Patrick Kinigamazi, ancien champion de boxe | Coopération
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Patrick Kinigamazi, ancien champion de boxe

13 mai 2021

 

Son dernier combat, Patrick Kinigamazi, 38 ans, l’a livré en Italie, dans un contexte très compliqué, limite indécent. À cause du COVID qu’il a attrapé bien avant la fin du mois de novembre 2020 et son rendez-vous sur le ring avec l’Italien Michael Magnesi, titre mondial IBO en jeu des super-plumes, le Genevois d’adoption n’avait jamais rien vu de pareil. «Le ring faisait 5m sur 5 au lieu de 7 sur 7 et les 3 juges étaient Italiens. En 20 ans de carrière, j’ai construit des repères; là, du coup ils se sont tous écroulés avec un ring aussi étroit et petit. Je donnais un crochet, je faisais un pas et il était déjà sur moi.» 

Patrick Kinigamazi aurait voulu repousser le combat de quelques mois, mais les Italiens ont refusé. La situation du moment n’aurait-elle pas valu le dépôt d’un protêt? «Si j’avais été plus jeune, je l’aurais fait. Et le dépôt d’un protêt a un coût.» Au 5e round, Patrick Kinigamazi est tombé. Il a été compté, l’arbitre a alors arrêté le combat. «Je voulais continuer. Je suis frustré, déçu, encore aujourd’hui et pour un certain temps. J’aurais voulu que mon dernier combat se passe normalement, dans les règles de l’art. Or... »

Un meeting le 24 juin

Aujourd’hui, Patrick Kinigamazi est promoteur et il ne portera que cet habit. Par le passé, il l’a été à plusieurs reprises, mais il boxait aussi. Une question le tarabuste. «Maintenant que j’ai arrêté, les sponsors-amis poursuivront-ils l’aventure a mes côtés?» Une de ses missions consiste à les convaincre. Une réunion de boxe pro est prévue le 24 juin prochain, à Genève, au Palladium. «Cela fait 2 ans qu’il n’y en a pas eu en Suisse. Il s’en est organisée en France, aux États-Unis, même en Afrique. Et aucune par ici, ce n’est pas normal.» Et d’ajouter: «Ce qu’on souhaite, c’est qu’on nous aide pour la promotion de la boxe à Genève ou ailleurs, pour pouvoir faire boxer des jeunes de partout, de Suisse-romande, notamment. La Suisse est un petit pays, alors serrons nous les coudes. On ne peut rien faire tout seul.»
 
En 2016, vous nous aviez déclaré: «Je n’aime pas la boxe, mais j’aime sa philosophie.» Est-ce toujours le cas?
Je n’aime pas le business qui l’entoure, le business en lui-même est mauvais: les juges, les rings, etc. Si j’étais Américain, j’aurais fait une meilleure carrière. Si je n’avais pas eu la chance de pouvoir compter sur des sponsors-amis et fidèles, je n’aurais jamais pu combattre pour un titre mondial. Et si vous voulez aller au-delà dans des catégories plus huppées, il faut beaucoup de sous. Tout est une question de moyens et d’intérêts des TV.

Amour et passion

Auriez-pu partir aux Etats-Unis?
On m’a proposé d’y aller pour deux ans. Sans ma famille. J’ai choisi de rester, pour elle. 

Boxeur, à considérer votre palmarès, avez-vous bien gagné votre vie?
Non, pas du tout, Ce sport, je l’ai choisi par passion, par amour. Mon dernier combat en novembre dernier en Italie, par exemple. je ne l’ai pas fait pour de l’argent, mais pour avoir un meilleur titre. Il y avait une bourse et j’ai enfin pu donner un peu d’argent à mon entraîneur de toujours, Giorgio Costantino. Il y a 5 ans qu’il n’avait rien touché. On a «vécu» 18 ans ensemble et ce n’est pas encore fini (détendu, Patrick Kinigamazi sourit parce que d’autres aventures sont à venir).

Soirée de A à Z

Tout en étant boxeur, vous avez organisé des meetings...
..Oui, durant plusieurs années, avec Giorgio. Lui et moi, on a jamais touché un centime. Je ne boxais plus en fin de soirée, en dernier, vers 22h, il restait un ou deux combats après le mien. J’accueillais les gens et je touchais des mains, je regardais si, au niveau des tables, tout était en ordre. À un moment donné, on me disait: «Patrick, n’oublies pas, tu as un combat, va te préparer.» Après, je prenais du temps pour aller boire un verre avec les gens. Il fallait être organisé. 

Sincèrement, vous attendiez-vous à faire une aussi belle carrière?
Être champion d’Europe en full, oui, mais champion du monde, non. En boxe, être champion de Suisse, oui, mais devenir champion d’Afrique et du monde, non. C’est beaucoup de travail, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur une équipe solide et de grande qualité, qui vit dans le respect mutuel, des personnes qui te donnent envie d’y aller, qui t’écoutent et qui partagent parce qu’elles ont la même vision naturelle des choses. Là, tu prends du plaisir et le plaisir d’aller à l’entraînement m’a toujours accompagné. C’est comme dans le mariage, si tu as des problèmes avec ta femme ou qu’elle t’en cause, tu n’as pas envie de rentrer (il sourit).

Deux dans l'histoire

C’est beaucoup de travail, dites-vous, mais vous oubliez vos qualités et votre abnégation...
...Compte tenu du peu de moyens qu’on avait, ma carrière tient du miracle. J’aimerais dire aussi que dans l’Histoire, nous sommes 2 à avoir été champion du monde en kick et en boxe: un des deux frères Klitschko et moi.

Après 20 ans de boxe, votre visage est intact, quasi parfait...
...Je suis un trouillard (il rit), je n’aime pas les coups. Quand tu en prends, je peux te dire que ton corps dit non. Si tu veux faire une longue carrière, il vaut mieux ne pas en encaisser.

Peur de décevoir

Quand on monte sur un ring - nombreux sont ceux qui s’adonnent à la boxe, mais peu montent (osent monter) sur un ring pour y combattre- peut-on dire qu’on va à la rencontre de soi-même?
Mon optique est différente. J’avais peur de décevoir les gens, mes proches, mes enfants, mon entraîneur. Perdre? On peut perdre, ça fait partie du sport, mais le plus important, pour n’avoir pas de regret, c’est de tout entreprendre pour que ça n’arrive pas. 

Merci à deux Messieurs

Avant la boxe, vous avez pratiqué le kick-boxing (pieds-poings)...
...Que j’ai arrêté il y a 12 ans. Là aussi, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur un (autre) entraîneur extraordinaire, Philippe Brélaz. Sans lui et Giorgio, j’aurais arrêté, après 2-3 ans. Le kick-boxing, j’ai commencé à le pratiquer à l’Académie de karaté. Philippe Brélaz, qui m’avait payé des gants, les chaussures, la corde à sauter, m’a dit: «Va à Carouge pour y améliorer ta boxe.» J’y suis allé et voilà. 

Où s’est situé le plaisir dans la pratique de votre sport?
(Réflexion)- Je l’ai ressenti quand j’ai été champion d’Europe de kick. Après, il ne m’a plus quitté. Personne ne croyait en moi. J’ai dit à mon entourage, à mon entraîneur: «On n’a pas d’argent mais on a gagné un truc.» Un champion dans un autre pays, il est pro, il est assisté dans à peu près tout, pour son bien-être, on lui fait à manger etc. Ici, tu dois réfléchir à comment nourrir ta famille, il faut courir pour aller chercher les autorisations te donnant le droit de combattre, tu vends des billets pour le meeting à venir, etc. Il faut se battre, je ne me plains pas, c’est la réalité d’un autre monde. Mais comme j’aime aller jusqu’au bout des choses....

Votre carrière a duré 20 ans (2000 à 2020). C’est énorme dans un sport de combat...
...Et durant ses 20 ans, je ne suis jamais resté 10 jours sans m’entraîner. Deux mois avant un combat, je ne buvais plus une goutte d’alcool. À une reprise, j’ai bu deux coupes de champagne, je ne sais plus quand et pour quelle occasion. Arrive le combat et dans un moment où il s’est durci, je me suis mis à penser à ces deux coupes. Dans ma tête, ça travaille tout le temps. Mais quand on est prêt à 1000%, on ne doute pas. Jamais. 

Croire en soi

Que vous ont transmis vos parents?
L’honnêteté. Et quand on donne sa parole, il faut la tenir.

Quel est le meilleur conseil que vous avez reçu?
N’écoute jamais les autres car personne ne sais qui tu es. Et crois toujours en toi. 

Allons au paradis

Le temps qui passe vous fait-il peur?
Non, il faut profiter du moment. Je me dis que ce qui doit arriver doit arriver. Je suis réaliste. Dans ma famille, on est croyants même si, me concernant, je ne le suis pas. On parle de paradis alors, s’il existe, ça ne me dérange pas de mourir. 

Quel est votre désir d’avenir?
Durant 20 ans, tout a tourné autour de mon sport et ma famille. Le plus important dans ma vie, ce sont mes enfants. Mon désir? Ça serait par exemple de partir un mois en Australie, sans contrainte, dans la tranquillité. De vivre plus normalement, tout simplement.

Palmarès

  • Patrick Kinigamazi est né le 2 mars 1983 à Gisenyi (Rwanda), pays qu’il a quitté à l’âge de 15 ans, à cause du génocide.
  • Il est en Suisse depuis 1998.
  • Ancien boxeur professionnel. 
  • BOXE (35 combats, 32 victoires dont 4 par k.o., 3 défaites).
  • Il a été champion de Suisse, catégorie poids légers, en 2007.
  • Il a été champion d’Afrique ABU, catégorie poids légers, en 2016.
  • Il a été 5 fois champion du monde WBF, poids super-plumes (2017-2019).
  • FULL-CONTACT (kick-boxing)
  • Patrick Kinigamazi a été 4 fois champion d’Europe (2007-2008).
  • Il a été 2 fois champion du monde (2009-2010).
  • Patrick Kinigamazi a joué au basket, avec Bernex en 1ère ligue. Il était meneur de jeu. 

 

Vidéos 

 

Le dernier combat, ici:

 

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