Sophie Anthamatten, gardienne hockey sur glace chez les hommes à Saas-Grund | Coopération
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Sophie Anthamatten, gardienne hockey sur glace chez les hommes à Saas-Grund

30 juillet 2020

 

Il avait plu le matin puis, comme par magie, la montagne promettant ce genre d’effet rapide, le soleil s’installa, donnant une autre vie au lieu, Saas-Grund et sa vue sur des cimes. C’est là que vit Sophie Anthamatten et Martin Zerzuben, son compagnon, ancien gardien talentueux de LN, responsable du mouvement junior du HC Viège.

Internationale suisse, la Valaisanne, 28 ans et bientôt 29, a remporté deux médailles majeures très importantes. Deux en bronze. La première en 2012 aux mondiaux à Burlington (Vermont, Etats-Unis, Suisse-Finlande 6-2, pour 
la 3e place). Et la seconde, plus prestigieuse, aux JO de Sotchi, en 2014, la Suisse battant la Suède 4-3, au Palais des glaces Bolchoï. Une danse chez les Russes, Bolchoï signifiant «grand» en français.

Cette dernière médaille a-t-elle changé un peu votre vie?
L’année qui a suivi a été l’objet de beaucoup de sollicitations. Cette médaille nous a rendues populaires. Depuis c’est une histoire, ce n’est plus qu’une belle histoire. Vous savez, je n’ai pas besoin de reconnaissance, je ne ressens pas le besoin d’être dans la lumière. C’est ma nature.

Entrée dans l'histoire

En septembre 2019, la gardienne Valaisanne est entrée dans l’histoire comme étant la première femme à disputer un match officiel contre une équipe de LNA (National League): GE Servette, en Coupe de Suisse. «Je me rappelle bien de ce match», commence-t-elle. «Même s’il a été spécial pour moi je ne l’ai pas préparé différemment. J’étais un peu nerveuse, je jouais contre des hommes forts, aux parcours très impressionnants», dit-elle, installée devant la maison, dans un beau jardin fleuri. «À 4-0, les Genevois ont ralenti le jeu après avoir affirmé leur supériorité. Ils ne sont pas du tout rentrés sur la glace arrogants, avec un air de supériorité. Mais plutôt en disant: «N’espérez rien, on va vous montrer qu’on est là et qui on est.» Le résultat? 12-0. Il est anecdotique. À 7 ou 8-0, J’ai laissé ma place à Dominic Plaschy.» Devant sa cage, Sophie Anthamatten avait fait le boulot. Elle avait été complimentée par Patrick Emond, coach de GE Servette. Seule la différence des valeurs (3 ligues d’écart) avait provoqué l’écart. 

Au EHC Saastal (Saas-Grund) vous êtes titulaire et le 2e gardien est Dominic Plaschy (Ottawa, Canado-Suisse, 27 ans, barbu, 188cm, 104kg)...
...Dans l’équipe, les rôles sont bien définis. Il y a du respect. On ne peut pas dire qu’il y a un numéro 1. On est à égalité. Dominic possède une mentalité à l’américaine. Au niveau du style c’est le jour et la nuit avec le mien. Il est grand et spectaculaire. Moi, je suis plus petite et calme. Je donne de la sécurité.

Existe-t-il une alternance?
Tu gagnes, tu joues le match suivant; tu perds, tu changes. Imagine qu’un gardien gagne 4-5 matches de suite. C’est frustrant pour l’autre, non? Il y a une analyse de ta performance à la vidéo. Elle décide de la suite, et jamais elle n’est remise en question. On sait si on a été bon ou pas.

Famille et sécurité

La possibilité de jouer à l’étranger a-t-elle existé? 
Oui, pour un Collège aux États-Unis. On m’a proposé un contrat de 3 ans, j’aurais été pro, cela aurait été cool. Mais j’ai refusé. Pourquoi? Parce que je suis fidèle et très famille. Je voulais jouer avec les hommes. Et à mon retour, ça aurait été l’inconnue. J’aime la sécurité, être rassurée. 

Votre ancienne camarade Florence Schelling, gardienne comme vous, a été nommée directrice sportive du CP Berne. Est-ce un poste qui vous plairait?
En ce moment, non. Pour l’image du hockey sur glace féminin, je trouve super sa nomination, qu’un club - et pas n’importe lequel - ait fait confiance à une femme. En ce qui me concerne, quand je ne jouerai plus, j’aimerais plutôt entraîner une équipe de 1ère ligue et j’ai le diplôme qui m’y autorise. Petit rappel: être coach d’une équipe de LNA (National League), il n’y a pas besoin d’en avoir un. C’est bizarre, non? (Elle sourit).

La peau dure

En tant que femme, devez-vous vous entraînez deux fois plus ou mieux que vos camarades hommes...
...Mon corps étant différent, je dois faire plus. Dans le monde du travail, la femme, à niveau égal et pour être considérée ne procède malheureusement pas autrement. Mais j’ai la peau dure. J’ai toujours joué avec des garçons et j’ai grandi avec eux. Non, je ne suis pas une superwoman. 

Si vous n’en êtes pas une, vous devez alors avoir une forte personnalité...
...Quand c’est noir, c’est noir. J’ai un mental très fort. Dans la famille, mon frère, qui a 4 ans de plus que moi, est mon gardien (elle rit de bon cœur).

Un match parfait, pour vous, c’est...
...Être solide durant 60 minutes. Ça ne veut pas dire forcément effectuer de beaux arrêts spectaculaires. Il faut être bien placée, mobile, faire face au jeu, regarder toujours la canne de l’adversaire (son plateau). L’aspect visuel, pour un gardien, est déterminant: il te permet d’agir, de réagir. Si physiquement tu es bien, tu n’auras pas de problème de concentration, Avant d’être portière, j’ai eu joué en défense. À droite. Gardienne, je suis gauchère. Alors oui, je suis ambidextre (elle sourit). Au hockey, le 60-70% des gardiens sont gauchers.

Douche...à part

Occupez-vous le même vestiaire que les hommes ou...
...Je me change avec eux. Avant un match il est important d’être ensemble. Je ne me vois pas être toute seule dans un coin. Il est important de se parler, de vivre la même ambiance, de la partager; la parole, les regards disent pas mal de choses. En hockey, on dit ce qu’on pense et le cas est réglé. La douche? Là, je suis seule (elle rit), on m’en met toujours une à disposition.

Vous êtes très féminine, jolie, le maquillage...
...Il fait partie de ma préparation, avant un match, notamment. Je mets du mascara - avec cet atout, ses yeux bleus gagnent en intensité - je me mets du vernis sur les ongles -pour une mise en valeur optimale des mains-, et je suis prête à jouer. 

Un bon choix

Pourquoi le hockey sur glace? Vous auriez pu faire du foot, de la boxe...
...Mon frère jouait au hockey. J’ai fait du ski, j’ai joué au foot, au tennis, un peu mais un jour ma maman m’a dit: «Sophie, il faut choisir.» Alors, j’ai choisi et je crois que j’ai bien choisi. Pourquoi gardienne? J’ai aussi joué en défense, puis j’ai reculé. À ce poste, il existe moins de risque et il y a moins de check donc les blessures sont rarissimes même si on a des bobos aux hanches, au dos et aux genoux.

Avez-vous peur de vieillir?
Je suis encore jeune; dans ma tête, je ne me pose pas ce genre de question maintenant (son sourire est communicatif). Le hockey me prend du temps et c’est ma vie. Jusqu’à quand je vais jouer? Je n’ai pas la réponse et existe-t-il une solution? La santé est primordiale. Tant qu’elle est là, je jouerai. Mais une chose est sûre: je ne veux pas être la grand-mère de l’équipe.

Aujourd’hui, vous êtes-vous fixé des objectifs?
Non, je prends les moments comme ils viennent; la vie est courte et tout va si rapidement. En revanche, j’ai un rêve: que le club soit un jour champion de 1ère ligue.

Patinoire couverte bientôt ?

Le EHC Saastal évolue en première ligue. Jouer en MySport League (division supérieure) est-ce envisageable?
Pourquoi pas, mais pour cela il faut avoir une patinoire couverte. Ma maman, Barbara, présidente du club, milite pour qu’il y en ait une ici. Le projet est là, la Commune a dit oui, il ne reste plus qu’à avoir l’autorisation du canton. Saas-Grund aura une patinoire couverte. C’est bon, aussi, pour le tourisme. Actuellement on est les seuls à avoir une patinoire à l’air libre et il se pourrait qu’à l’avenir, ça ne soit plus autorisé par la Ligue de hockey. Le budget du EHC Saastal, pour tout le club, avoisine les frs 300’000.-. Pour la 1ère ligue, c’en est un gros et on a un partenariat avec Viège. 

La pression, vous la buvez ou elle est en vous avant chaque match?
Je la vis, mais si le stress est trop grand, ce n’est jamais bien. Chez moi, la pression, le feeling, l’adrénaline sont positifs. Le hockey c’est un jeu et il ne faut pas oublier ça. J’ai la chance de jouer, de vivre ma passion. Le plaisir est mon moteur. Le jour où il ne sera plus là, en moi, il faudra que j’arrête.

Fletschi Management S.à.r.l.

Vos journées sont bien remplies puisque vous travaillez dans l’entreprise Fletschi Management S.a.r.l., fondée en 2015, active dans 3 secteurs: le sport, l’immobilier et les assurances...
...Martin Zerzuben et moi, on est associés-gérants. La société a pour but de former et de soutenir le hockey sur glace, en particulier au niveau des jeunes (conseils et médiations), l’exécution des tâches de gestion dans le domaine des services financiers, des assurances et de l’immobilier. Je suis également secrétaire pour l’Eis Hocke Valais-Wallis. Mon activité est donc variée et j’ai la chance de travailler dans ma passion.

Palmarès

  • Sophie Anthamatten est née le 26 juillet 1991 à Saas-Grund.
  • Hockey sur glace. Gardienne au EHC Saastal (saas-Grund). Équipe de 1ère ligue (groupe ouest). Gauchère. Elle joue avec les hommes.
  • Avec l’équipe de Suisse, elle a terminé 3e des Mondiaux de 2012 à Burlington.
  • Avec l’équipe de Suisse toujours, elle a terminé 3e des JO de Sotchi en 2014.
  • Elle entraîne les gardiens U14 de l’Eis Hockey Valais-Wallis. Elle est secrétaire 
  • de ce groupement. Elle est au bénéfice d’un diplôme d’entraîneure. Elle peut entraîner jusqu’en 1ère ligue.

 

Vidéos

Portrait de Sophie Anthamatten, ici

L'équipe suisse de Hockey sur glace aux JO de Pyeongchang 2018, ici

Suisse-Suède aux JO de 2014, ici

Genève-Servette septembre 2019, ici

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