Philippe Camandona, ancien grand pilote de rallye | Coopération
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Philippe Camandona, ancien grand pilote de rallye

14 janvier 2021

 

La voiture n’est pas son hobby, mais une passion folle ou un folle passion, lui l’ancien grand pilote de rallye, qui continue à conduire des bolides; pour son plaisir. Quand il raconte des spéciales (épreuves) gagnées, parfois, à sa plus grande surprise «Il m’arrivait de dire que si j’étais devant c’était parce que les autres avaient roulé lentement», Philippe Camandona, 63 ans, vit, mime avec des mots souvent saisissants, bouge sur sa chaise, parle comme s’il était au volant face à une route connue ou pas, jouant à merveille, tout à la fois, le rôle de pilote et de copilote, avec la victoire au bout. Bien sûr.

Etat de grâce

En 1995, il participe au rallye Monte Carlo (championnat du monde des rallyes) au volant d’une Ford Cosworth, termine 9e au Général, mais 1er du groupe N, après environ 25 spéciales et devant 47 pilotes. Avant la dernière épreuve, il accusait un retard de 8 secondes sur le leader. Qu’il a gommé, survolté, avec du génie. «À Monaco, sitôt la ligne d’arrivée franchie, à peine sorti de la voiture, je suis tombé par terre. Épuisé. J’avais connu un état de grâce.» 

4 kg de perdus

Il s’agit sans doute malgré un palmarès ébouriffant de son plus grand résultat. «Le Monte, c’est 4 jours d’une intensité incroyable, à la limite de la «survie», la moindre faute peut être fatale. Je me rappelle avoir perdu 4 kg.» Doté d’une intelligence de course au-dessus de la moyenne et d’une condition physique au point, Philippe Camandona est un athlète. «La concentration est l’autre qualité qu’il faut avoir, être bien dans sa tête aide aussi énormément.» Le pilotage est un don reçut très tôt, qu’il a mis à profit et peaufiné, cultivé et renforcé, lors de slaloms, de courses de côte et sur circuit. 

Trois fois 33%

Philippe Camandona a eu plusieurs copilotes, sportifs aguerris, la voiture produisant également pour eux des forces et des contraintes physiques inhabituelles que le commun des mortels ne peut s’imaginer. «Copilote, c’est aussi une passion. Le copilote met sa vie en danger, avec un «fou» furieux», dit-il. «Le pilote est tellement concentré, qu’on l’oublie un peu trop, ce pilote en second.» En général, quel est son apport en pourcentage? « Il est de 33% environ, idem pour la mécanique et le pilote. » Puis: « Mais un bon pilote, il est devant.» Un copilote doit être sobre «Il ne doit pas commenter, du style: bravo! super! mais informer avec concision, annoncer clairement et au bon moment, ce qui va se présenter sur la route: virages, revêtement, relief, etc. Il a des notes pour ça, qu’il a récoltées avec son pilote avant, lors de reconnaissances.»

Et la peur, l’avez-vous rencontrée, l’avez-vous connue?
Franchement, non. C’est pour cela qu’on prend des notes complètes, par exemple pour ne pas se faire de mal et abîmer la voiture. Au Rallye du Valais, il y a le Col des Planches, la plus longue épreuve (42 km). C’est intense, on roule tout le temps à fond, du premier au dernier kilomètre. En fait, comme partout, et dans toutes les épreuves.

Une en 40 ans

Avez-vous cassé des voitures?
En 40 ans de course, je n’en ai démoli qu’une. C’était en Alsace, en 1989, il y avait un virage qui fermait fort et un peu trop vite abordé. L’auto a dérapé et il y avait un arbre. On est sortis de la route, la voiture a effectué des tonneaux, au milieu des vrilles, j’ai eu peur du feu, j’ai coupé le moteur avant que la voiture s’immobilise, j’ai vu le ciel bleu, le goudron et les feuilles mortes. On est sortis de l’habitacle, indemnes. On n’avait même pas des ongles cassés. 

Votre devise est: conduire, c’est subir sa voiture; piloter, c’est lui imposer notre volonté.
Il faut la dominer au centimètre près. 

Le plaisir de piloter, il se manifestait comment?
Toutes les voitures que j’ai eues, je les ai menées au maximum de leur compétitivité, de l’accélération, du freinage. Je suis un compétiteur. Quand le résultat tombe et que vous êtes premier, ce n’est que du bonheur. Et ce bonheur est si fort qu’il est indescriptible. Pour répondre à votre question, j’adore conduire vite, très vite, seulement en courses, pas sur la route! 

Il a aimé la "bagarre"

Un copilote met sa vie en danger, avec un «fou» furieux, disiez-vous...
...Souvent, je l’ai été. J’aime la glisse, les descentes surtout quand on n’a pas une voiture super-compétitrice, passer à ça (le pouce et l’index délimite le ça, ils se touchent presque), les arbres sont près et défilent très rapidement. Une descente est plus dangereuse qu’une montée mais si vous tapez une glissière de circuit, ça fait mal. J’ai aimé quand il y a de la «bagarre» en course. J’ai participé aux 6 Heures de Dijon avec une 2CV. Quand tout le monde roule avec la même voiture, il y a de la «bagarre». Le plaisir est à 200%. Au Monte Carlo, j’ai piloté une Mini Cooper, on était 4 avec une Mini, j’ai été le meilleur des 4. Et dans notre catégorie -18 autos-, nous étions 3es, avec 90CV. 

Vous avez aussi aimé la montée d’adrénaline avant le départ d’une course. Et dans les descentes?
J’adore les descentes. Au volant d’une Porsche 944 Turbo, nous étions descendus, avec mon copilote Christian Guignard, le col du Marchairuz à 235km/h. Sur une route fermée, bien entendu. C’était lors du Rallye de St-Cergue (1988). À l’arrivée, les freins ont pris feu.

En F1 à 60 ans

Vous pilotiez vos propres voitures?
J’en ai piloté certaines, les autres je les louais à des préparateurs spécialisés. Ça me coûtait entre 15 et 35’000 francs. Cela dépendait du niveau du rallye et du modèle de l’auto. 

Avez-vous piloté une F1?
Oui, il y a 3 ans, pour mes 60 ans, au Circuit du Luc dans le Var près de St-Tropez. J’ai piloté une AGS Ford-Cosworth, 650 CV  pour 600kg. La puissance dégagée m’a impressionné, on a la tête dehors et les pieds au fond de la cellule de survie. J’ai effectué 10 tours avec une moyenne de 260km/h. Les personnes qui étaient présentes ont été étonnées, limite stupéfaites. Au 6e tour, nous étions au record du tour du pilote d’essai. Ce fut une jolie surprise pour tout le monde. Quand je suis arrivé au circuit, je n’ai pas dit que j’étais pilote de rallye. Ça m’a aidé. En rallye le pilotage est central: on roule de jour, la nuit, sous la pluie, quand il neige et sur le verglas. Cette palette donne de l’expérience, permet une grande adaptation. 

Piloter, était-ce un rêve de gosse?
Oui. Gamin, j’ai aimé les petites autos et les chantiers. Aujourd’hui, compte tenu de ma profession, c’est pareil. Je déplaçais les habits de mes armoires pour faire des places de parcs pour mes petites voitures. À la TV, je regardais les 24 Heures du Mans, en noir et blanc (1966-1969). À 18 ans, J’ai «fait» de la moto. Si je n’avais pas été pilote de rallye, j’aurais fait du motocross. Avec des copains, on faisait des concours en forêt dans la région Chailly-La Rosiaz sur les hauts de Lausanne.

Tout a commencé en rallye avec quelle voiture?
Avec une Ford Escort en 1981. L’année d’avant, j’avais participé à 23 courses (slaloms, courses de côte, circuit). Cette année-là, en 1980, j’ai été champion romand toute catégorie.

On imagine qu’une saison en rallye coûte chère...
...Il faut des sous, aller en chercher. Il faut savoir se vendre sans passer pour un «Moi je ». Les sponsors, il faut les charmer, il faut avoir des amitiés et des relations. Il faut avoir plus de relations que des résultats pour avoir des sous, mais si les résultats sont là, évidemment ça aide. Leur apport? Ça va de 500 francs à 50’000 francs. En 1994, avec ma Mini Cooper au Monte Carlo, cela a coûté 30’000 francs. L’année d’après, 50’000 francs avec la Ford Escort Cosworth 4x4. Ça englobe les pneus, l’hôtel, les reconnaissances, etc.

Avez-vous passé à côté d’un rêve?
Oui, celui de participer aux 24 Heures du Mans. J’avais réussi les essais officiels (2007, avec une Spyker). Un autre pilote est arrivé avec de l’argent, et il m’a pris la place. Nous étions 9, j’avais été le plus rapide. Je ne suis pas rancunier, mais je n’oublierai jamais ce qui s’est passé. 

 

 

Palmarès

  • Philippe Camandona est né le 13 mai 1957.
  • Il travaille dans l’entreprise Camandona SA -siège social à Crissier-, il y est adjoint au département logistique de tous les chantiers-ateliers-dépôts. Auparavant il occupait, Philippe Camandona, le poste de technicien de chantier. L’entreprise a été créée en 1924 par M. Émile Giovanni Camandona, qui était son grand-père.Camandona SA est une entreprise de construction (travaux publics, génie civil, construction des routes, revêtement bitumeux, bâtiments, rénovations.
  • Philippe Camandona est un ancien pilote de rallye. Sa carrière s’étale de 1978 (en fait en 1976, avec son 1er slalom de Bière) à 1995.
  • Il est aussi (et toujours) instructeur, donne des cours de pilotage, forme des pilotes en vue de l’obtention d’une licence. À Hockenheim (auparavant, c’était au Castellet). 
  • En 1995, championnat du monde des rallyes, au Rallye Monte Carlo, il termine 1er du groupe N et 9e au général (Ford Escort Cosworth).
  • En 1992, au championnat de France des rallyes, Alsace Vosges, il est 4e (Ford Sierra Cosworth) et premier Suisse.
  • En 1991, il est 1er au championnat d’Europe des rallyes (ERT): Ford Sierra Cosworth. 
  • En 1990, il est champion de Suisse des rallyes (Ford Sierra Cosworth). En 1989, il est 2e (même voiture). 
  • En 1988, il termine à la 2e place du championnat de Suisse et du groupe N/GT (Porsche 944 Turbo). En 1987, même résultat (Porsche 911 Carrera).
  • De 1977 à 1986, il participe à divers championnat de Suisse des rallyes, en circuits et en slaloms.
  • Il a été durant 22 ans Président du Slalom de Bière.
  • Il est aussi membre d’honneur de l’Association Ford Racing Club.

 

Vidéos

Le retour de Philippe Camandona

 

 

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