de vie était fou. Mon papa étant malade, la maison n’était pas un lieu de ressourcement pour moi. Il fallait que je sois bonne un peu partout. Il n’y avait pas de place pour les amis.»

Et un jour, vous avez donné votre vie à Jésus.
Oui, en 2000, j’étais en pleine réflexion existentielle. Comment je vais tenir le coup avec mon rythme de vie, comment je vais donner vie à tout ça? Un jour, je me suis rendue à Leysin pour patiner, il y avait un camp chrétien de hockey sur glace. Ils y vendaient des nouveaux testaments (une nouvelle édition), entrecoupé de témoignages sportifs et j’en ai acheté un. Ma maman et ma grand-maman sont chrétiennes et je me demandais si Jésus pouvait être la réponse à mes questions.

Battue sur la glace, dans quel état étiez-vous après le match contre le Japon, en sortant de la patinoire?
Détruite et anéantie. C’est là, à la sortie du match que j’ai crié à Dieu et reçu la paix intérieur et c’était incroyable. Dieu m’avait retiré mon rêve et donné la paix intérieure. Jésus, c’est un ami, il est toujours là. Je lui ai donné ma vie, c’est un cheminement.

Grâce à un but...

Et, quatre ans plus tard, vous participez aux JO de Turin de 2006...
...Oui, et c’était inattendu. Jamais je n’ai pensé à avoir un deuxième cadeau. Dans ma situation, j’étais un peu confuse, c’était un test, les JO avant Lui et je me retrouve aux Jeux. Je me suis dit: «Il est fou ce Dieu. Il me donne déjà tout et me voilà aux JO.»

Et cette fois, grâce à un but, encore un but...
...Nous avions affronté l’équipe de Chine, chez elle. Blessée, je n’y étais pas hélas mais j’avais suivi le match en direct sur internet. Trois semaines avant, je m’étais cassé un poignet. Je me suis dit: «Décidément, Il ne veut pas.» 

Une fois encore, le scénario du match a été un peu fou.
Le score? 2-2 à 2 minutes de la fin du match et ça suffisait pour les Chinoises. Elles jubilaient. Le problème, c’est que sur la fin, le chrono n’a pas été stoppé à plusieurs reprises lors d’arrêts de jeu. Les arbitres ont constaté ça et ont décidé de rajouter 10 secondes. C’était un minimum. Par conséquent, il n’y avait plus aucune possibilité pour la Suisse de déposer un protêt. Nous avons marqué à 4 secondes de la fin. C’est le sport, il génère beaucoup d’émotions et de renversements de situations.

Après les JO de Turin, vous avez effectué un tour du monde en bateau...
...Oui, mais un tour du monde incomplet, de 2007 à 2009, nous avons parcouru toute l’Asie du sud-est et le Pacifique. C’était dans le cadre d’un projet humanitaire. Sur le bateau, on était 350, de 50 nations différentes. J’étais matelot quelques mois, puis pompière. Le travail était physique et manuel. C’était génial car ça m’a permis d’apprendre plein de trucs sur le tard. On avait un jour de congé. J’ai «monté» une petite équipe de hockey et on a même disputé un match à Kuala Lumpur, dans un centre commercial. 

L'humain avant tout

Vous êtes aumônière en milieu sportif (à Athletes in Action, l’antenne se trouve à Zurich), mais également accompagnatrice en sport adapté...
...L’accompagnement en sport adapté consiste à faire du sport avec des gens porteurs de handicaps. L’accompagnement sportif a un rôle inverse de celui d’aumônière en milieu sportif car là, j’utilise le sport comme outil de travail. Je travaille à la Maison Béthel, établissement médico-social accueillant en cours séjours des personnes souffrants de problèmes psychiques. Dans mon rôle d’aumônière auprès des sportifs, en revanche, ma mission est de venir en aide au sportif ou à la sportive (professionnel(le) ou pas mais qui place son identité dans le sport), qui éprouve des difficultés d’ordres divers. Un athlète qui est en colère ou en joie, c’est autorisé. Depuis petit, les émotions de la tristesse et de la peur ne sont pas autorisées pour les sportifs. Mon rôle peut être de leurs donner un espace d’expression et éviter un isolement. Si les athlètes n’ont pas d’espace pour exprimer leurs émotions, ils risquent de vivre des difficultés par la suite.

L’être humain est au centre de tout...
...Oui, l’aumônier s’intéresse à l’humain derrière l’athlète et accompagne la personne indépendamment de ses performances. J’aime à dire (à affirmer) qu’un coach mental ne suffit pas.  Il n’est pas équipé pour prendre en charge, subvenir aux situations où la vie du sportif reprend le dessus. Lors d’un drame (blessure grave, décès d’un proche, maladie, etc), l’athlète doit pouvoir avoir quelqu’un de présent avec lui, pour cheminer et prendre la ou les bonnes décisions pour sa vie et sa carrière sportive. 

Une deuxième chance

Quels sont les messages que vous passez en tant qu’aumônière? 
Chez les sportifs, il y a souvent deux états d’esprit: celui basé sur la performance (échec considéré comme une crise) et l’autre focalisé plutôt sur le sens de ce qu’ils font. Pour ceux dont la performance détermine tout, je leur rappelle que dans la vie, rien est jamais terminé, que la vie offre souvent d’autres opportunités. Lors d’un échec, les jeunes disent tout de suite: «Ma vie est foutue.» On est souvent dans le tout et le rien. Il s’agit de rejoindre chacun là où il est. Dans l’aumônerie, chaque vie et chaque personne, chaque relation est différente. Alors que la foi appartient au domaine de l’intime, et que le sport est, quant à lui, public; c’est un défi de rassembler ces deux sphères.

Rencontrez-vous majoritairement des sportifs qui sont dans la difficulté, voire la détresse sportive?
Oui, le sportif s’adresse rarement à l’aumônier lorsqu’il est sur la première marche du podium. La détresse, je la connais parce que je l’ai vécue et c’est donc plus facile de rejoindre le sportif en détresse. J’ai l’avantage de connaître le langage et les codes du sport. On se reconnaît et on va comprendre Je l’autre comprend, on va savoir que l’autre sait. Mais cela peut aussi être bien qu’un aumônier ne vienne pas d’un arrière plan sportif, car cela peut être rafraîchissant pour l’athlète de parler à quelqu’un qui le sort du milieu du sport et qui va lui amener quelque chose d’autre.

Main mise sur l'image

Quel est votre regard sur les réseaux sociaux?
C’est quelque chose d’énorme dans le sport, ça a changé la face et la réalité des sportifs. Ça leur permet de se vendre plus (sponsors, etc) et d’avoir une certaine main mise sur leur propre image. Alors qu’auparavant, les médias la fixaient. Mais c’est à double tranchant dans la mesure où cela engendre une pression supplémentaire. Sur le moment, les sportifs ne s’en rendent pas compte. Aujourd’hui, tout reste. C’est bien si on a réussi mais si on se loupe tout devient compliqué. Le danger avec les réseaux sociaux? L’identité « sportive » suit la personne au-delà de la carrière et cela peut se révéler difficile dans l’après-carrière. Aujourd’hui, combien de personnes connaissent tellement de toi avant que tu ne leur adresses la parole? Beaucoup et c’est la réalité des athlètes qui n’arrêtent pas de rencontrer des personnes pendant tout connaître d’eux au travers des publications qu’ils ont vues sur internet.

Palmarès

  • Sandrine Ray est née le 11 mai 1983 à Orbe. Elle a effectué un apprentissage bancaire (au Crédit Suisse) et est au bénéfice d’une maturité commerciale professionnelle. 
  • En tant qu’aumônière en milieu sportif, elle offre un service à tous les sportifs qui mettent leur identité dans le sport (au niveau national). 
  • Ancienne hockeyeuse internationale. Ailière.
  • Elle a commencé le hockey à l’âge de 4 ans au CP Yverdon, avec l’entraîneur Québécois Claude Poulin, où elle a évolué avec les garçons jusqu’à l’âge de 15 ans. 
  • Elle a évolué avec l’équipe de Suisse durant 7 ans (plus de 100 sélections).
  • Elle est internationale à l’âge de 16 ans.
  • En 1999, elle participe à son premier championnat du monde de hockey. Cet événement se déroule en Finlande. Elle prend pour la première fois l’avion.
  • Elle a participe à 5 championnats du monde.
  • En 1998, le hockey sur glace féminin entre aux JO. 
  • Avec l’équipe de Suisse, elle a participé aux JO de Turin en 2006.
  • Elle est allée aux JO de Sotchi en 2014, en tant qu’employée du CIO, chargée de l’après-carrière des sportifs «Aux JO, affirme-t-elle, il y a plus d’amateurs (sportifs ne vivant pas uniquement de leur sport) qu’on ne pense.»
  • Elle était aumônière officielle aux JO paralympiques de Rio.
  • Elle a joué avec le HC Prilly féminin (LNB, de 2009 à 2014).
  • Elle joue actuellement au uni-hockey avec l’UNIL. 
  • Elle entraîne au HC Lausanne féminin (3 équipes: Lausanne, Prilly et loisir).
  • A joué avec Lyss en LNA durant 4 ans et avec Lugano (4 saisons également). 
  • En 2006, elle est championne de Suisse de LNA avec Lugano.
     

Vidéo : Des jeux olympiques à la maison d'accueil Béthel

 

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