Lucas Tramèr, aviron | Coopération
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Lucas Tramèr, aviron

04 février 2021

 

L’aviron, pratiqué seul ou à plusieurs, est un sport ingrat. «Ça n’a jamais été facile», dit Lucas Tramèr, 31 ans, champion olympique à Rio en quatre sans barreur (poids légers), grand travailleur, rigoureux, médecin depuis deux ans au terme de dix années d’études au lieu de 6; période adaptée, rallongée, et bien vécue pour  pouvoir mener en parallèle sa carrière de rameur, avec des succès haut de gamme au bout. «En faisant des études de médecine, moins compatibles (si on n’est pas organisé) avec le haut niveau, je n’ai pas choisi la solution de facilité. C’est un gros sac à dos à porter, mais je suis content. Ces études étaient faites pour moi», ajoute-t-il, sourire en coin, assis dans le coin cuisine du Club Aviron Vésenaz à un coup de rame de Genève,  où tout a commencé. 

Plus doué en équipe

Auriez-vous pu ramer seul (skiff)?
J’étais plus doué en équipe (en quatre ou deux sans barreur) et le skif n’est pas une discipline olympique, au niveau poids légers. Pour être poids légers, il faut que les deux ou les quatre rameurs pèsent, en moyenne, 70kg. Si cela s’avère nécessaire, il faut, aussi, savoir perdre des kilos. Mais plus personne ne pratique le deux ou quatre sans barreurs, poids légers, car ils ne figurent plus aux JO. Le CIO a décidé d’un quota hommes-dames (50-50), en ôtant une discipline homme pour la remplacer par une discipline dame. À Rio, on a donc été les derniers champions olympique de l’histoire de cette discipline. 

L’aviron fait-il partie des sports permettant de faire des études en parallèles?
L’aviron n’est certainement pas le meilleur sport pour faire des études en parallèle. Son caractère de sport d’endurance avec un volume d’entraînement important et la nature d’un sport d’équipe nécessitant des entraînements nationaux centralisés font de l’aviron un sport très compliqué pour l’organisation des études. Très honnêtement, je pense que fair des études est possible dans tous les sports, même les plus médiatisés. Durant mes 3-4 dernières années de rameur -entre les JO de Londres et ceux de Rio- j’ai gagné ma vie (parents, sponsors, club d’aviron, etc, etc). Si l’intérêt est clairement, principalement lié aux résultats, le monde de l’aviron plaît aux sponsors. Il montre une belle image, propre et traditionnelle quelque soit la saison. Ce sport se déroulant dans la nature,  il ne laisse personne indifférent. 

La force d'une cohésion

Une performance en deux ou quatre sans barreur est-elle la conséquence d’une somme d’exploits individuels?
Non. C’est le résultat d’une belle cohésion d’équipe: le bateau va plus vite (dans le quatre, sur 6 minutes, la moyenne est de 20km/h avec des pointes à 30-35km/h) et il va plus droit. Quand tout se passe bien, on est dans un rêve, on dirait qu’on vole sur l’eau, les sensations sont indescriptibles. 

Cela a-t-il été le cas à Rio?
À Rio, on a travaillé pour gagner, le sentiment de travail a été dominant. C’est aux Mondiaux à Aiguebelette, un an avant les JO, que ça s’est produit, qu’on a atteint notre plus haut niveau. Que nous avons volé avec facilité.

Genoux en souffrance

Vous avez souffert des genoux...
...Oui, et déjà en 2015 (articulation, tendons, ménisques). En skiff, seul avec mon problème, j’aurais dit stop. En équipe il existe une pression qui lui est liée, à des coéquipiers formidables que je n’ai pas voulu abandonner. 

Avant de choisir l’aviron, avez-vous pratiqué un autre sport?
Oui, à un certain nombre dont le foot. J’ai vécu 3 ans à Oxford, en Angleterre. Mon papa, médecin aussi, à pratiqué là-bas. J’ai joué dans une équipe, j’étais milieu de terrain. De retour à Genève, à l’école, je me suis aperçu que le sport d’endurance était fait pour moi. Un jour, on a « fait » de la corde à sauter. Ma coordination étant mauvaise, ça m’a énervé. J’ai demandé, à mes parents, de m’en acheter une. Je me suis entraîné jour et nuit et tellement, que j’ai fini par être le meilleur de ma classe. 

Etudes à distance

Le talent, ça se travaille...
...et le talent, c’est aussi s’entraîner tous les jours. Avec le bateau, selon les périodes et les échéances, on s’entraînait 6 jours par semaine, avec 3 séances par jour, souvent. À ce rythme, avant les JO. les études se faisaient à distance. 

Aujourd’hui, dans quel état d’esprit abordez- vous vos journées?
De mars à mai, tout au long de la première vague Covid-19, j’ai travaillé aux soins intensifs à Hôpital cantonal de Bâle-Campagne. J’ai été confronté à tous les cas graves. C’était tragique, aucune visite n’étant autorisée. Au plan humain, j’ai énormément appris, au niveau médical aussi. Présentement, Je travaille aux urgences (on a rencontré Lucas Tramèr le 14 décembre 2020). Après Noël je m’attends à une hausse des cas. Et après, il y aura le vaccin. J’espère que la situation va s’améliorer. 

Début à 12 ans

En aviron, vous étiez-vous fixé des limites?
Participer à des JO n’était pas un but concret. J’ai commencé l’aviron à 12 ans, un peu par hasard. Ma maman m’avait inscrit à un camp d’initiation et j’ai rapidement aimé cette activité. C’était l’aviron ou la natation que j’aimais aussi. Devant la TV, j’éprouvais du plaisir à regarder ces deux sports, qui requièrent de l’endurance. Et j’étais endurant.

Votre progression a-t-elle été linéaire?
Oui, j’ai beaucoup bossé pour être à niveau, puis au haut niveau. J’avais la gnaque. Au fil des ans, j’ai récolté les fruits de mon travail. J’ai eu des rêves de podium, d’entendre l’hymne national. Les rêves deviennent des buts.

La compétition, pour vous, c’était...
...Une envie de ne pas perdre. Je suis un compétiteur. L’envie de progresser par rapport à moi-même. De me poser la question de savoir jusqu’où je peux pousser mon corps. J’étais un des athlètes à qui il arrivait d’éprouver plus de plaisir à l’entraînement qu’en compétition. C’est une philosophie de vie.

Au bout du bout

Avez-vous subi des blessures?
À force d’aller au bout du bout, plein de fois. La conséquence aussi de ne pas avoir écouté les signes de mon corps. Psychologiquement, je suis allé aussi au bout de moi-même ce qui m’a permis de survivre aux entraînements durs. C’est maso, un jour les effets se paient.

Pour vous, l’aviron, c’est...
...Ce qui me fascine dans l’aviron, c’est que malgré la monotonie des mouvements, on est à la recherche permanente de la perfection. Sur le lac, il fait chaud ou il fait froid. Quand il fait - 10 degrés, on a froid aux pieds et aux mains, mais pas au corps, qui travaille dur. C’est l’entraîneur qui souffre le plus, immobile dans son bateau moteur. 

Dos et côtes malmenés

Vous est-il arrivé de vous sentir fatigué, usé, avec l’envie de dire stop?
À plusieurs moments, j’étais au bout du rouleau, liés à des blessures devenues chroniques. La frustration est extrême. Les blessures les plus fréquentes? Elles se situent au bas du dos et aux côtes. 

Pourriez-vous faire de la politique?
Je ne sais pas. En faisant de la politique, on est très exposé. Est-ce que cela me correspond? Cela me conviendrait-il? À l’hôpital de Bâle-Campagne où je travaille,  je suis le représentant des médecins assistants. Je fais de la politique hospitalière. Ça me convient bien.

Y a-t-il une chose dont vous êtes fier?
De mon parcours en général. En vous disant ça, je me sens arrogant, mais je suis très fier de ce que j’ai fait jusque là. Au début, je me suis dit: tu es fou de faire du sport et ce genre d’études en parallèles. Je suis aujourd’hui médecin 
et champion olympique. 

Vous êtes médecin généraliste (médecine interne). L’idée de vous diriger dans un autre domaine de la médecine vous titille-t-elle?
Je pense poursuivre mon développement, m’orienter vers la cardiologie. 

Palmarès

  • Lucas Tramèr est né le 1er septembre 1989 à Interlaken. « Pourquoi y a-t-il un accent grave sur le e de Tramèr? Parce que c’est Grison.»
  • Ancien rameur, grand champion d’aviron.
  • En 2016, il est champion olympique à Rio, en quatre sans barreur, poids légers (avec Simon Schürch, Simon Niepmann et Mario Gyr).
  • En 2015, il est champion d’Europe (à Poznan) et champion du monde (à Aiguebelette), en quatre sans barreur, poids légers.
  • En 2014, il est champion du monde (à Amsterdam) et champion d’Europe (à Belgrade), en deux sans barreur, poids légers.
  • En 2013, il est champion d’Europe (à Séville) et champion du monde (à Chunju), en deux sans barreur, poids légers.
  • En 2012, aux JO de Londres, il est 5e (diplôme olympique) en quatre sans barreur, poids légers.
  • En 2011, il est 6e aux championnats du monde (à Bled), en quatre sans barreur, poids légers.
  • En 2010, il est médaillé de bronze aux championnats d’Europe (à Montemor-o-Velho), et il termine 8e aux championnats du monde (à Karapiro), en quatre sans barreur, poids légers.
     

Vidéos 

Lucas Tramèr à la RTS 

 

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