Cyril Henny, Rallye | Coopération
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Cyril Henny, Rallye

21 janvier 2021

 

Quand on lui pose la question de savoir si la pression a toujours été plus costaude que l’impératif de la victoire, Cyril Henny, 50 ans, répond: «Je suis toujours resté sur le plaisir.» Plaisir, un mot ayant trait à une émotion ou à une sensation agréable qui reviendra souvent dans la discussion. Et ces deux états qualifiés d’affectifs n’ont jamais abandonné, ou alors très rarement, cet ancien grand pilote de rallye, qu’il soit au volant ou pas.

«Avec le plaisir, ajoute-t-il, il y a des choses qui fonctionnent. La pression du résultat bouffe le plaisir.» Il convoque un souvenir qui le fait sourire. «À l’arrivée d’étapes comptant pour le championnat de France, les journalistes me demandaient: comment faites-vous pour avoir une «banane» comme ça? Je leur répondais: parce que j’ai eu du plaisir. On m’aimait bien pour ça. Les autres râlaient, parlaient des pneus, de bien d’autres choses. Ce plaisir, je faisais tout pour le transmettre à l’équipe, au Team, je voulais que tout le monde le partage avec moi. C’était du 50-50. C’était top!»

Ressenti et feeling différents

Vous êtes, notamment et depuis de très nombreuses années, expert pour les examens de conduite. Comment êtes-vous avec vos «élèves», hommes et femmes à la quête d’un permis?
J’essaye de les aider à trouver une solution dans les limites de ce que j’ai droit de faire. Pour cette profession on suit des cours de psychologie, de droit, des études servant à la compléter, complémentaires. Parce que je suis pilote de rallye, peut-être que des gens pensent que je suis (ou serais) sévère mais je ne me compare pas à eux. Quelle erreur ce serait, non? Il me semble même que je suis plus indulgent que mes collègues dans certains cas. Dans la voiture, j’ai un ressenti différent et un feeling différent dans l’appréciation. 

Avant de décider de donner le permis, ou pas, sur quoi vous basez-vous...
....Je prends l’ensemble du parcours, j’en fait une évaluation globale et il y a aussi un autre critère très important: c’est de savoir si la personne va être en sécurité et pouvoir se comporter correctement dans le trafic. Je remarque qu’il y a des gens qui passent plus tard leur permis -25-30 ans ou plus-, mais l’âge moyen se situe à 20 ans. La demande de permis reste forte. 

Argent pas trouvé

Votre carrière de pilote de rallye au plus haut niveau a duré environ 11 ans (1991-2002). Pourquoi avez-vous arrêté?
Parce que je ne trouvais pas l’argent pour continuer à progresser dans de bonnes conditions. C’est moi qui allais le chercher au début pour ma voiture personnelle, mais je n’étais pas fait pour ça. Après, j’ai été bien aidé par les époux Filisetti -garagistes-. J’ai roulé pour eux, avec leurs voitures, que de souvenirs extraordinaires (Mazda). Ensuite, j’ai roulé pour l’importateur Peugeot Suisse, puis en championnat de France et en Mondial. Le budget pour une saison? Il se situe entre 300 et 500’000 francs.

Pourquoi cette passion pour les courses de rallye?
J’ai commencé par participer à des slaloms. J’ai aussi fait du motocross. Ce que j’aime, dans les rallyes, c’est la glisse, le feeling; au volant, il y a un côté improvisation car il faut s’adapter à tous les terrains, à toutes les conditions météos. Piloter en F1? Sur un circuit, beaucoup plus de gens peuvent rouler vite car il y a des essais avant la course, En rallye, c’est plus complexe et le pilotage y est plus complet.

Du sang-froid!

Quelles caractéristiques faut-il avoir pour être un (bon) pilote?
Il faut avoir du sang froid, être concentré, apprivoiser l’adrénaline, la pression. Les partenaires ont de l’attente, il faut y penser mais pas trop. Je n’ai jamais eu de préparateur mental officiel mais mon ouvreur Feu Willy Altmann avait, trouvait toujours le mot qu’il fallait dans les bons et les mauvais moments. Je ne l’oublierai jamais. Le rallye, c’est un sport d’équipe.

Vous prenez des risques, mais vous n’êtes pas le seul dans la voiture...
...Nous en avons conscience, les risques sont pour les deux et acceptés. Il en va de la responsabilité de chacun. Si je sors de la route, ça risque de faire du mal, mais il ne faut pas penser à ça. Le ou la copilote a voulu être là. Dans le risque, il y a de la prudence. Il est calculé. 

Tonneaux en France

Vous est-il arrivé, au moins une fois, d’avoir eu peur...
...En 1998, au rallye Lyon-Charbonnières, avec une Peugeot 306 Maxi. De nuit. On est sortis de la route, il y avait un talus, la voiture a effectué 6 ou 7 tonneaux. Dans la tête, les pensées sont noires. On est impuissants, on se demande quand et où ça va s’arrêter, on a même  l’impression que cela ne peut pas s’arrêter. Dans le ravin, la voiture s’est immobilisée. La voiture était détruite. J’étais avec Aurore Brand, ma copilote.

Avec quel échec avez-vous le plus appris?
J’ai parlé de sang-froid. Il faut absolument le garder quand il y a une petite alerte. Avant cette sortie de route en France, j’ai raté un freinage et il y a eu une touchette d’un talus. Au lieu de rester concentré j’ai pensé à ma roue, à la vibration qui a suivi au lieu de continuer à écouter ma copilote. On aurait évité la sortie de route.

Malgré votre talent, vous n’avez jamais été pilote officiel.
En Suisse (1996 à 2000), j’ai été pilote officiel de Peugeot Suisse. Mais je n’ai jamais été pilote d’usine.

Loeb a pris l'ascenseur

Le fait d’être Suisse constitue-t-il un handicap?
Oui, parce qu’en Suisse, on n’a pas de constructeur. Et que le marché, ici, est petit. Le nombre de licenciés est minime. Je parle d’handicap. Je vous donne un exemple. Avec Sébastien Loeb (depuis longtemps, il est un des meilleurs pilotes de rallye au monde), on est «montés» ensemble. On était au même niveau. Le problème, je ne trouvais plus d’argent. J’étais sur Peugeot. Loeb, lui,  avait un constructeur, Citroën et était soutenu par la Fédération française du Sport Automobile. Sébastien a pris l’ascenseur. 

Des contacts rapprochés avec Citroën et Renault ont eu lieu...
...En 2001, j’ai eu des contacts rapprochés avec Citroën Sport France pour le championnat du monde S1600. Mais suite à de fréquents problèmes mécaniques, cela n’a pas fonctionné. De 2003 à 2005, j’ai effectué des essais de développement pour le constructeur Renault Sport. C’était une belle expérience de pouvoir apporter mon savoir faire, mon ressenti, mon expérience pour le développement de leurs voitures de compétition « clients ».

Vous avez été ouvreur...
...À partir de 2007, j’ai fait ouvreur pour des pilotes, Un ouvreur roule sur une route ouverte, avec un copilote, en respectant les règles. On roule deux heures environ avant le départ de la course. On y récolte les dernières infos.

Un papa mécanicien...auto

D’où provient ce lien-passion avec l’automobile? 
Mon papa était mécanicien sur auto. Ma famille était liée au domaine de l’agriculture. Enfant je collectionnais les petites voitures. J’avais un circuit de F1 et on faisait des courses d’endurance; on avait un compte-tours. J’ai toujours été passionné par les sports mécaniques! 

Y a-t-il un autre métier que vous auriez voulu exercer?
Pilote de rallye. Rouler en tant que pro. Être salarié en tant que pilote d’usine. Mais je n’ai aucun regret. J’ai pu et j’ai eu la chance d’accomplir beaucoup de choses que plein de gens auraient aimé faire.

Et le métier que vous n’auriez voulu jamais faire ou que vous ne pouviez pas faire?
(Rire)- On ne m’a jamais demandé ça. (Longue réflexion). Travailler dans la vente. 

En politique 5 ans

Entrer en politique vous aurait-il tenté?
Mais j’en ai fait durant 5 ans (le temps d’une législature) au Conseil communal de Grandson (2006-2011), comme radical. Je me rappelle avoir dit aux membres du parti: OK, j’accepte, mais à une seule condition: je voterai selon ce que je pense et selon mes idées, pas forcément selon ce que le parti décide. Dans les faits, je me suis comporté comme si j’étais sans parti. 

Croyez-vous au destin?
La vie offrant tellement de changements et de surprises que je prends ce qui vient, au fur et à mesure, Je vis au jour le jour. 

 

 

Palmarès

  • Cyril Henny est né le 23 février 1970 à Yverdon.
  • De formation, Cyril Henny est mécanicien sur machine agricole. Puis, il a bifurqué dans la mécanique automobile. Durant 14 ans, Il a travaillé dans différents garages. 
  • Il est en poste au Service des automobiles depuis 2004.
  • Il est au bénéfice du brevet d’expert de la circulation pour l’inspection des véhicules et du brevet d’expert pour les examens de conduite.
  • Ancien pilote de rallye.
  • Il a participé à 4 rallyes du championnat du monde WRC (Monte Carlo en 1996 et en 1998), puis Catalogne et Grèce en 2001, sur Citroën Saxo 1600, avec Sébastien Loeb dans la même structure.
  • Son premier championnat de Suisse date de 1992 (Opel Manta) avec Aurore Brand comme copilote.

TITRES

  • Coupe de la Revue automobile en 1992 (meilleur jeune pilote helvétique).
  • Il a été champion de Suisse des rallyes en 1997 et en 1998 (Peugeot 306 S16 2L (copilote Aurore Brand, les deux fois).
  • En 1995, il est champion de Suisse du groupe N (Mazda 323 GT-R), mais 3e 
  • du championnat de Suisse.
  • En 1999, il est 3e du championnat de France des rallyes (Peugeot 306 Maxi Evo II (meilleur résultat d’un pilote suisse dans un championnat étranger.
  • Il enregistre 4 victoires en championnat d’Europe: critérium jurassien en 1998 et en 2000 et au Rallye du Valais en 1999 et 2000.
  • Il comptabilise 16 victoires en championnat de Suisse: Rallye d’Ajoie en 1996 et en 1997, Rallye dei Laghi en 1997, Critérium jurassien en 1997, 1998 et en 2000, rallye ASAT en 1997, 1998, 1999, 2000, rallye des Alpes vaudoises en 1997 et 1998, rallye du Pays de Vaud en 1997 et 1998, rallye du Valais en 1999 et 2000.
  • Podiums en championnat de France: 2e du rallye du Mont-Blanc-Morzine, en 1999, 2e du rallye Alsace-St-Dié-Vosges en 2000, 3e du rallye du Mont-Blanc-Morzine en 2000, 3e du rallye Lyon-Charbonnières en 1999, 3e du Critérium des Cévennes en 2000. 
  • Distinctions: Prix du Président central de l’ACS (Automobile Club de Suisse) en 2000. Et Prix Scuderia Chicco d’Oro.

 

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