Jean-Marc Berset, grand champion handisport | Coopération
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Jean-Marc Berset, grand champion handisport

01 avril 2021

 

La sérénité est une conquête, qui réside toujours à fleur de peau. Aujourd’hui, Jean-Marc Berset, 60 ans, l’a avec lui, toujours aussi compétiteur, homme en résonances avec ses actes, ses sourires et ses convictions. 

Après son accident de voiture en 1983, cet enfant de Bulle s’est construit une philosophie du tonnerre, qui l’a poussé vers des sommets, lui le bosseur hors norme. «Avant, je pratiquais l’athlétisme, le ski et je jouais au football, en 2e ligue, comme milieu de terrain, à Grandvillard, il y a 40 ans. Ma condition physique était bonne et j’étais déjà un endurant. Et puis, d’une minute à l’autre, je me suis retrouvé en fauteuil.» Tout ce qu’il avait emmagasiné jusque là lui a servi par la suite. «Ça a changé des choses, bien sûr, mais tu la gardes, cette condition. Aligner les bons résultats a toujours été mon moteur, comme l’envie de me surpasser, d’aller toujours le plus loin possible.»

Au plan sportif, il a également connu des moments de doutes et d’angoisses. Le fait de n’avoir pas été sélectionné pour les Jeux paralympiques de Rio en 2016 en est un, très présent dans sa mémoire et pour toujours. «Je devais y être. Ils ont sélectionné un athlète qui n’avait participé à aucune course. Pour l’envoyer à Rio, ils se sont basés sur ses résultats qui dataient de deux ans. Cela m’a scié.»

L’objectif avoué de Jean-Marc Berset? Les Jeux paralympiques de Tokyo qui auront lieu cette année. «En 2020, on n’a eu qu’une course, les championnats de Suisse. Cette année, aucune, pour l’instant. Une est prévue néanmoins, en Italie fin avril, qualificative pour Tokyo. Elle devrait être suivie d’une course en Belgique.» Incertitude ou parfois incompréhension, liée à la Covid. «Là aussi, j’ai bon espoir d’être au Japon, si on se base sur ma saison 2019. La Suisse a droit à 4 athlètes voire plus tenant compte du fait que les athlètes russes sont privés de Jeux -et de toutes grandes compétitions- jusqu’en 2024, au moins (dopage institutionnalisé). Si je ne suis pas retenu? Il faudra alors que leurs explications tiennent la route. Sinon, cela sera une grande frustration, une seconde, une autre avec celle de Rio. 

Alors, Jean-Marc Berset, rencontré chez lui dans le calme d’un après-midi de mars, espère, sachant que rien n’arrive dans la vie, ni comme on le craint, ni comme on le souhaite.

Contre-la-montre permanent

Comment est né le livre «CONTRE-LA-MONTRE» qui vous est consacré? 
Un jour, Mélanie Richoz m’a contacté. «J’aimerais parler de toi», m’a t-elle dit. J’ai été d’accord, on s’est rencontrés un samedi à l’heure de l’apéro. Ce livre, nous avons mis un an à le «faire» à raison d’une ou deux réunions par semaine. C’était en 2018. Je m’entraînais beaucoup. J’avais peu de temps à moi mais Mélanie s’est montrée souple. Ce livre est une biographie. C’est ça qui m’a motivé, sortir du créneau sport, connu, pour entrer dans ma vie, que les gens découvrent qui je suis. Mélanie a un regard extérieur, et le livre est touchant. 

Pourquoi son titre «CONTRE-LA-MONTRE»?
Parce que toute ma vie est un contre-la-montre. Tout tourne autour de ça, avec les entraînements, la compétition, le travail, les heures de sommeil, la récupération, ma vie en fauteuil et ce qu’elle impose depuis près de 40 ans, ma vie de famille; tout en gardant mon statut d’athlète de haut niveau.

 

 

Une attention dans tout

Vous êtes un athlète de haut niveau, un statut que vous cultivez depuis plus de 35 ans. Comment l’avez-vous façonné?
Je m’entraîne énormément, encore aujourd’hui ça représente 20 à 30 heures par semaine, 20’000km par année. Et j’ai une hygiène de vie très contrôlée et stricte. Comme j’ai un corps que je ne maîtrise pas à 100%, qui est péjoré par une lésion haute m’ôtant toute sensibilité (classe H3, cyclise paraplégique sans mobilité volontaire du tronc), je dois être à son écoute, tout le temps.

D’autant que votre corps est votre outil de travail....
...Oui, et je dois faire hyper attention à tout et dans tout. Une blessure, une lésion naissante, par exemple c’est un truc qu’on doit sentir, mais avec mon handicap, je ne sens rien, je ne vois rien venir.

Un tutoiement naturel

Si, à un moment donné de votre vie, on vous avait donné la possibilité de marcher à nouveau, qu’auriez-vous décidé?
Si un jour quelqu’un m’avait proposé de prendre une pastille pour remarcher, je l’aurais refusée. Je renie pas le fait d’être en fauteuil. D’une minute à l’autre, tu te retrouves en fauteuil, c’est une grosse étape, tu dois surmonter ça. Mais j’ai appris tellement de choses, découvert une philosophie de vie nouvelle. Tu minimises toutes les petites tracasseries. J’ai du mal à entendre quelqu’un se plaindre, d’être enrhumé par exemple.

Chez vous, le tutoiement est naturel, spontané...
...Il casse une barrière. Quand je propose le tutoiement, je mets à l’aise l’autre personne. Quand quelqu’un est face à une personne en situation de handicap, je comprends son hésitation, qu’elle ne sache pas comment l’aborder. Alors je dis on se dit tu. Et on arrive à plaisanter, sur le fauteuil et avec l’homme qui est en fauteuil. 

Le travail, toujours le travail

Quelle valeur principale vous a été transmise par vos parents?
Le travail, bosser, bosser, bosser. Papa était boulanger, j’ai travaillé avec lui durant 20 ans. En 1997, j’ai repris le commerce avec mon épouse; il y a 4 ans, nous l’avons remis. Ça fait 40 ans que nous sommes ici, à Bulle. Mes parents me disaient toujours: «Tu n’as rien sans rien» et ça m’est resté. On a baigné dans cette atmosphère de vie en rapport avec le travail. Maman est décédée avant mon papa. Ça a été très dur pour lui, ils avaient un rapport fusionnel et pourtant ils se croisaient la journée. 

Le temps qui passe vous fait-il peur?
Oh! Non. L’âge ne me traverse pas l’esprit, il ne l’occupe pas non plus. Bon, après un entraînement, il me faut plus de temps pour récupérer. Idem pour y entrer. Tu le sens et je le sais. Dans ma tête, je suis très jeune et je suis très content d’être là. Avec le vousoiement, je me sentirais plus vieux (Jean-Marc Berset rit de bon cœur).

L'écoute de Fabienne

Votre sensibilité va pour quoi ou pour qui?
Pour ma femme, Fabienne. Elle est à l’écoute, formidable. Je m’entraîne le matin et je lui consacre le reste de la journée. J’aime me balader avec elle. Ceci pour expliquer vers qui je porte mon attention. Le métier, elle l’a appris, nous l’avons pratiqué ensemble. J’ai deux fils: Vincent, qui est professeur de tennis au TC Bulle et Bastien. Il travaille à La Mobilière et il est président du club de tennis de table à Bulle. 

Quel est l’événement de votre carrière de sportif qui vous a marqué plus particulièrement? 
Les Jeux paralympiques de Barcelone en 1992. J’avais 32 ans et beaucoup de personnes avaient effectué le déplacement; parmi elles, les membres de mon fan’s club. Et mes parents, qui m’ont vu gagner la médaille d’argent sur 800m et celle de bronze au relais 4x400m. Aux Jeux de Londres en 2012, ils étaient tous là ou presque, 20 ans après, c’était complètement fou.

Le sprint travaillé

Depuis votre première médaille remportée aux Jeux paralympiques de Séoul en 1988, dans quel domaine avez-vous le plus progressé? 
J’ai travaillé le sprint. Au début, je partais et personne ne me rattrapait. Mais avec les années, cette situation a évolué, du coup j’ai travaillé la vitesse, tout en restant très endurant. J’ai toujours été endurant. Je l’ai encore été plus en ajoutant des kilomètres aux entraînements. Les montées étaient un terrain de jeu quotidien. 

Aviez-vous des sponsors?
Oui, Henniez jusqu’en 1996; et les Vacherins Fribourgeois durant 10 ans. Je n’ai jamais été tatoué de sponsors, je ne suis pas un panneau publicitaire. On est des terriens, une poignée de main suffisait, je l’ai jamais signé de contrat. Aujourd’hui, je n’ai pas de sponsor. Mais je les porte sur moi, un juste retour pour ce qu’ils m’ont donné et apporté. 

La valeur humilité

Dans le monde d’aujourd’hui, qu’est-ce qui vous déplaît?
(Longue réflexion)-Un manque d’humilité. Philosophiquement, la personne qui ne la possède pas, j’ai des problèmes avec elle. T’as gagné, t’enflamme pas et dans la vie, c’est pareil. Une victoire ne fait pas de toi le roi du monde.

Y a-t-il un moment où vous vous êtes senti le plus fort?
Durant 3 ans, de 2009 à 2011, là, j’ai tout gagné. Mais j’ai travaillé pour ça et pour rester humble. Les adversaires sont là, il peut y avoir une crevaison, des aléas de course, ça fait partie du jeu. Physiquement j’étais au top, je décidais de partir et personne ne revenait sur moi, mais il faut toujours savoir qu’on est à l’abri de rien. Ce raisonnement fait aussi partie de l’humilité. 

Pour vous, le connu est-t-il toujours rassurant?
Oui, que ce soit au niveau familial ou sportif, savoir quelle arme il faut utiliser pour maîtriser l’inconnu, ça me rassure. Il est toujours sécurisant de s’appuyer sur ses petits repères.

Une émotion aux hymnes

Quand l’hymne suisse retentissait pour vous, à quoi pensiez-vous? 
À rien. Je pleurais tout simplement, je vivais l’instant, c’est tout.

Vous souvenez-vous d’un plat de votre enfance?
(Pause) -Non, mais ce que j’aime, c’est une «potassée» de spaghetti nature, un plat simple mais copieux. J’ai toujours fait attention à ce que je mange, j’ai une ligne de conduite, ça a toujours été très compliqué. Je sors peu et quand je me rends dans un resto, j’éprouve plus de plaisir à manger avec des amis, que manger à proprement parlé. 

Et le pain, en tant qu’ancien boulanger...
...Ah! Le pain, le pain au levain, le pain qui craque et qui a du goût. Ma recette: farine, eau, sel et de la levure. Le levain fait état de levure. Vous préparez le pain à 17-18h et à minuit, vous le travaillez.

Palmarès

  • Jean-Marc Berset est né le 12 juillet 1960 à Bulle.
  • Marié, deux fils: Bastien, né en 1992 et Vincent, né en 1996.
  • ATHLÉTISME (en fauteuil roulant, de 1986 à 1996).
  • HANDBIKE (dès 2008, discipline olympique depuis 2004). Le coût d’un handbike: frs 15’000.-
  • Aux Jeux paralympiques de Séoul en 1988, il est 2e avec le relais 4x400m et 3e du 10’000m.
  • Aux Jeux paralympiques de Barcelone en 1992, il est 2e du 800m, et 3e avec le relais 4x400m.
  • À Zurich lors du Weltklasse, devant 25’000 personnes, il s’approprie le record du monde du 1500m.
  • Aux Jeux paralympiques d’Atlanta en 1996, Jean-Marc Berset ne récolte aucune médaille.
  • En 1997, Jean-Marc Berset reprend, avec son épouse, la boulangerie de ses parents à Bulle.
  • Il suit les Jeux paralympiques de Pékin en 2008 depuis chez lui. Il assiste aux exploits d’Heinz Frei, double médaillé d’or en handbike. Il se rencontre et Heinz Frei lui prête un handbike. Ils roulent ensemble. 

HANDBIKE

  • Aux Mondiaux de 2009 à Bogogno en Italie, il remporte le titre du contre-la-montre. Et il est 2e sur route, derrière...Heinz Frei.
  • Aux Mondiaux de 2010 (Baie Comeau, Québec) et de 2011 à Roskilde, au Danemark, il est double champion du monde, du contre-la-montre et sur 
  • route.
  • Aux Jeux paralympiques de Londres en 2012, il est 5e du contre-la-montre, 
  • 2e sur route et 3e de la course de relais par équipes (avec Ursula Schwaller 
  • et Heinz Frei.
  • Suite à une blessure, Jean-Marc Berset est contraint à une pause d’un an.
  • Aux Mondiaux de 2014 et de 2015, il est 3e de la course de relais, avec Tobias Fankhauser et Heinz Frei.
  • Jean-Marc Berset ne s’est pas qualifié pour les Jeux paralympiques de Rio en 2016.
     

Vidéos 

Jeux paralympiques, rencontre avec Jean-Marc Berset, ici

Entretien avec Jean-Marc Berset, ici

 

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