Sébastien Epiney, ancien champion de course à pied de montagne notamment | Coopération
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Sébastien Epiney, ancien champion de course à pied de montagne notamment

18 mars 2021

 

Depuis le 1er mai 2019, Sébastien Epiney, 53 ans, est Directeur de Région Dents du Midi SA, le côté suisse des Portes du Soleil, une structure touristique regroupant Champéry, Champoussin, Les Croset, Morgins, Troistorrents et Val d’Illiez. Sa carrière de sportif endurant est atypique puisque il a acté ses grands résultats avant ses 20 ans, mais surtout après avoir célébré ses 35 ans. Entre études, entrée dans la vie active et autres loisirs, cela représente une quinzaine d’années sans compétition. Un grand écart maîtrisé par ce compétiteur dans l’âme «C’est génétique», précise-t-il, dont l’énorme moteur lui a permis d’affronter puis d’avaler des dénivelés référencés haut de gamme. 

«J’ai peut-être un trop gros moteur par rapport à la carrosserie», s’amuse à dire Sébastien Epiney, qui fait référence à des blessures sérieuses, survenues surtout avant sa majorité: tendon d’Achille abîmé, ligaments déchirés à moult reprises à une cheville, entre autres. «Tout ça est survenu au foot notamment. Je ne manquais pas de force mais peut-être était-ce dû à la croissance, à la forme particulière de mes jambes très arquées (10 centimètres entre les genoux en les serrant) ou à une faiblesse localisée? J’avais 17-18 ans. Deux ans plus tard, j’ai dit stop et je me suis lancé dans les études en n’étant pas au clair de ce que je voulais faire.» 

Le tourisme, la bonne voie

Dans sa serre intérieure, Sébastien Epiney, qui n’est pas du genre à rendre les armes sans combattre, à plier face au premier coup du sort savait, qu’un jour, il reviendrait aux affaires du sport. «J’ai fait des études de droit, par défaut je l’avoue. Mon papa était avocat-notaire. Mais c’est dans le tourisme que je me suis plu.» Il a fréquenté l’Ecole Suisse du Tourisme, obtenu le diplôme fédéral, puis le brevet fédéral de marketing. «À Zurich, j’ai aussi suivi une formation de management.» Alors, avec son bagage de compétences et de touches personnelles « Les RH m’intéressent, aussi. Les entretiens individuels, très complets, sont valorisants  pour tout le monde: on met en avant les forces et les points à améliorer dans un souci de performance, comme en compétition », alors oui, ce qui devait arriver arriva: Sébastien Epiney, homme de la montagne, mais pourtant né à Paris, assura la direction de la structure touristique de Nendaz (une quinzaine de personnes), avant de prendre la direction de Gstaad Saanenland Tourisme (une cinquantaine de collaborateurs).

Et c’est à Nendaz, à la fin de 2001, que tout a recommencé pour vous...
...D’une certaine façon, oui. Il ne faut pas oublier, qu’enfant, j’avais fêté des titres de champion valaisan de ski de fond en OJ et de champion de Suisse aussi bien en cross-country que sur piste dans des disciplines de demi-fond en athlétisme. Mais c’est le 1er décembre 2001 que j’ai fait ma première expérience en ski alpinisme. Sur l’insistance d’un de mes collègues, je me suis inscrit à une course et j’y ai terminé 2e, après trois mois de pratique, seulement. Les pentes étant parfois très fortes, il faut avoir du «coffre» et j’ai la chance d’avoir des prédispositions naturelles pour ce type d’effort. Les courses à pied de montagne se sont ajoutées à ça, grâce à la topographie que l’on trouve en montagne où j’habitais alors. J’ai dû apprivoiser ces efforts; ça m’a plutôt bien réussi, d’autant plus que je ne me suis jamais blessé dans ce genre de course.

Le talent, avant tout !

Dans vos propos, vous comparez souvent un manager (directeur) à un coach d’une équipe...
...Un compétiteur dans l’âme se mesure par rapport à lui-même ensuite aux autres, avec l’envie de faire mieux. Un manager ou un coach (exemple Lucien Favre, grand entraîneur de football de chez nous ou Jürgen Klopp, au FC Liverpool actuellement, pour sa capacité à mobiliser les énergies) optimise les compétences de chacun, au profit de l’ensemble. Ce genre d’approche amène à la performance. Mais, à la base de tout ça, de cette philosophie, il y a le talent. Aujourd’hui on parle peu du talent, on déforme la réalité. Avec le développement de la société et des réseaux sociaux, on glorifie les égos. Il y a des jeunes aujourd’hui qui s’entraînent énormément et s’entourent de multiples coaches (physique, psychique, technique, etc). Et beaucoup de parents hyper ambitieux font tous les sacrifices possibles pour que leurs enfants deviennent des champions. Mais cela n’est pas possible s’il n’y a pas un peu de talent à la base. 

Et vous concernant?
Quand j’étais jeune, je remportais quasiment toutes les compétitions et beaucoup pensaient que je devais beaucoup m’entraîner pour gagner les  courses: or, jusqu’en junior, je courais 2 à 3 fois par semaine tout en pratiquant d’autres sports que j’aimais, comme le football ou le hockey sur terre. 

Qu’est-ce qui vous fait avancer dans la vie?
Je suis un passionné. Mon regard porte sur le lendemain. Je ne suis pas un romantique qui vit dans le passé. Les jours les plus importants? Aujourd’hui et demain. Donc, quand je suis avec des amis, par exemple, je ne convoque pas mes souvenirs.

Sus au dopage !

Sur quoi ont reposé vos succès sportifs?
Tous ceux qui me connaissent savent que j’ai de grosses capacités physiques dans les sports d’endurance. Encore aujourd’hui, j’ai un très bon niveau, même hors norme si l’on se réfère à mon âge. J’ai vécu très normalement la période de compétition, sans coach, sans nutritionniste, sans suivi médical et en travaillant toujours à plein temps. Il m’est arrivé aussi d’être fatigué, ce qui n’est pas propice à la performance. Mais quelque soit le degré de forme, je restais un compétiteur qui se donnait jusqu’au dernier mètre de l’épreuve. Cette attitude est un avantage dans n’importe quelle circonstance de la vie.

L’idée de «j’en ai mare, j’arrête tout» vous a-t-elle un jour traversé l’esprit?
Oui, à cause du dopage. Savoir qu’il y a 1 ou 2 dopés dans la course, ça bouffe de l’énergie. Et malheureusement il y a du dopage dans tous les sports, y compris dans ceux que j’ai pratiqués, même si je pense que cela concerne une petite minorité. Les dopés sont des tricheurs, des voleurs qui courent après la gloire pour compenser leur manque de talent. Je pense qu’ils souffrent, à la base, d’une faiblesse psychologique, d’une soif de reconnaissance maladive. Je ne suis d’ailleurs pas surpris de voir que beaucoup de sportifs tombent en dépression une fois leur carrière terminée.

À l’époque, vous aviez renoncé (notamment) à participer à la Patrouille des glaciers (PDG) organisée par l’Armée suisse laquelle ne souhaitait pas instaurer des contrôles antidopage. À ce sujet, vous aviez pris position, elle a été publique, en faveur de la lutte antidopage...
...Et ça avait fait polémique. Je bénéficiais d’une Swiss Olympic Card, en tant qu’athlète d’élite. Durant 8 années consécutives, j’ai fait partie d’un pool d’athlètes susceptibles d’être contrôlés tous les jours de l’année en et hors compétition. Comme pour tous les athlètes de ce niveau, des contrôleurs sont venus me rendre visite au boulot ou à la maison de manière inopinée. J’ai d’ailleurs toujours encouragé nos autorités sportives à multiplier les contrôles car ces derniers peuvent dissuader ceux qui pourraient être tentés. La PDG était hors du giron de Swiss Olympic à l’époque, il n’y avait pas de contrôle et Marius Robyr (patron de l’organisation) a toujours opposé son veto, mettant en avant la montagne, la nature, l’absence de primes, etc. Mais il s’est trompé. 

Marius Robyr s’est trompé? 
Au premier contrôle à l’arrivée, quelques années plus tard, un des 3 vainqueurs que j’avais pointé du doigt pour ses performances très irrégulières, a été contrôlé positif à l’EPO. Aujourd’hui, la PDG faisant partie du calendrier officiel des courses, des contrôles existent. On ne peut pas devenir champion du monde de ski alpinisme et traîner loin des meilleurs une grande partie de la saison. 

Respecter la montagne

Quelqu’un a dit un jour: «La montagne n’a pas d’ami. Elle ne connaît que des intrus.» Êtes-vous d’accord avec ça?
On est tout petit face à elle. Il faut être très humble face à la montagne. Il faut la respecter, elle peut, elle sait être dangereuse. Dans le ski alpinisme, on emprunte souvent des endroits dangereux, la chose est rarissime dans les courses à pied de montagne. 

 

Vous portez aussi un grand intérêt au hockey sur glace.
J’ai habité à Lausanne, à Genève, à Zurich, à Fribourg. Dans chaque ville, j’ai souscrit à un abonnement de saison. À Zurich, j’en avais pris deux, pour voir jouer Kloten et Zürich. Si j’aurais pu jouer au hockey? Si je patinais assez bien, je ne suis pas sûr que j’aurais pu supporter les charges.

Heureux et serein

Dans quel état d’esprit vous levez-vous chaque matin?
Plus les années passent, plus j’ai l’impression d’être heureux et serein. Oui, j’arrive à prendre du recul sur certaines choses, de relativiser et ça je le dois aussi à mon épouse Béatrice, qui est toujours positive et très généreuse. Béatrice, je l’ai rencontrée en 2008 en marge d’un match du Genève Servette Hockey Club et elle m’a rejointe à Nendaz, en 2010. À partir de ce moment-là, elle a mis sur pied son Étude d’avocats, aujourd’hui à SIon, avec des antennes à Gstaad et à Genève. Si je l’avais rencontrée avant, peut-être que ma carrière de sportif aurait été plus flamboyante. J’aurais mangé plus sainement et n’aurais sans doute pas perdu autant d’énergie à vouloir me battre contre le dopage, qui est un combat très difficile. 

Aujourd’hui, votre plus gros souci, c’est...
...On est dans une société où tout le monde veut tout tout de suite. Une des conséquences, c’est l’égoïsme et le dérèglement climatique. La dégradation de la nature,  c’est un gros souci. Aujourd’hui, on prend des demi-mesures. Je ne suis pas Vert ni Socialiste mais ça me préoccupe. Je n’ai pas envie de voir une ville qui s’étalerait de Sierre à Villeneuve. Pourtant et malheureusement c’est ce qu’on est en train de faire gentiment. Franz Weber, lui, a sauvé le Lavaux. Je lui dis bravo pour cela. 

Palmarès

  • Sébastien Epiney est né le 29 août 1967 à Paris.
  • Ancien champion de ski alpinisme et de courses à pied de montagne.
  • À moins de 13 ans, il a couru entre Sierre et Zinal en 3h24’.
  • Il a été champion de Suisse de cross à 11 ans, puis sur 3000m et 5000m, 
  • dans les catégories Cadets et Juniors.
  • Alors junior, il a couru le 3000m en 8’22’’ et le 5000m en 14’40’’. Comme junior, il a été sélectionné par Swiss Athletics pour des rencontres internationales sur piste et pour des Mondiaux de cross-country.
  • En SKI ALPINISME, il a terminé 3e aux Mondiaux de Vertical Race, et 4e par équipe. Il s’est classé à 6 reprises dans les 10 première aux Mondiaux ou aux Européens de ski alpinisme.
  • Il a été 3 fois champion de Suisse, 2x2e et 2x3e.
  • Il a terminé à deux reprises 1er et médaillé d’or au classement final de la Coupe de Suisse. 
  • EN COURSE À PIED DE MONTAGNE, il a terminé une fois 2e et 2 fois 3e des Mondiaux de la discipline par équipe et 4 fois dans le Top 10 individuel.
  • Aux championnats d’Europe, Sébastien Epiney a terminé 2 fois 3e, une fois en individuel et une fois par équipe. Aux championnats d’Europe Extrême, il a obtenu la médaille d’or en individuel.
  • Aux championnats de Suisse, il a été 3 fois champion et une fois médaillé de bronze. 
  • Aux championnats du monde Master, il a été une fois médaillé d’or. 
  • Sa dernière compétition en course à pied date de novembre 2009 et en ski alpinisme, de mars 2010.
  • Entre juillet 2008 et la fin de sa carrière, Sébastien Epiney a remporté les 19 dernières courses populaires (les 2 sports confondus) auxquelles il a participé. 
  • Aujourd’hui, pour garder la forme, il s’entraîne toujours une dizaine d’heures par semaine (vélo, course à pied, ski alpinisme, etc). Soit 1h30 par jour, environ. 
  • Prochainement, il mettra à jour son site personnel (www.sebastien-epiney.ch).
  • Depuis une année, Sébastien Epiney ne se sépare jamais de son GPS STRAVA, dédié à la course à pied et au cyclisme. Ce GPS - on peut s’y abonner et se comparer aux autres -, aux multiples autres segments, analyse vos performances et vos progrès. 

 

Vidéo 

 

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