William Besse, ancien grand descendeur. | Coopération
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William Besse, ancien grand descendeur.

16 juillet 2020

 

On a retrouvé William Besse, 52 ans, au Châble, fit et en forme, détendu et serein, souriant, content de se poser après une journée de travail qu’il module aujourd’hui plus qu’avant; mais pas trop. Son indépendance dans le travail, il la chérit. Sa carrière de skieur terminée des personnes lui avaient proposé de travailler dans le monde des assurances. Mais l’homme est un créateur qui a besoin d’une source visuelle pour s’abandonner à la satisfaction du concret. Même s’il cache bien son jeu, le citoyen de Bruson est un contemplatif. «A la fin de la journée j’ai besoin de voir ce que j’ai réalisé, de me dire que c’est bien; ou alors pas. Il me faut du consistant, du visible ou du palpable; ça touche à la métaphysique.» 

Indépendance 

Depuis 2002, William Besse est patron, un entrepreneur indépendant, qui a fondé sa société RenovaBagnes (rénovation en tout genre, rénovation de mayens ou granges, rénovation de chalets, revêtement de sols, etc). Depuis quelques années, Il est sculpteur sur bois à la tronçonneuse et l’hiver, il donne des cours de ski. À Bruson et à Verbier et là aussi, en tant qu’indépendant. «Mon plus grand plaisir, c’est de voir mes «élèves» de tout âge avoir la «banane» en fin de journée et quelque soit la météo.» Au Canada, il possède une cabane. «J’ai participé à son montage.» Le bois fait partie de son environnement et le Mélèze (famille des Pinaceae) lui permet de sculpter des cerfs et des chamois, entre autres, et même un chien, sur la base d’images et de photos, de son inspiration aussi, pour une touche artistique bienvenue et appréciée.

 

Etat conquérant 

Dans quel état d’esprit vous levez-vous, le matin ?
Il est conquérant. Aujourd’hui, j’ai prévu de faire ça ou ça, je dois faire ça ou ça, et j’entreprends tout pour me mettre à jour, pour réaliser mon programme. En général, ça se passe bien. C’est une discipline à prendre, une satisfaction à apprécier quand tout est réussi. De tout temps, je me suis fixé des buts, j’ai repoussé mes limites, histoire de me prouver que c’était possible. Et si cela ne joue pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. Sur les skis, c’était pareil.

Que détestez-vous par dessus tout?
L’irrespect. Dans le monde du ski, chaque athlète respecte l’autre, qui est par définition son adversaire, même s’il appartient à la même équipe. Nous faisons tous le même sport, non? J’ai toujours accepté la défaite, dans le cas contraire pourquoi faire du sport? Accepter, c’est dans l’ordre du normal, cela doit couler de source. Pour moi, ça fait partie de l’éducation.

Défi et tronçonneuse

L’inspiration est-elle un moteur chez vous?
Oui, c’est l’alliée du défi, ce couple, je l’ai rencontré quand je skiais. Dans la sculpture sur bois, le challenge, c’est réaliser une belle pièce, qui plaise tout de suite à la personne qui me l’a commandée. Avec la tronçonneuse, qui est une machine ne pardonnant rien, c’est aller le plus loin possible dans le détail (ciseau à bois interdit.)

La pression, quand vous étiez skieur, a-t-elle toujours été plus costaude que que l’impératif de la victoire?
(Réflexion)- La pression, c’est toi qui te la met, en ayant peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. Dans une saison, j’ai ressenti ça et ce n’est pas facile à gérer. De te dire, je ne suis pas très bien, ce qui amène, inévitablement, à te chercher des excuses. Mais il existe aussi des moments où tu voles, où tu sais que rien ne peut t’arriver. Ce genre de moment de grâce ou de plénitude, tu le ressens, aussi. Aller de l’avant, c’est se battre contre le tracé et pas contre les autres. 

Ouvreur en 1987

Etiez-vous de l’aventure suisse aux Mondiaux de Crans-Montana en 1987? (Razzia historique de médailles d’or réalisée par l’équipe de Suisse. 14 podium, 8 or, 4 argent, 2 de bronze. Descente remportée par Peter Müller, Zurbriggen, 2e, Alpiger, 3e, Heinzer, 4e, Mahrer, 6e).
J’étais ouvreur. Je suis tombé malade le jour de la descente. 

Les entraînements, vous aimiez?
J’étais plus un gars de course, où tu mets les gaz, qu’un gars d’entraînement, où tu es dans l’ajustage technique.

Avez-vous eu recours à la sophrologie?
Oui, ça n’a pas été négatif mais elle ne m’a pas apporté grand chose (William Besse convoque un souvenir). En 1992 à Aspen, juste après les JO d’Albertville, je faisais partie du premier groupe. Pour me stimuler, comme d’habitude avant le départ, j’avais glisser, dans mon Walkman, du hard rock. On m’appelle au départ. il restait 10 secondes, avant de m’élancer. Dents serrées, j’étais un vrai fauve, encore dans ma musique qui reposait dans l’aire de départ. J’étais dans un tel état que si le gars au départ m’avait dit stop, tu ne peux pas descendre maintenant, je l’aurais «démonté», tellement je me sentais motivé. Mon classement? 2e! 

Sans clé ni outil

Pourquoi avoir mis un terme à votre carrière, à 31 ans...
...Je voulais revenir parmi les 15 meilleurs, mais ça faisait deux ans que je n’y arrivais pas. J’ai bossé, bossé, bossé, mais je n’avançais plus. Je ne trouvais pas la clé ni les outils qui m’auraient permis de débloquer la situation. Ce n’est que la saison suivante, en participant aux courts pour devenir entraîneur, que j’ai compris que c’était au niveau technique qu’il me manquait quelque chose et personne sur le moment n’avait pu m’expliquer ça. Oui, c’est mon seul regret. À force de batailler pour revenir, en vain, le feu sacré s’était aussi éteint. Et je m’étais toujours imposé que si je n’avais plus la flamme, je ne continuerais plus.

Aviez-vous préparé votre reconversion?
Non, parce que si tu commences à envisager ce que tu vas faire, tu perds de l’influx, tu n’es plus à 100% au niveau mental et physiquement. C’est mon avis. Quand j’ai arrêté, j’ai suivi des cours de bûcheronnage afin de pouvoir travailler avec la bourgeoisie. Est-ce que c’est ça que tu veux faire, me suis-je dit? Puis, celui qui allait devenir mon meilleur pote, m’a proposé de l’aider dans la rénovation de chalet. Comme ça m’a plu, j’ai persévéré. 

Il a manqué un leader

En juin 2018, le Valais a dit non (53,98%, participation, 62%) à l’organisation des JO d’hiver 2026...
...ça m’a foutu en rogne. La campagne a été axée sur la peur. Le slogan de ceux qui étaient contre: «3 semaines de fête, 30 ans de dettes.» J’attends toujours de la part de ceux qui ont dit non des propositions, qui auraient pu déboucher sur des alternatives. 

Pourtant, en Valais...
En Valais, nous avons tout pour bien faire. Les montagnes, les infrastructures, tout. Les Jeux auraient été à taille humaine. Ça aurait été également un moteur extraordinaire pour la jeunesse. Je ne parle pas de l’aspect économique. J’ai bien sûr milité et à chaque rencontre, les questions posées étaient relatives au fric. J’étais persuadé que cette fois, c’était la bonne, mais c’est le 6e échec de Sion et il faudra attendre 15 à 20 ans pour qu’on parle à nouveau des JO. Il a manqué un leader en Valais, une grande personnalité, un rassembleur pour mobiliser la population. 

Qui auriez-vous vu dans ce rôle?
Une personne de la carrure, du style de M. Dominique de Buman, conseiller national PDC fribourgeois. Et pourquoi pas Adolf Ogi. Ça aurait été un sacré binôme. Pirmin Zurbriggen ou Christophe Darbellay aurait aussi pu prendre le lead. 

Sur ce, William Besse boit une gorgée de son chocolat froid. «Depuis 10 ans, je ne bois plus une goutte d’alcool. Ici en Valais c’est presque une performance.» Il part d’un éclat de rire et il est communicatif. 

Palmarès

  • William Besse est né le 10 mars 1968 à Bruson (commune de Bagnes).
  • Ancien grand descendeur. Il a arrêté sa carrière en 1999-2000.
  • Durant une bonne quinzaine d’années, il a été consultant pour le ski à la RTS. 
  • «Quelle expérience extraordinaire. Je ne peux que dire merci. » Pourtant, à la clé, il y a un petit bémol. « On aurait pu me dire que la TV cherchait un autre consultant. En lieu et place, on m’a parlé de restructuration. Mais je ne retiens que le positif. Je suis prêt, s’il le faut, à recommencer demain. »
  • Il est conseiller communal de la Commune de Bagnes (PDC), chargé de la bourgeoisie et de l’agriculture. « Cela fait 8 ans que je fais de la politique. 
  • Nous siégeons à la Maison de commune aux Châbles. »
  • Il a commencé à skier à 3 ans. 
  • Il a effectué 13 saisons en Coupe du monde.
  • Il comptabilise 14 podiums en Coupe du monde (dont 4 victoires.)
  • Il a terminé 1er de la descente du Lauberhorn (saison 1993-1994) et celle de Vail (dans le Colorado, États-Unis, Et 3e du classement général de la Coupe 
  • du monde de descente. « Cette saison-là a été la meilleure de ma carrière. » 
  • Il a participé à 4 Jeux Olympiques (1988, 1992, 1994, 1998). 
  • Et aux 4 JO suivants, en tant que consultant à la RTS. 
  • Il a été 5 fois champion de Suisse (4 titres en descente et un au Super G).
  • Il a été champion du monde junior (en descente) et, toujours en descente, vainqueur de la Coupe d’Europe.

 

Vidéos 

 

Triomphe dans la descente de Wengen en 1994, ici

 

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