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Xavier Gigandet, un ancien grand descendeur curieux de tout.

21 mai 2020

Sans se départir de son sourire d’homme attachant et généreux, le timbre de voix jovial et chaleureux Xavier Gigandet dit: «Je réponds aux questions, je ne donne pas dans les théories.» Il a une ligne de conduite, cet enfant d’Yvorne, qu’il est resté, terrien dans l’âme. Ne déclarait-il pas déjà il y a fort longtemps: «Je ne suis pas une grande gueule, donc ça intéresse moins les journalistes.»

Méfiance, timidité? Il y a un peu des deux chez lui, mais Xavier Gigandet sait s’ouvrir, comme la fleur, quand il sent une confiance s’établir, quand il perçoit chez l’autre des affinités, qu’un dialogue peut s’instaurer, sachant qu’un mot, une phrase, une prise de position brusque, ou brutale, peut lézarder l’édifice, 
en construction.

Intérêts multiples

La maison où il habite, Xavier Gigandet l’a construite, aidé par d’aucuns. Ses intérêts sont multiples. Il aime les défis, les nouveautés, s’y adapte, s’investit, curieux et friand d’expériences nouvelles. Dans sa profession la technologie a évolué, il l’a maîtrise, vit avec son temps. Profite de chaque moment. À fond. «Chez moi, par exemple, à la maison, il y a toujours quelque chose à faire et j’apprends sans arrêt. Il faut être inventif. Je suis intéressé par la nouveauté, par plein de choses. Il faut vouloir ça.»

Dans le monde du ski, le Vuargnerans (nom donné aux habitants d’Yvorne) a flambé, s’est installé dans la mémoire collective, malgré un entourage fort et performant. «Il y avait, notamment, Pirmin Zurbriggen, Peter Müller et Franz Heinzer, des références, des caractères, des «tronches», se souvient Xavier Gigandet (un peu après, il y a eu William Besse, Steve Locher, Michaël von Grüningen). Pour se faire une place, il fallait qu’on pousse très fort, il y avait de «bonnes bagarres» aux entraînement, qui servaient de qualification pour les épreuves à venir (Coupe du monde et autres).» Des «tronches»? «Pour réussir et être aussi fort, il fallait en avoir une.» Il en va de même aujourd’hui. En ski comme dans d’autres sports. «Et quand les cracks ont commencé à décliner (l’âge) ou sont partis, je suis resté.»

Question...sans réponse

Que vous a-t-il manqué pour gagner, pour être encore plus fort que vous ne l’avez été?
Parfois, je pense à ça, je me pose cette question. 

Et?...
...Je n’ai pas la réponse. Qui dit que si j’avais changé des choses cela aurait été mieux. J’ai mon caractère, il existait un contexte, j’en dépendais. Je n’étais pas forcément non plus un leader. Je suis arrivé quand l’équipe de Suisse était à son pic. Ma carrière s’est passée comme ça. Et voilà (Bien plus tard dans la discussion, il ajoute). Peut-être n’ai-je pas été assez perfectionniste et pointu.

Etiez-vous un forçat aux/des entraînements?
Il sourit)- J’aimais bien les entraînements intéressants, surtout ceux axés sur le physique. Mais il y avait aussi des choses barbantes. En compétitions, j’ai toujours bien aimé les pistes avec des conditions difficiles. Grâce à la vidéo, aux images TV, j’ai appris tous les jours quelque chose. J’aime bien l’analyse.

Neige artificielle

Vous souvenez-vous de votre première participation à une Coupe du monde?
Oui, c’était à Sestrières, en slalom. C’était le début de la neige artificielle. Elle était dure de chez dure. Durant le début de ma carrière, j’ai longtemps jonglé entre les épreuves Coupe du monde et les épreuves Coupe d’Europe.

Le plaisir a-t-il été le moteur principal...
...Oui et j’ai aimé le côté compétition. De nature, je suis un compétiteur, mais conscient de mes forces et de mes faiblesses. Avec le recul, je me suis rendu compte que je n’ai pas assez travaillé mes forces. J’étais très bon au niveau de la vitesse et de l’agilité. 

Vous avez également fait du parachutisme et du saut à l’élastique (benji)...
...C’était des activités organisées lors des camps d’entraînement physique.

Quel courage!...
...Oui mais quand on est descendeurs, on y va. Il y aussi l’envie d’aller au-delà de soi-même. Le benji est plus impressionnant que le parachutisme, même si on saute en étant à plus de 3000m. Bon, chez les deux, tu ne fais pas le malin.

Un téléski à Luan

Fait rarissime, vous n’êtes pas un enfant de la montagne et pourtant vous avez brillé dans le monde du ski...
...Mon papa, aidé par quelques copains, avait construit un téléskis à Luan (Corbeyrier, situé à 8km et quelques virages d’Yvorne) à 1200m d’altitude. Il possédait aussi une chalet et on y allait tous les week-end. On y skiait. Je me rappelle que la piste (côté Leysin, face nord) n’était pas facile. Il n’y avait pas de dameuse, la piste était nature, raide.

Et que faisait votre grand-papa?
Il était maréchal-forgeron. Il a bifurqué ensuite vers le monde de la vigne quand ça s’est mécanisé. 

Une pratique menacée

On parle beaucoup de réchauffement climatique, de ses conséquences. La neige est moins abondante qu’avant. Suivant où, elle se fait rare. Et si le ski, sa pratique dans quelques années, disparaissait...
...On peut craindre ça, mais ce phénomène n’est peut-être que passager, il faut croire à ça. Mais une chose est sûre: on n’aura plus autant de neige que dans les années 1980-1990. J’ai revu des images de cette époque-là: c’était impressionnant. Aujourd’hui, on a de moins en moins d’hiver. Avant le Covid, c’était déjà triste pour beaucoup de stations. J’espère de tout cœur que les vents vont tourner. 

Vous vivez dans une région vinicole et viticole et vous n’êtes pas vigneron...
...C’est vrai, mais tous nos clients sont vignerons-encaveurs. Mon frère et moi, nous travaillons pour eux. On intervient dans toute la Suisse-romande, ça va du Lac de Bienne, de Neuchâtel, en passant par Salquenen, Genève, La Côte, le Lavaux et le Chablais.

Quel est votre désir d’avenir?
Vivre en santé et dans le bonheur.

Palmarès

  • Xavier Gigandet est né le 15 août 1966 à Yvorne.
  • Ancien grand skieur. Spécialité: la descente. Il a skié au plus haut niveau durant 10 saisons (1988-1998).
  • Saison 1991-1992: a terminé 20e du classement général de la Coupe du monde et 8e au général de la descente.
  • Saison 1995-1996: a terminé 10e aux Mondiaux de la descente.
  • Aux JO d’Albertville en 1992: 8e du classement général du combiné, 15e du slalom du combiné, 4e de la descente du combiné. En descente, il a terminé 15e. 
  • Saison 1990-1991, il a terminé 13e au combiné des Mondiaux à Salbach.
  • Il a été à une reprise champion de Suisse du combiné.
  • En 1992, le 17 janvier, premier podium Coupe du monde, 3e de la descente de Kitzbühel.
  • En 1995, il termine 2e de la descente de Val Gardena (2e podium Coupe du monde).
  • En 2001, il reprend l’atelier familial de mécanique sur machines agricoles avec son frère, au quartier des Jaccolats, à Yvorne. Cette entreprise, Gigandet S.A. cultive le savoir faire dans le domaine viticole et vinicole (réparations et installations de machines et d’équipements). «Alors skieur, j’ai toujours gardé un pied dans le monde du travail. »
  • Il a été président du Panathlon Chablais (2010-2011).

 

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