Sébastien Dupoux, ancien joueur de rugby | Coopération
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Sébastien Dupoux, ancien joueur de rugby

03 décembre 2020

 

Depuis 2014, Sébastien Dupoux est le DTN (directeur technique national) du rugby helvétique. «Je travaille à 100%. Je suis payé par la fédération.» Mais il fait encore partie de la FFR (Fédération française) qu’il a intégrée alors qu’il avait 24 ans. «On ne m’a pas libéré, je suis détaché», précise-t-il. Sa mission est riche, très copieuse. Le rugby suisse est fort de 10 sélections (hommes et dames). «L’équipe nationale occupe le 28e rang mondial. Dans son histoire, elle n’a jamais fait mieux.» Sébastien Dupoux s’occupe de l’organisation de ces 10 formations, du recrutement et de la formation des cadres, de la détection-sélection-formation des joueurs. Un plan stratégique est mis en place, qui a pour but de les emmener au haut niveau. «Je m’occupe aussi de la formation des entraîneurs, du domaine touchant au développement, soit tout ce que nous devons faire pour recruter et fidéliser les joueurs.» Il parle d’un bonus, d’une tâche pas prévue au départ: «Je veille sur la gestion des compétitions locales (organisation, arbitrage, etc)». Ça fait du boulot.

Des écoles de rugby

Le rugby suisse compte 3500 licenciés, qui sont dans la complétion. «Plus 2000 pratiquantes», ajoute Sébastien Dupoux. Des écoles de rugby existent. «Nous essayons de proposer des initiations dans les écoles publiques. Nous cherchons à démocratiser ce sport. En effet, dans certaines parties du pays, il y a des enfants qui n’ont jamais vu un ballon de rugby. Pis : dans plusieurs cantons, des responsables du sport ne savent pas ce qu’est le rugby. Alors, comment voulez-vous que les enfants y accèdent. Le gouvernement suisse n’est pas conscient de la richesse que procure tous les sports. À part le ski, le foot, le hockey, l’athlé, il y a peu de place pour les autres.» 

Le respect, valeur majuscule

Quels sont les valeurs véhiculées par le rugby?
Le respect, la discipline, la solidarité, l’engagement. On veut les garder. Il y en a qui essaye d’avoir un comportement déviant. Ils n’ont rien à faire chez nous. Quand on voit au football le comportement que des joueurs ont vis-à-vis de l’arbitre, c’est inadmissible. Au rugby, leur saison serait finie. Au rugby, personne ne conteste une décision. Il y a la vidéo. Le seul reproche que j’ai, par rapport à ça, c’est que son apport ralenti beaucoup les matches. 

Plus d'esquives que d'affrontements

Pour la grande majorité des gens, le rugby passe pour un sport violent...
...Violent? Je ne peux pas laisser dire ça. Ça me choque. Qui dit violence, dit enfreindre les règles. Au rugby on enfreint rien du tout. Tout est cadré, et tout est respecté. Au rugby, il y a une part d’agressivité, comme dans tout sport de contact. Ce n’est pas un sport dangereux. Le rugby est moins dangereux que le hockey sur glace. 

Vous pensez ça...
...Oui. Comme il y a des affrontements, le rugby est estampillé sport collectif de combat. Il faut juste se préparer aux affrontements. Comme en boxe où il y a plus d’esquives que d’affrontement. Au rugby, pour rassurer les mamans, il y a plus d’évitements que d’affrontements. Dans ce sport, tous les gabarits sont admis (taille et poids) et le rugby propose tout ce qu’on voit ailleurs: la vitesse et l’explosivité, la vitesse d’exécution, la prise d’informations (voir et faire, voir ou savoir ce qu’on va faire avant de recevoir le ballon). Au haut-niveau on parle de Super-pouvoirs. Au chapitre taille-poids et c’est une des caractéristiques de ce sport, il y a des joueurs de 2m pesant 150kg, mais également de 171cm pour 74kg. Ainsi, l´international Sud-africain Cheslin Kolbe (un Springboks), qui joue au Stade Toulousain. Il est le meilleur joueur du monde.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le rugby?
J’aime ce côté où on fait tout: on évite, on affronte, on joue avec les mains et les pieds. Le côté copain, aussi. Le ballon ovale? Quand on le maîtrise, on sait où il va rebondir. Bon, y’a des fois des surprises (il rit).

L'envie, le moteur

Le haut niveau, pour vous, c’est....
...L’envie, c’est le moteur, et ce moteur on le retrouve dans plein de choses. Si on veut accéder au haut niveau, ça passe par l’envie. J’en ai peut-être manqué. À un moment donné, à l’époque où je jouais avec l’équipe de France juniors, j’ai voulu privilégier les études. Au rugby, je n’ai jamais eu peur des affrontements, ce n’est pas dangereux mais on peut se faire un peu mal. La relation à la peur? Elle est affective.

Le mental est un facteur

Et le mental, il est hyper important, non?
Le mental va trouver des ressources physiques, il est un des facteurs de la performance (physique, vision, technique, etc), il est une valeur ajoutée, un coefficient multiplicateur. 

À combien se monte le budget de la Fédé?
Il est de frs 800’000.-. Avec la CEO (la directrice générale) Madame Veronika Muehlhofer (notamment) nous avons beaucoup travaillé sur le côté partenariat et projets, nous nous sommes approchés de différentes institutions. Mais avec le COVID, on navigue à vue. D’ailleurs, on a perdu environ 500 licenciés.

L’encadrement des équipes nationales est-il mixte?
Les entraîneurs sont quasi tous français, les personnes qui travaillent avec eux  sont issus de la promotion suisse. Cette une valeur ajoutée comme le fait d’aller  chercher les compétences là où elles se trouvent. Pour les filles, on bénéficie du soutien technique de la France. Les deux entraîneurs proviennent de la FFR soit de la Fédération française.

Fonctionnement différent

Vous remettez-vous en cause tous les jours?
Oui, mais je ne le dis pas, je ne le montre pas (sourire). J’ai des certitudes, et j’avoue que depuis que je suis DTN, j’ai commis des boulettes. Il n’y a que celui qui ne fout rien qui n’en fait pas. Les Suisses et les Français ne fonctionnent pas la même chose. On me reproche d’aller trop vite. Le jour où ça se passe autrement ce ne sera plus moi. D’un côté, j’aimerais que des choses aillent plus vite, mais de l’autre, le fait de les ralentir m’empêche peut-être de me fourvoyer.

Que détestez-vous par-dessus tout?
J’ai du mal avec l’hypocrisie même si je suis capable de tout entendre. Je suis quelqu’un de très ouvert, mais les coups de couteau dans le dos, je les assimile à de la trahison et ça, j’exècre. Le mensonge aussi m’exaspère. Le Covid? Tout le monde s’exprime là-dessus. On nous dit tout et son contraire. Il n’y a que des incohérences. Réalité ou manipulation? J’aimerais que quelqu’un réponde à une question relative au Covid en disant:  « Je ne sais pas, ou nous ne savons pas. Nous avons pris cette décision en espérant qu’elle doit la meilleure.» Ça serait faire preuve d’humilité. 

Des moments-clés

Avez-vous décidé de mener la vie qui est la vôtre?
J’ai cette chance-là. J’ai connu 2 ou 3 moments clés: quand je suis parti à la FFR, quand j’ai décidé de rester à Montauban alors que Brive - 1ère Division - me voulait. Des personnes s’étaient déplacée pour ça. Mais je ne voulais pas être pro, je ne me sentais pas avoir ce statut. Et quand j’ai décidé de venir en Suisse. On m’a dit: «Mais que vas-tu faire en Suisse?» Je ne regrette aucun de ces trois moments, qui sont aussi des virages. 

Pour le rugby suisse, quel est l’enjeu des années à venir?
Qu’il soit connu et reconnu en Suisse. Si on y arrive, ça sera une grande fierté. Personnellement, j’ai un rêve: que tous les garçons et les filles du pays jouent au rugby, ne serait-ce qu’une heure. Que ce sport intègre toutes les écoles. En France, c’est le cas. De l’entrée en scolarité jusqu’à 16 ans.

Palmarès

  • Sébastien Dupoux est né le 16 avril 1973
  • Ancien joueur de rugby. Arrière (3/4 centre).
  • C’est à Châteauroux qu’il a effectué sa scolarité, appris le rugby.
  • Le BAC en poche, il part à Grenoble où il décroche le certificat d’aptitude pour être professeur de sport. Sébastien Dupoux est professeur de sport.
  • À 24 ans, il intègre la Fédération Française de Rugby. Le 1er septembre 1997, il est nommé à Toulouse, fait partie du jury, qui auditionne Guy Novès, en quête d’un diplôme, qui fut par la suite plusieurs fois en tant qu’entraîneur champion de France avec le Stade toulousain (notamment). « On s’assoit, on écoute, et on lui met 18 comme note. La note 20, c’est pour Dieu.» Guy Noves a aussi été sélectionneur de l’équipe de France (2015-2017).
  • À Toulouse (1997 à 2000), Sébastien Dupoux est nommé responsable régional. 
  • De 2000 à 2003, il est à Lyon puis il est nommé directeur de région à Grenoble. De 2007 à 2011, il est entraîneur de l’équipe de France juniors. 
  • Ses clubs: Châteauroux, Grenoble, Dinay, Montauban, Valence, Bourg-en-Bresse, Rumilly.
  • Il est champion de France juniors avec Grenoble. Il a été international militaire (Bataillon de Joinville). Il a été international de rugby à 7.
  • Sa première blessure, il l’a connue à 18 ans. «Je me suis blessé tout seul, comme un idiot.» 

 

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