Anaïs Kistler, championne de boxe | Coopération
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Anaïs Kistler, championne de boxe

03 juin 2021

 

En 2017, elle a espéré, Anaïs Kistler, alors âgée de 28 ans, passer pro, mais cela ne s’est pas produit à cause d’une signature au bas d’un contrat qui n’a jamais été apposée. «Il m’a fallu digérer cette déception», dit-elle, en ce jour de pluie et d’extrême fraîcheur, de mai pas si joli, sur une terrasse abritée de Pully. 

Compétitrice dans l’âme et combattante au quotidien, hyper exigeante avec elle-même «Je ne peux pas décemment demander aux autres personnes ce que je vise, ça n’irait pas», elle a alors joué au rugby avec succès. «J’ai subi plus de «bleus» qu’à la boxe. J’ai aimé l’esprit d’équipe, travailler pour l’autre. J’aime fédérer, être entourée. En rugby, la 3e mi-temps, c’est tout un symbole, un merveilleux moment de convivialité.» 

Mais la boxe, ce noble art, pour Anaïs Kistler, reste son premier amour, malgré une année de séparation. Petit-à-petit, elle a remis ça dans la sueur, «fait» du sparring avec Olivia Boa qui prépare un championnat d’Europe et qui l’a titillée, voire encouragée à remonter sur un ring, à passer pro. Depuis quelques temps, Anaïs Kistler s’entraîne au Club pugilistique Carouge, avec Giorgio Costantino, élu meilleur entraîneur de l’année 2017, par la WBF (World Boxing Fédération). «C’est la première fois qu’il entraine une femme», précise-t-elle. «Je me rends trois fois par semaine à Carouge. Je prends le train à Pully (près de Lausanne) où j’habite. J’ai souscrit un AG. Dans le train, je peux travailler et mettre à jour mes affaires personnelles. Le temps de trajet porte à porte? Une heure trente.»

Vous êtes infirmière à domicile diplômée et vous suivez une formation pour être infirmière spécialisée en gériatrie...
...Je suis hyper organisée. À considérer mon emploi du temps, je n’ai pas le choix. Oui, je retrouve mes plannings d’avant (elle sourit). Quand je m’entraîne le soir, je quitte mon travail plus tôt, la pause de midi est raccourcie aussi. Mes colocs rigolent quand je prépare mes affaires. Pourquoi? Parce que je fais des petits tas pour être sûre de ne rien oublier.

Pour passer professionnelle, que faut-il faire?
Il faut trouver une structure, un entraîneur-manager, contracter une assurance accidents et s’astreindre à une batterie d’examens médicaux (prise de sang et test de grossesse, attestation ophtalmologique, électro-cardiogramme et une IRM cérébrale). Je suis à jour avec tout ça. 

Être boxeuse professionnelle, c’est...
...ne plus mettre de casque de protection. Chez les dames, un round dure 2 minutes (de plus en plus de boxeuses militent pour qu’il soit augmenté d’une minute afin d’avoir plus de temps pour faire valoir une stratégie). Et les gants sont plus petits.

Il y a quelques années, vos parents étaient contre le fait que vous passiez pro. Et aujourd’hui?
Je ne dirais pas qu’ils sont complètement opposés mais ça peut les inquiéter à considérer les risques que cela engendre. Du coup, je ne les ai pas mis au courant (l’entretien a eu lieu le 17 mai). Je les mettrai devant le fait accompli quand je leur montrerai mon contrat signé (elle sourit). Ça va très bien se passer, dans la mesure où tout continue à bien aller à mon travail. Ils le savent et ils le voient. En revanche, mes deux frères et mes deux sœurs connaissent ma décision et la respecte. 

Qu’est-ce qui vous plaît plus particulièrement dans la boxe?
Pour avancer, tu dois être entourée par ton équipe (entraîneurs, co-équipiers d’entraînement, manager, amis, etc); mais le jour J, tu te retrouves seule face à l’adversaire, sur le ring. J’aime ce paradoxe. En face de toi, il y a quelqu’un mais le combat, il est d’abord contre toi même. À l’image du jeu d’échecs, la boxe, c’est stratégique. J’ai 32 ans, j’ai perdu du temps à cause du couac de 2017. Je suis plus mature, je ne pars pas de zéro. Dans la boxe, j’ai un passé même si j’ai commencé à la pratiquer à 22 ans. Dans mon quotidien, je sais exactement ce que je ne veux plus. J’aime le côté très complet de la boxe, ça demande du cardio, ça requiert de la rapidité, de la force, un mental de fer, de la stratégie, de la patience, mais aussi un peu de folie et de témérité. Tout ça te permet d’exprimer ton caractère sur le ring.

Dans la vie, menez-vous d’autres «combats»?
Je ne parlerai pas de «combats» mais je porte une attention intéressée, voire soutenue pour tout ce qui a trait à la condition des femmes et à l’écologie. Je pars du principe qu’il y a du positif à retirer de chaque situation. Dans la boxe, un message dit: «Je suis tombé 10 fois mais je me suis relevé 11 fois.» 

Vous remettez-vous en cause perpétuellement?
Je suis toujours dans la réflexion, ma remise en question est permanente. Du style: je fais comme ça, mais comment pourrais-je faire mieux. Je recherche l’amélioration, pas la perfection. J’ai un côté un peu impulsif, la boxe m’a cadrée et calmée. Je suis arrivée à un âge où je fais confiance à mon intuition. Cela étant, je reconnais très vite mes torts mais ma communication, en général, n’est pas très performante. Je parle, beaucoup et j’ai de l’humour. En fait, c’est une protection, une façade, car je suis quelqu’un d’hyper sensible. J’ai une âme d’enfant et je n’ai pas envie de la perdre.

Avez-vous des obsessions, des angoisses?
Oui, comme tout le monde. Si tu es déprimé, c’est que tu vis dans le passé et si tu es angoissé, c’est que tu es dans le futur. Dans la vie il faut trouver le bon équilibre. Comment vivre avec tout ça, les apprivoiser? J’aime refaire le monde et à force de faire le tour, on trouve des arguments et des réflexions surgissent portant sur d’autres conditions.

Vous pratiquez la boxe et vous avez joué au rugby durant quelques saisons. Consentez-vous à des sacrifices permanents?
Si on parle de sacrifices, le plaisir s’en va. Si tu dis oui à tout, tu t’épuises. Je parlerai plutôt de concessions. Il faut en tirer profit et être en accord avec toi-même, trouver l’équilibre qui te conviennes pour avoir du plaisir, tout le temps. Le haut niveau requiert une hygiène de vie sérieuse. Au rugby, elle est moins pointue qu’en boxe.

Pour vous, affronter un risque, c’est...
...Vivre, c’est déjà un risque quand tu y penses. Au quotidien, on le vit car on l’accepte. À la boxe, c’est pareil. Le risque est présent quand tu montes sur un ring, mais tu l’assumes. Si tu penses au k.o. que tu pourrais subir, il ne faut pas y aller. 


Palmarès

  • Anaïs Kistler est née le 1er janvier 1989 à Neuchâtel.
  • Ancienne boxeuse amateur, avec le statut de pro aujourd’hui.
  • Sa fiche: 67 combats amateurs (52 victoires, 13 nuls, 2 défaites).
  • Elle a été à 4 reprises championne romande (-64kg).
  • Elle a remporté 5 titres de championne de Suisse (-64kg), le dernier en novembre 2016, à Martigny.
  • En 2015, elle remporte la ceinture Montana, à Paris, lors d’une réunion internationale. 
  • En 2015, toujours, elle participe aux Jeux Olympiques Européens à Bakou.
  • En 2013, Anaïs Kistler obtient le match nul contre la 9e mondiale de la catégorie -64kg.
  • Elle a joué au rugby (comme 3e ligne) avec l’Albaladejo rugby Club Féminin Lausanne (LNA) et a été internationale suisse.
  • Présentement, Anaïs Kistler entraîne et est coach physique de l’équipe des dames de l’UHT Semsales, club sportif de unihockey, championne de Suisse en 2019. 
     

 

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