Nicolas Fluri, arbitre principal de hockey | Coopération
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Nicolas Fluri, arbitre principal de hockey

28 janvier 2021

 

Depuis mars 2020, encore dans le monde d’avant, Nicolas Fluri, 36 ans, est le nouveau Monsieur Proximité de Police Riviera. Auparavant, il s’est occupé des affaires juridiques du Service de la santé publique valaisan. Par rapport à ses nouvelles fonctions, c’est le jour et la nuit. «Je cherchais à avoir davantage de contacts et d’interactivités avec les gens», dit ce juriste, qui fut avocat-stagiaire dans le Canton du Jura. «J’avais effectué un stage d’un an et demi dans une étude, ainsi qu’au Tribunal de première instance. 
J’avais des affaires intéressantes et d’autres un peu moins. Puis je me suis essoufflé.» Sitôt son choix connu de ne pas se présenter aux examens du barreau, on lui a dit: tu vas le regretter. Mais à côté, il y avait le hockey sur glace. «Ça faisait déjà 15 ans que j’étais arbitre.» Alors...

Le stage d'avocat, ça aide

Alors, il s’est, Nicolas Fluri, questionné, la routine commençant à s’installer un peu avec cette autre impression, pourtant jamais définitive, d’avoir fait le tour. «Qu’est-ce qui te reste comme stage d’avocat?» Dans son quotidien il y avait des choses rébarbatives, qui ne lui plaisaient plus.» Bien plus tard, à 34 ans et alors aux affaires juridiques il s’est posé la question existentielle: et maintenant, Nicolas, qu’est-ce que tu fais? Je cherchais un nouveau défi, un poste avec moins de travaux sur dossiers, moins de rédaction et plus de relationnel.» Il l’a trouvé. «Posséder une expérience professionnelle dans le domaine juridique ouvre de nombreuses opportunités.» 

Pourquoi avez-vous postulé pour ce poste?
Quand j’étais avocat stagiaire, j’avais effectué un stage à la police cantonale jurassienne et j’avais bien aimé. Police Riviera était à la recherche d’une personne pour occuper ce poste de responsable de la division police de proximité. J’ai postulé et on m’a engagé. Je suis désormais lieutenant de police et membre de l’Etat-major.

Lien avec la population

Quelles sont vos missions?
Ma première mission fut de conceptualiser et de déployer une nouvelle stratégie de proximité pour le Service de police, en tenant compte des besoins et des attentes de la population, des autorités ainsi que des partenaires. Nous avons un lien direct avec la population et nous travaillons essentiellement dans la résolution de problèmes quotidiens qu’elle rencontre. Il nous appartient surtout de travailler de manière proactive afin d’anticiper notamment les nuisances et autres incivilités. Nous avons un lien avec l’humain, et j’aime l’humain. Le nouveau concept de police de proximité est axé sur trois piliers notamment: la visibilité en rue de la police, l’interculturalité ainsi que les partenariats (co-production de sécurité avec la population, les autorités, la prévention, la jeunesse, etc). On rencontre beaucoup de monde. Nous touchons tous les domaines, à l’exception du suivi judiciaire.

Parlons maintenant de votre sport, Doit-on forcément avoir joué au hockey pour devenir arbitre?
Non, il n’y a pas besoin de montrer une licence quand on postule à l’être. Il faut alors savoir, ou pouvoir, compenser par une compréhension du jeu, des règles, le patinage doit s’avérer bon, il faut être mobile sur la glace. Avant de juger, il faut s’en donner la possibilité. En ce sens, ma carrière de hockeyeur m’a été très précieuse pour exercer la fonction d’arbitre.

Deux boulots différents

Un juge de ligne expérimenté sera-t-il forcément un bon arbitre principal?
Le fait d’avoir un gros bagage comme juge de ligne ne veut pas dire que vous serez un bon arbitre principal. Il faut savoir aussi que pour être arbitre principal,  il n’est pas nécessaire d’avoir été juge de ligne. Pour moi, juge de ligne et arbitre principal sont deux boulots différents et passionnants, sans qu’il y ait besoin d’instaurer de hiérarchie entre les deux. C’est avant tout un travail en équipe. 

Arbitre, comment vivez-vous le huis clos?
Il me manque une pièce du puzzle (public). Les joueurs ressentent ça encore plus. Il y a quelque chose d’anormal dans cette situation (temporaire, faut-il le souhaiter): on entend tourner les ventilateurs des patinoires. 

La lettre et l'esprit

Etes-vous adepte d’un arbitrage à la lettre ou à l’esprit?
Il faut bien connaître la lettre pour en dégager l’esprit. Une faute est, par définition, sujette à interprétation, comme un coup de canne par exemple. Cela étant, notre hiérarchie émet des directives précises afin que la marge d’interprétation soit la plus petite possible et surtout que tous les arbitres  appliquent les règles de manière uniforme. Pour un arbitre, il y a la quête systématique du bon angle de vue qui ne s’obtient que par une bonne mobilité, un bon positionnement et une bonne lecture du jeu. On ne peut anticiper que si on comprend le jeu. Prenez la zone de but, elle est un monde en soi, vous devez juger de nombreux éléments dans un tout petit territoire avec beaucoup de joueurs. 

Il existe un management de l’arbitrage...
...Pour tenir le jeu, les joueurs ont besoin de percevoir qu’il y a quelqu’un qui agit activement à l’application des règles. Il existe notamment deux façons complémentaires de poser un cadre: la communication et les pénalités. Je prends souvent la température du banc des joueurs auprès des juges de ligne. La bonne application du règlement à la lettre ou à l’esprit s’apprend avec les années. 
L’expérience est fondamentale dans ce métier. 

Selon vous, la qualité des matches subit-elle l’influence du huis clos?
C’est difficile à dire. Mais le fait qu’il n’y a pas de public change la perception qu’on se fait d’un match. La qualité du match est parfois perçue de manière différente, qu’on se trouve sur la glace ou dans les tribunes. En ce qui concerne les arbitres, les matches où la qualité du jeu est la moins bonne sont souvent les plus difficiles à arbitrer. 

Être arbitre pro, y avez-vous pensé?
J’y ai pensé. Être un professionnel dans l’arbitrage est un beau challenge réservé aux arbitres principaux. Si on veut en faire son métier il faut tout d’abord être désigné et tenir compte de certains facteurs (âge, quitter un métier pour un autre, etc). Il y a des aléas. Pour ma part, après avoir exercé 15 ans le métier de juge de ligne, et ayant eu la chance de participer durant ma dernière saison à plusieurs grands événements, la Coupe Spengler, les JO de Pyeongchang, les Mondiaux au Danemark et la finale du championnat de Suisse de National League, j’ai émis le souhait de devenir arbitre principal.

Champion de judo

Le hockey est-il le seul sport que vous avez pratiqué?
J’ai joué au foot, à Moutier, puis durant 11 ans, j’ai pratiqué le judo. J’ai fait de la compétition à un niveau régional et national et participé notamment aux championnats de Suisse juniors.  Je suis ceinture marron. J’ai été plusieurs fois champion jurassien par équipe et individuel. Le judo m’a inculqué de belles valeurs sportives et humaines. 

Quel est le principal trait de votre caractère?
Je suis quelqu’un orienté vers les personnes. Je suis dans l’empathie et à l’écoute. J’évite de réagir dans l’émotionnel, je privilégie la réflexion à toute sorte d’émotion, je veux comprendre le problème avant de le solutionner. Sur la glace, j'aime développer ma communication verbale. Je fais souvent la part des choses en faisant intervenir ma modeste expérience de joueur. «Excuse-moi, je n’ai pas pris la bonne décision...» Ce genre d’humilité, les joueurs et les coaches apprécient. Il m’est arrivé déjà de revenir sur une faute, Dans la vie, il faut être juste et correct. 

Un équilibre soigné

Quel est le fil rouge de votre vie?
Ça a toujours été de trouver l’équilibre entre le sport et les études, la famille, le travail et les amis, aussi.

Avec quel genre de personne entretenez-vous un rapport compliqué?
Avec celle qui manque de loyauté, avec des personnes «arrivistes» prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Il y en a et il faut faire avec.

À ce jour, quelle est votre plus belle émotion sportive?
Il y en a tellement. J’en dirai deux. Lors de mes premiers championnats du monde (division 3), j’ai arbitré (juge de ligne) un match où il y avait la Corée du Nord. Au moment des hymnes, un problème technique s’est produit et l’hymne de la Corée du Nord n’a pas pu être diffusé. Un membre de la délégation nord-coréenne est alors intervenu et a tendu le micro à un joueur pour qu’il le chante. Cela a été un moment émouvant. L’autre se passe à Montréal au Centre Bell, lors de la finale des mondiaux juniors entre le Canada et les Etats-Unis. Vous êtes au milieu de la patinoire et autour de vous il y a 20´000 personnes. C’est magnifique! 

Palmarès

  • Nicolas Fluri est né le 20 mai 1984 à Delémont et a grandi à Moutier.
  • Arbitre principal et international de hockey sur glace.
  • Études à l’école obligatoire à Moutier, gymnase à Bienne, UNI de Neuchâtel. Obtention à Neuchâtel d’un bachelor et d’un master en droit.
  • Juriste de profession, il est aujourd’hui lieutenant de police, chef d’une Division et membre de l’Etat-Major. 
  • Il a joué avec Moutier, Franches-Montagnes, Ajoie et Saint-Imier. 
  • Nicolas Fluri a été durant 15 ans juge de ligne. De la 4e à la 1ère ligue durant 4 ans, en 2005, il a été juge de ligne en LNB et en 2006, en LNA. 
  • Cette saison (2020-2021), il en est à sa 3e comme arbitre principal. 
  • À sa compteur, il a 4 championnats du monde (Minsk en 2014, Prague en 2015, St-Petersbourg en 2016 et Copenhague en 2019; deux Mondiaux juniors au Canada (Calgary-Edmonton en 2012 et Toronto-Montréal en 2017). Il a aussi 8 Coupe Spengler et des matches de Ligue des Champions.
  • Il a arbitré (juge de ligne) aux JO de Pyeongchang en 2018. Quatre arbitres suisses y ont participé. Nicolas Fluri était le seul Romand.
  • En 2017, il a arbitré la finale des Mondiaux juniors U20 à Montréal. 
  • Depuis 2006, il totalise plus de 800 matches arbitrés en LNA - National League.

 

Vidéo :

Nicolas Fluri selectionné pour les JO

 

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