Dominique Gisin, ancienne championne de ski | Coopération
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Dominique Gisin, ancienne championne de ski

11 février 2021

 

Chaque jour, c’est son jour à elle parce qu’elle aime la vie, sa vie, sa trajectoire faite pourtant de haut et de bas, son chemin qui est le sien, enneigé mais aussi caillouteux. Dominique Gisin, femme moderne, est bien dans sa peau, entourée d’une famille aimante et forte d’une éducation classique, bien ordonnée. 

Le désarroi suivant une blessure qu’il faut soigner ne fait pas le même bruit si on occupe ce temps imposé à s’enrichir intellectuellement, à nourrir son esprit plutôt que de se lamenter sans point de ralliement. Dominique Gisin est ainsi. Belle et humble, naturelle. Elle cultive ses multiples talents, toujours souriante et positive dans ses humeurs, virtuose dans ce qu’elle entreprend. Ses lignes de vie la dévoile, prend forme à l’intérieur de ses propres énergies. 

On a rencontré Dominique Gisin à l’aérodrome de la Blécherette à Lausanne.

Depuis 2019, vous êtes porte-parole et déléguée du Conseil de fondation de l’Aide Sportive Suisse (ASS). Quelles sont vos tâches? 
Au sein du Conseil, notre mission est stratégique. Avec des collègues, notre travail consiste à trouver de l’argent et des sponsors, des solutions, etc, pour des athlètes pratiquant un sport qui en a besoin, qui n’est pas médiatique, ou très peu. Cela permet aux athlètes de pouvoir se concentrer sur leur sport, et de soulager les familles, très sollicitées.

Accomplissement d'un «truc»

Dans votre sport, vous avez connu l’adrénaline à haute dose. Et aujourd’hui, elle se manifeste comment?
Il n’y avait pas que l’adrénaline, il y avait aussi beaucoup d’émotions. J’avoue que l’année qui a suivi mon arrêt de la compétition (en 2015), ça a été très dur. Aujourd’hui, je me sens plus calme. Libérée, aussi, d’un «truc» que je devais accomplir: skier, avec au bout une médaille d’or olympique. Je l’ai eue. 

Mais vous arrive-t-il encore de vous mettre en danger?
Quand je vole, par exemple? Non, je cherche toujours à avoir le plus de sécurité possible. Que ce soit en avion ou en voiture, on ne peut jamais tout contrôler. Quand un doute existe - météo, par exemple -, je ne vole pas.

Quelles valeurs vous ont transmises vos parents?
La passion, le feu pour le sport, le ski en particulier, la loyauté. La famille, ça représente tout pour moi. Quand je me blessais, j’appelais mon papa - il tenait un magasin de sport à Engelberg -. À peine le téléphone posé, il sautait dans sa voiture pour venir me chercher. 

7 à droite, 2 à gauche

Comment vont vos genoux?
Ils vont bien. Ils ont subi 9 opérations (7 au genou droit, 2 au genou gauche). Très tôt, je me suis blessée. Et ça a continué. J’ai eu la grande chance d’avoir pu bénéficier d’un soutien médical extraordinaire, de la part, notamment, des docteurs Saegesser (il ne pratique plus) et Weisskopf. Tout le staff médical a été parfait (physios, ostéos, etc). Je peux skier 8 heures dans la poudreuse, sans problème. En fait, je peux tout faire, je suis super contente. La présence et le soutien de mes parents ont été aussi déterminants. 

Malgré vos nombreuses blessures et vos longues absences, vous avez su à chaque fois retrouver le haut niveau...
...Ma passion de feu pour le ski m’a aidée, il m’a fallu aussi de la rigueur, une grande discipline et beaucoup de volonté. Dans le ski, je n’ai pas eu un chemin facile, mais c’était mon chemin. Sans les blessures, je n’aurais jamais pu voler.

Que voulez-vous dire par là...
...J’ai toujours mis à profit mes périodes, et il y en a eu, où je ne pouvais plus skier pour apprendre. J’ai une grande soif d’apprendre, chez moi c’est naturel, c’est mon caractère. Ça sert à quoi de se morfondre, de se demander: qu’est-ce que je vais faire de ce temps imposé? Alors, en 2011, j’ai obtenu ma licence de pilote privée et en 2019 celle de pilote commerciale.

L'avion, un loisir

Piloter un avion, est-ce un loisir ou...
...C’est un loisir, que je pratique à l’aéro-club de Sarnen-Kägiswil. Je verrai si je vais développer cette autre passion. Piloter? C’était un rêve, qui a pris forme un jour que j’étais blessée. J’ai piloté un avion avant une voiture. À 17 ans. J’avais participé à une sélection en vue de suivre des cours pour être pilote de l’armée suisse. Mais blessée, on m’a jugée inapte.

 

Ces multiples blessures - pour la plupart - sont-elles dues à la malchance au fait que vous êtes une casse-cou?
Le plus grand problème de ma carrière, c’est que j’ai eu ma première grosse blessure à 14 ans (ligaments croisés à un genou). C’était bien trop tôt, j’ai subi 4 opérations et jusqu’à 18 ans je n’ai plus pu skier. À 19 ans je ne faisais partie d’aucun cadre et je n’avais aucune formation. Il n’y a que mes parents qui me supportaient. Les courses de descente qui ont suivi, il y en a eu 4, avaient un goût de dernière chance pour moi. J’allais à fond, c’est comme ça que je suis devenue une casse-cou, par la force des choses.

Une première à la 6e

Et lors de la 6e descente de votre vie...
...C’était ma première descente de Coupe du monde et je suis la meilleure au premier entraînement. Je ne figurais pas dans le cadre de l’équipe nationale. Je n’avais pas disputé d’épreuve Coupe d’Europe. Après, j’ai incorporé la cadre B. Mais je me suis à nouveau blessée. En fait, durant toute ma carrière, je n’ai connu qu’une saison sans blessure et j’ai appris beaucoup de chose par moi-même. Je suis en quelque sorte une autodidacte. Mon papa, Béat, qui était expert, m’a aidée, pour l’aspect technique. Un jour, Michelle, ma sœur, m’a dit que je n’avais pas souvent donné du temps aux gens qui pouvaient m’aider. Je reconnais qu’il n’était pas facile de m’approcher.

Où en sont vos études de physique?
Je suis au bénéfice d’un Bachelor, reçu en 2018, j’espère obtenir un Master, à l’EPFZ cet été, si tout va bien. Pourquoi la physique? C’est un monde que j’adore et cet intérêt passionnel, je le dois à un professeur génial, un prêtre à l’intelligence rarissime, qui me l’a transmis à l’école (internat) du monastère d’Engelberg. J’ai fréquenté ce lieu magnifique durant 6 ans. Le monde de la physique ouvre des portes partout. Comme j’aime la physique, j’aime aussi les mathématiques. 

Conférences et livres

Vous donnez aussi des conférences - «Making It Happen» (faire en sorte que ça arrive) et «A True Athlete» (Vrai athlète), avec votre sœur, des livres ont suivi..
...C’est le besoin, le devoir même, de partager, et pas seulement ma victoire olympique à Sotchi, datant de 6 ans déjà. En fait, les personnes se retrouvent dans mon histoire, elles prennent des petites choses par-ci, par-là, elles me le disent au terme des conférences, que je termine très fatiguée parce que je me donne à 100% et j’adore ça. Plus que mon succès, c’est mon parcours et ses turbulences que les gens mettent en avant: mes blessures, mes opérations, j’en ai eu 9 et pas qu’une, mes retours à chaque fois au plus haut niveau. Ils ont vécu toute cette période, avec moi, à distance. 

Pour tout le monde, vous êtes un symbole, non?...
...Parce que je n’ai jamais rien lâché. 

Aux centièmes près

Aux JO de Sotchi, vous êtes première et championne olympique de descente, avec le dossard 8, place que vous partagez avec la Slovène Tina Maze (le 21). Le chrono: 1’41’’57 pour toutes les deux. Et aux millièmes de secondes?
Seul Oméga -chronométreur officiel- le sait. Je n’ai jamais voulu savoir, idem pour Tina. Ça nous lie, j’ai toujours des liens avec elle.

Michelle, votre sœur, est aussi championne olympique, mais du combiné, or remporté aux JO de Pyeongchang en 2018. Deux fois de l’or dans une même famille, qui plus est dans une épreuve individuelle, vous êtes dans l’Histoire...
...Oui, mais avant nous, il y a eu les sœurs françaises Marielle et Christine Goitschel (Marielle, médaille d’or or en slalom géant à Innsbruck en 1964 et en slalom en 1968 à Grenoble. Christine, médaille d’or en slalom en 1964 à Innsbruck).

  Avec sa soeur Michelle à gauche

Êtes-vous croyante?
Oui, mais je vais peu à l’église. J’ai une croyance privée. Durant 6 ans, j’ai suis allée à l’école (internat) au monastère d’Engelberg, j’y ai rencontre des prêtres incroyablement impressionnants.

La patience et le russe

Vous possédez en vous énormément de choses mais y en a-t-il une que vous aimeriez avoir, qui vous échappe pour l’heure?
La patience. J’aimerais savoir parler une (autre) langue, comme le russe ou une langue slave. Le français (Dominique Gisin le parle magnifiquement bien)! Je suis née à Viège, mais je l’ai appris à Samedan, où nous avions déménagé. J’avais 4 ans. Le Romanche de l’Engadine est très proche du français.

La moins sportive de la famille

Si le ski ne s’était pas emparé de votre vie, quel autre sport auriez-vous pu pratiquer?
Aucun autre. J’ai commencé à skier, j’avais un an et demi mais j’étais la moins sportive de toute la famille. J’étais toujours plongée dans les livres de math et de physique. Ce n’était pas facile pour ma famille parce que une partie de moi était introvertie. Quand arrivait l’heure des repas, j’étais tellement concentrée que ma maman devait taper sur la table pour me sortir de mes livres en criant dîner ou souper. Une bombe aurait pu exploser que je ne l’aurais pas entendue (elle rit). 

Il y a quelques années, vous avez posé pour un équipementier (Lange). Le mannequinat vous aurait-il tenté?
Non! Non! Je n’ai pas le corps, ni la face. Vous parlez d’un shooting. C’était drôle de le faire, mais une fois. Le maquillage avec duré 3 heures. Je me suis regardée dans la glace et j’ai dit: c’est moi, ça?

Palmarès

  • Dominique Gisin est née le 4 juin 1985 à Viège
  • Jusqu’en 2004, elle fréquente l’Ecole de sport d’Engelberg.
  • Puis, elle commence et abandonne des études de physique à l’UNI de Bâle.
  • Elle fait les sélections FVS pour les Forces aériennes suisses. Pendant ses blessures, elle est inapte aux services.
  • Retour à la compétition en 2003.
  • En 2005, à Bardonnèche, elle est 4e aux Mondiaux juniors. Et championne de Suisse junior en descente. 
  • Le 2 décembre 2005, à Lake Louise, elle effectue ses débuts en Coupe du monde. Elle se blesse gravement à un genou (descente).
  • Le 13 janvier 2007, premier podium Coupe du monde pour Dominique Gisin (elle est 2e de la descente d’Altenmarkt-Zauchensee.
  • La même année, le 11 février, elle est 5e de la descente aux Mondiaux d’are.
  • Elle se blesse à nouveau gravement le 28 février 2007 (descente de Tarvisio, genou gauche). Elle subit sa 7e opération à un genou.
  • Le 18 janvier 2009, elle est 1ère, à égalité avec Anja Pärson, de la descente Coupe du monde d’Altenmarkt. 
  • Le 24 janvier, elle termine 1ère de la descente de Cortina.
  • En janvier 2010, elle se déchire un ménisque interne. Aux JO qui suivent, à Vancouver, elle tombe lors de la descente et a une commotion cérébrale.  
  • C’est son plus grand regret.
  • Premier succès en Super G Coupe du monde à Crans-Montana le 7 mars 2010.
  • En 2011, elle est 8e des Mondiaux à Garmisch et 4e du super combiné. 
  • Premier slalom géant de Coupe du monde le 22 octobre 2011 à Sölden. Elle est 3e de la descente à Lake Louise. 
  • En janvier 2012, elle se blesse à nouveau au genou gauche (ménisque touché et cartilage). Le 27 octobre, elle est 4e du géant à Sölden (qui est son meilleur résultat). À Maribor, elle termine 30e du slalom et marque son premier point. 
  • Lors des Mondiaux de 2013, elle se casse le métacarpe droit.
  • Aux JO de Sotchi, de 2014, elle est CHAMPIONNE OLYMPIQUE DE DESCENTE, à égalité avec Tina Maze. A noter que Dominique Gisin avait obtenu la dernière place qualificative suisse pour la descente.
  • En 2014, Dominique Gisin est élue sportive suisse de l’année.
  • Elle met fin à sa carrière le 19 mars 2015. Sa dernière course, elle l’a dispute à Méribel (slalom géant). C’était sa 154e en Coupe du monde.
  • Elle est ambassadrice de l’aviation légère du Swiss aéroclubs.
  • Dominique Gisin représente plusieurs organisations et entreprises: Breitling, La Croix-Rouge, l’Aide Sportive Suisse (ASS), Fit4futur, Live Your Dream Foundation, Idiag-le spirotiger, Dynastar-Lange, Passion schneesport, 143 La main tendue, Suisse-centrale. 

 

Vidéos

 

 

Portrait de Dominique Gisin 

Replay de Sotchi en 2014 (Dominique Gisin dès la 18ième minute)

 

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