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Pablo Iglesias, football

07 janvier 2021

 

À l’aube de ses 20 ans et un arrêt brutal de toute pratique sportive, Pablo Iglesias, ancien directeur sportif du LS, a roulé sa bosse en travaillant beaucoup. Il est présentement à l’arrêt mais, espère-t-il, pas pour longtemps

«On ne perd jamais, soit on gagne, soit on apprend»

Pablo Iglesias

 

Dans le monde du foot, sa passion, sa vie, Pablo Iglesias a déjà connu moult vies. Ayant construit un solide bagage de compétences à travers de nombreuses fonctions assumées dans le football pro, il lui manque une carrière de joueur. «Un accident à l’âge de 19 ans et ses conséquences principales à un genou notamment m’a éloigné de façon quasi définitive des terrains. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, c’est l’autre qui me chicane sérieusement (fissure du tendon rotulien) mais pour d’autres raisons.» 

Du sport pour évacuer...

Depuis juin 2020, date de son limogeage du LS alors qu’il lui restait plus de 18 mois de contrat - il en était le directeur sportif depuis février 2018 - Pablo Iglesias a vu son corps réagir et le lâcher un peu. «Lorsque vous êtes investi comme je l’ai été dans mes activités professionnelles, le stress quotidien n’est pas forcément un ennemi. Paradoxalement, il me protégeait. J’ai ressenti cet effet. Suite à mon éviction en juin passé, j’ai essayé de compenser ce vide, survenu du jour au lendemain, en me «réfugiant» dans la pratique du sport, de manière déraisonnable et beaucoup trop intensive. Pour moi, c’était un moyen d’évacuer ma déception, mon incompréhension, ma frustration mais aussi ma colère. Si cela m’a permis de tenir le coup psychologiquement, en gardant un moral positif, en revanche, physiquement, le corps, lui, n’a pas tenu ni suivi la cadence. Là, et très momentanément, il est à l’arrêt, mais toujours en mouvements -paradoxe?-, la gouaille aux vents du foot et ses tripes aux services de la passion. 

Son monde d'avant

Fils d’immigrés «J’avais 11-12 ans quand nous nous sommes installés à Lausanne» Pablo Iglesias a vécu dans le quartier d’Isabelle-de-Montolieu (hauts de Lausanne). À son arrivée, il a joué au foot, été junior au FC Stade Lausanne puis, dès l’âge de 15 ans, il a évolué au LS. En parallèle, ses choix professionnels ont toujours été dicté par sa passion et ses obligations sportives. Il a effectué un apprentissage «aménagé» commercial (vente et administration) chez Schaefer-Sports, complété chez Spengler «Vente-gestion», puis pour le Groupe danois Dandy Nielsen, KEY account Jr Manager Représentation de la firme Stimorol et V6. Voilà pour son parcours hors football, une trace qu’il a dessinée dont il aime reparler, histoire de ne pas oublier d’où il vient. Une parcelle de sa vie active normale qui l’a beaucoup aidé par la suite, dans le monde du foot. 

Quelle est votre philosophie footballistique?
Le foot doit être un spectacle associé à une identification. Elle peut être culturelle ou passer par un style de jeu. On doit pouvoir reconnaître dans une philosophie de club , comme de jeu, un certain nombre de valeurs. Dans les années 70, il y avait le grand Ajax Amsterdam de Rinus Michels, avec un football total, révolutionnaire, l’attaque à outrance. Cette tendance a eu une influence mondiale durant plus d’une décennie, en clubs comme dans les équipes nationales (Pays-Bas 1974).

Ah!... Sacchi et Guardiola

Puis Arrigo Sacchi est arrivé...
...Dans les années 90, il a révolutionné à son tour le foot mondial avec ses principes cette fois défensifs, introduisant la défense de zone et non plus celle du marquage individuel. C’était la décennie du grand AC Milan des années 90 mais aussi du football Italie, avec son équipe nationale finaliste de la WM 1990. Puis, dans les années 2010, nouvelle révolution avec le FC Barcelone de Guardiola et son jeu de position, réfléchi, spectaculaire et efficace. Un régal pour les yeux, un savant mélange d’intelligence et de technicité interprète par des virtuoses. 

Au-delà de votre long parcours à la tête d’équipes de jeunes, vous n’avez entraîné qu’une fois au plus haut niveau...
...J’ai été effectivement l’entraîneur principal du LS en 2002 (1er du championnat de LNB avant d’être destitué et remplacer par Gabriel Calderon au printemps en LNB) avant la faillite du club. J’ai passé plus de 18 ans à la tête d’équipes de jeunes du club, dirigeant toutes les catégories d’âge mais principalement l’équipe des Espoirs U21 durant 3 saisons. J’ai aussi été à la tête de la sélection nationale suisse de U20. Le privilège est que j’ai toujours eu la chance d’entraîner le meilleur niveau. Puisque j’ai toujours eu à disposition soit des professionnels, les meilleurs jeunes du pays ou ceux du canton. Qu’il y ait du public (même beaucoup) ou pas, la pression existe et les émotions sont là, toujours les mêmes. 

Un club avec des valeurs

-Si un club comme YB ou Bâle, par exemple, s’approchait de vous pour telle ou telle mission, que feriez-vous?

-J’irai de suite, tout en ayant été convaincu préalablement par les raisons qui ont poussé ces clubs à venir me chercher, leurs ambitions, leurs possibilités. Je demanderai aussi à connaître les personnes avec lesquelles je serais amener à collaborer, pour bien m’assurer que mes compétences sont bien complémentaires. Mon point de vue reste que les personnes font le projet et pas le contraire. J’aimerais, si cela est possible, plutôt retrouver un environnement et un club défendant certaines valeurs, souhaitant passer un nouveau palier et non tout reconstruire.

-Des touches existent-elles actuellement? (L’entretien a eu lieu le 17 décembre)

-Je reste attentif et ouvert à plusieurs horizons, bien plus que lors de ces dernières années. Il y a quelques contacts ici et là, mais la période que nous traversons est compliquée. Elle affecte tous les secteurs de l’économie et celui du sport professionnel n’est pas épargné. Cela diminue momentanément les opportunités réelles. 

Agent? non!

-Et le métier d’agent de joueurs?

-Non, je ne pense pas ou plutôt je ne crois pas. Ce métier manque cruellement de réglementations par définition de codes déontologiques. Trop de choses liées à cette activité sont sujettes à l’interprétation et le respect que j’ai pour l’être humain, ne s’identifie pas à la manière dont parfois ce dernier est soi-disant conseillé. De plus, je ne suis pas convaincu qu’un bon joueur ait absolument besoin d’un représentant pour évoluer en SFL et encore moins en CHL, le marché étant vraiment très restreint. 

-Mais un agent est utile pour un éventuel départ à à l’étranger?

-Oui, dès qu’il s’agit de partir à l’étranger, je pense utile d’avoir un conseil, notamment juridique et financier, en plus du sportif car le droit et les législations ne sont pas du tout les mêmes d’un pays à l’autre. C’est en partie pour ces raisons que mes moteurs de fonctionnement ou facteurs « motivationnels » sont plutôt le partage et l’échange. Ils me permettent de créer, développer, rassembler, pour ensuite convaincre. En résumé, j’accepterais volontiers le rôle du meneur, bien mieux que celui du mené et me sens véritablement utile quand je participe et que je contribue

Peu de "vrais" directeurs sportifs

-Un directeur sportif gagne-t-il autant qu’un entraîneur, qui est aussi coach?

-Cela dépend de plusieurs paramètres, qui sont liés aux ambitions et besoins du club, d’un cahier des charges ou du profil de compétences, voire des  responsabilités qui lui sont confiées. Il faut observer qu’en Suisse, il y a peu de « vrais » directeurs sportifs, au sens propre même de la fonction. Plusieurs clubs l’annoncent dans leur organigramme mais la réalité est un peu différente et cela n’est pas obligatoirement la faute des clubs. Mais tout simplement parce qu’il n’existe aucune formation spécifique pour ce poste, tellement les domaines de compétences sont nombreux et peuvent être distincts. Raison pour laquelle il y a une grande disparité de profils d’un club à l’autre.

Et au LS, par exemple?
Nous avions construit quelque chose d’important. Avec les joueurs, le staff, ce n’est pas loin de 50 personnes qui ont fait partie du mouvement. Cela exige une  certaine force de travail que l’on m’attribue volontiers; peut-être parce que mon exigence intrinsèque  et disponibilité professionnelle a toujours été de 7/7 jours.

Bricolage et cuisine

Quel est votre désir d’avenir?
La fin du Covid, qu’on puisse tous revenir à une vie un peu plus normale et vivre pleinement le sport et ses émotions, de manière générale. A titre privé, retrouver rapidement une activité professionnelle passionnante, tout en gardant un bon équilibre avec ma sphère familiale. C’est la première fois qu’on me retrouve à l’arrêt professionnellement (il est momentané) et je me rends compte qu’il existe plein d’autres choses dans la vie.

Quel est le talent que vous ne possédez pas et que vous aimeriez avoir?
J’aurais être un meilleur bricoleur et aussi un peu plus talentueux en cuisine, mon épouse serait ravie.

Qu’est-ce qui vous déplaît aujourd’hui?
Je suis extrêmement sensible à la loyauté, à l’engagement et la compétence des personnes.

Faites-vous une distinction entre regret et frustration?
Oui. La frustration, c’est se sentir impuissant devant une situation où tu n’es pas le décideur final. Elle apparaît lorsque l’on t’empêche d’atteindre un résultat et de réaliser un objectif pour lequel tu t’es totalement investi. Le regret correspond au moment où tu t’en veux d’avoir accordé la confiance à certaines personnes, celles-là mêmes à qui tu as permis d’atteindre,voir dépasser des objectifs fixés, et qui s’en sont appropriés  leurs succès. 

Palmarès

  • Pablo Iglesias est né le 3 avril 1971.
  • Il est binational: Espagne et Suisse.
  • Formation commerciale/marketing + Swiss Olympic ainsi que licencié Pro UEFA.
  • Arrête toute activité et compétition sportive à l’âge de 19 ans, grave blessure à un genou. Il a évolué, en jeunes, au Stade-Lausanne puis jusqu’aux espoirs au LS (milieu droit)

PARCOURS DANS LE FOOT. 

  • Éducateur dans toutes les catégories élite du pays. Préformation, formation et post-formation (U9 a U21 au LS). Directeur technique du Centre de formation. Entraîneur-adjoint au LS. Entraîneur de la première équipe (LNB) et entraîneur (semi-pro) au Stade-Lausanne-Ouchy.
  • Directeur technique à l’ACVF (Association Cantonale Vaudoise de Foot). Instructeur et responsable de la formation des entraîneurs VD + CH. 
  • Sélectionneur adjoint U18 et U19 CH. Sélectionneur principal Équipe nationale U20. 
  • Directeur sportif (au LS). Superviseur UEFA. Tournois Youth Nations. Offre de la FIFA en 2006/projet Formation Entraîneurs Youth Amsud.
  • Consultant football RTS depuis une dizaine d’années. 
     

Vidéos 

Conférence de presse du LS et présentation de Pablo Iglesias

 

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