Christophe Bonvin, ancien footballeur | Coopération
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Christophe Bonvin, ancien footballeur

27 mai 2021

 

Il nous a reçu le jour de son anniversaire, le 14 avril, et cela a constitué un moment privilégié, forcément. Il a eu lieu à Martigny, près de la gare, dans la librairie indépendante et qui vit sa douzième année - déjà - à l’enseigne «Des livres et moi». Jeux de mots. «Elle est animée par une gérante et des collaboratrices précieuses et compétentes, précise Christophe Bonvin, nous avons cette chance-là.» En temps normal, ici, on y déguste des livres et on y présente des vins. Table ronde, moments de partage et d’amitiés où 13’000 livres vous contemplent, sagement rangés, attendent avant de voyager. 

S’il y a une date chez Christophe Bonvin, dont l’élégance rappelle celle du footballeur, électron libre de la Maison Charles Bonvin 1858 à SIon, qui ne s’effacera pas de sitôt, c’est bien celle du 3 février 2017. «C’était en fin de journée. Je me trouvais à la maison, j’avais pris place sur mon canapé. Ma femme m’invite à venir manger. Je n’ai pas pu me lever. Je ne pouvais plus marcher.» Son corps avait dit stop. «Je n’ai rien vu venir.» Diagnostique? «Une grosse grosse grosse fatigue. Burn-out.» Il existe plusieurs formes de burn-out mais celui-ci s’est avéré violent. «Aujourd’hui, poursuit-il, un petit gobelet de café dans une main et l’autre accompagnant ses paroles je dois faire très attention à ce que je fais, à mes dépenses d’énergie physiques et émotionnelles, intellectuelles. Je maltraite moins mon corps et je suis à son écoute.» 

«Je suis plus égoïste»

Vous faisiez beaucoup de choses, avant. Cette boulimie est-elle la cause de  ce qui vous est arrivé?
Ce n’était pas de la boulimie. Mais tout ce que j’entreprenais, je le faisais à fond, ça me prenait beaucoup d’énergie et, c’est vrai, je ne m’en rendais pas compte. Depuis, je suis à l’écoute de mon corps, je le maltraite nettement moins. Oui, je suis devenu plus égoïste. Pour me donner la force de pouvoir continuer à partager avec les autres, je dois m’occuper de moi en premier. Mon empathie est restée la même, mon ambition d’aller vers l’autre et de donner le plus possible aussi, mais je dois moins en faire. Ça passe par une diversification de mes engagements, par une autre densité. J’ai une grande sensibilité, j’ai toujours aimé les gens, j’essaie d’être encore plus en amour. 

Etes-vous toujours suivi, plus de quatre ans après? 
Je suis toujours suivi pas une psychiatre. Je fais appel à elle seulement quand je ressens le besoin d’être recadré. De toutes petits vagues se manifestent au niveau de ma fragilité; encore et parfois. 

«Je suis devenu différent»

On imagine que dans cette épreuve, votre famille...
...J’ai eu la grande chance de pouvoir compter sur elle. Elle a dû apprendre à vivre avec quelqu’un de différent. Je suis devenu différent, mais pas au niveau des sentiments. Un brun-out, tu ne penses pas que ça va t’arriver. J’ai des amis qui sont à la limite. Quand tu tombes, ça prend du temps pour te relever et j’en sais quelque chose.

Etes-vous croyant?
Oui, et depuis mon burn-out, ma croyance est un peu différente, elle a évolué. J’ai la foi et dès fois je prie. Dire je crois, c’est facile, après il il y a le ressenti, il est très intérieur et personnel. Si j’ai rencontré Dieu? Je sais qu’il est avec moi, je laisse quelque chose ou quelqu’un venir en moi. Comme je suis catholique, il y a Dieu, si j’étais musulman il y aurait Allah. Il y a quelqu’un au-dessus de moi, de nous et qui est immensément Amour. Je vois la lumière, les belles choses de la religion, de Dieu.

Le foot s'est distancé

Et le football, que vous avez servi magnifiquement, avec classe, élégance et avec talent? 
Mon intérêt pour le foot a diminué énormément. Plus justement, c’est le foot qui s’est distancé. Quand j’y vais, c’est pour voir des potes. Reste que le foot est le plus beau sport. Quand je vois des enfants avec un ballon, de l’herbe et deux poteaux, c’est extra! 

En Birmanie et en Angola

Quel est le plus beau match que vous ayez disputé?
C’est en Birmanie, avec des enfants, dans un village perdu. J’ai joué au foot avec eux, dans une improvisation totale. Inoubliable. C’était dans le cadre de l’émission TV «Passe-moi les jumelles.» Une autre fois, sous l’égide du CICR, qui avait organisé une rencontre sur un terrain, j’ai joué en Angola, avec des gens qui avaient marché sur des mines. À un moment donné, l’un d’entres eux m’a fait un «petit pont» (ballon passé entre les jambes). Ça a été un moment génial. 

Frustré une heure

Il y a eu aussi ce fameux match amical contre la France, que la Suisse avait gagné 2-1 à Lausanne (27 mai 1992). Vous aviez inscrit les 2 buts, sauvé la tête de Roy Hodgson, vacillante à ce moment-là, lequel ne vous avait pas sélectionné en 1994 pour la Coupe du monde aux Etats-Unis. Frustrant, non? 
Cette frustration a duré une heure. Pas plus. J’avais fait toute la campagne qualificative, soit 10 matches. Cette heure résume bien le tout: ma carrière, elle est insignifiante. Ce n’est pas péjoratif, je ne renie rien, je suis fier de ma carrière. J’ai choisi de fair du foot, j’ai respecté mes contrats, j’ai donné des émotions et provoqué des déceptions, de l’amertume. Mais ma carrière est insignifiante.

Peut-on facilement vous déstabiliser?
En face d’une personne manipulatrice, je suis sans arme. J’en croise de temps en temps. J’ai de la peine aussi avec quelqu’un qui est de mauvaise foi. 

Eprouvez-vous de l’inquiétude face au temps qui passe?
J’ai toujours trouvé que le temps passait normalement, que les jours ont 24 heures. Il nous appartient de gérer le temps. Je suis content qu’il avance. J’ai 56 ans et cela me ravit.

Etes-vous un lecteur assidu?
Oui, j’aime les polars, notamment. Lire un livre, c’est s’évader, la lecture d’un livre évite de gamberger. Un livre nous nourrit. Je viens de lire «Un bref instant de splendeur», d’Ocean Vuong, jeune écrivain américain. Ce livre se présente sous la forme d’une lettre d’un fils à sa mère qui ne la lira jamais. L’histoire est magnifique. Cet ouvrage est éblouissant. J’ai un brin d’addiction à la lecture. 

Pourriez-vous travailler dans une maison de vin autre que valaisanne?
(Il sourit)-Non, je suis trop attaché à la Maison Bonvin, c’est ma Maison. Dans ce monde, je suis un autodidacte. Le monde du vin est passionnant. 

Palmarès

  • Christophe Bonvin est né le 14 avril 1965 à Sion.
  • Ancien footballeur, ailier gauche, international à 45 reprises (1987 à 1996). 
  • Avec l’équipe de Suisse, il a participé à l’EURO 1996 organisé en Angleterre.
  • Il a été junior au FC SIon.
  • Son parcours professionnel? FC SIon (1982-1988). Servette (1988-1990). NE Xamax (1990-1993). Retour au FC SIon (1993-1997). 
  • Il a été champion de Suisse avec le FC SIon en 1997.
  • Christophe Bonvin a remporté 4 Coupe de Suisse (1986, 1995, 1996, 1997). 
  • En 1986, avec le FC SIon, il a été finaliste de la Super Coupe de Suisse.
  • Avec le FC SIon, Christophe Bonvin a affronté Liverpool. 
     

Vidéos 

FC Sion: Anfield, Remember 1996, ici:  

Un burn-out pour revivre, ici:

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